‹ Louise de Coligny princesse d'OrangeChapitre 23 sur 64 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Charlotte de Lamarck à Sedan. Détails divers. — Elle épouse le vicomte de Turenne. — Les États généraux allouent une pension à la princesse d'Orange et à ses enfants. — La princesse concourt largement à la fondation d’une église wallone à La Haye. — Ministère de Wtenbogaert. — Lettre de Taffin à Th. de Bèze. — Généreux appui accordé par la princesse aux Genevois, — Mariage de Louise Julienne de Nassau avec lélecteur palatin Frédéric IV. Détails divers qui s’y rattachent. Patronage de la princesse et de Henri IV. — Lettre de la princesse à Scaliger pour le déterminer à accepter la direction de l’université de Leyde. — Lettre de Henri IV au sujet des affaires de la Bretagne, réclamant les bons offices de Louise de Coligny. — Réponse de celle-ci et activité qu’elle déploie. — Lettres de Ph. de Mornay à Henri-Frédéric et à Sainte-Aldegonde. — Louise de Coligny projette un voyage en France. — Elle écrit à Henri IV et au comte Guillaume de Nassau. — Communication qu’elle adresse aux États de Bretagne. — Rapports de Buzanval avec la princesse, alors qu’elle se dispose à se rendre en France,

Lorsqu'au terme de négociations suivies avec un plein succès, le vicomte de Turenne eut amené en France une armée levée par lui en Allemagne, le roi s’occupa activement de la réalisation du projet, que depuis longtemps il avait conçu, de marier ce zélé serviteur avec Charlotte de Lamarck, duchesse de Bouillon.

Fille de Henri-Robert de Lamarck et de Françoise de Bourbon, Charlotte était cousine germaine des six filles issues du mariage de Guillaume de Nassau avec Charlotte de Bourbon.

Orpheline de père et de mère, elle avait perdu en 1587 et en 1588 les deux seuls frères qu’elle eut. L’ainé de ceux-ci portant le double titre de prince de Sedan et de duc de Bouillon, l'avait instituée par testament son unique héritière. Il avait attaché à la

transmission de sa principauté et de son duché, la condition | 18

expresse, que sa sœur n’épouserait qu'un protestant, et qu'elle ne changerait rien à l’état de la religion dans ses possessions. Il avait en outre confié au généreux Lanoue la mission de défendre la jeune duchesse contre toute agression de ses ennemis. Lanoue s'était acquitté dignement de cette mission; et, protégée par lui, en même temps qu'assistée de sages conseillers, dans le maniement des affaires publiques, Gharlotte de Lamarck avait assuré à ses sujets, sous l’égide d’un gouvernement éclairé et bienveillant, la continuation de la DROEREUUS dont ils avaient joui sous ses prédécesseurs.

Charlotte entrait à peine dans sa quatorzième année, lorsqu’elle succéda à son frère. Le roi de Navarre, son cousin, qui avait aimé ses parents, l’aimait aussi : et, tout en s'intéressant à son sort, il ne s’intéressait pas moins à celui des places fortes de son petit État, voisines de la France et politiquement appelées, selon lui, à en protéger la frontière. Aussi, dès le début de l’année 1588, écrivit-il au vicomte de Turenne: J'ay reçu «beaucoup de déplaisir de la mort de feu Monsieur de Bouillon. «Il avait meilleure envie que jamais de bien faire, et ses places «sont des plus importantes que nous ayons aujourd'hui. Je me «console en une chose, qu'il a fait ce bon choix de Monsieur de « Lanoue pour exécution de son testament, lequel ne fera jamais «mal, à son escient, et ne portera aucun dommage au party, «mais au contraire y apportera toute intégrité et fidélité, encores «qu'il ayt aulcunement les mains liées. Ayant reçu ceste mau- «vaise nouvelle, la première chose à quoy j'ay pensé a esté à «Monsieur de Turenne, et par là à l'héritage et à l’héritière. «Pour conserver le tout, j'y apporteray tout ce que je pourray.

«Pensez-y comme pour vous et le public; c'est chose que je «désire infiniment.»

{ Rec. des Lettres missives de Henri IV, t. 9, p. 334.

Ph. de Mornai qui, sur ce point, partageait les désirs du roi de Navarre, pressait en ces termes, à la date du 2 avril 15881, le vicomte de Turenne de prendre un parti: «Je vous ay souvent «écrit du mariage de Mademoiselle de Bouillon , lequel Sa Majesté «Ca proposé et acheminé pour vous, et fera plus ardemment, si «elle voit qu'y ayez affection. Vous ne nous en avez point fait de «réponse; la chose le mérite, et est recherchée de plusieurs «endroits, même par menaces. Vous seul, en ce royaume pouvés «maintenir au party des places desquelles vous connaissez «l'importance. » |

Tandis qu’en cette même année 1588, la question de l'union projetée restait en suspens, non seulement par le fait du vicomte de Turenne, mais aussi à raison de l'âge de Charlotte de Lamarck, trop Jeune encore pour pouvoir contracter mariage, le roi de Navarre ménageait à son intéressante cousine d’affectueuses relations, au foyer domestique, en tenant à ce qu'elie demeurât entourée, à Sedan, de Madame de Laval, de son fils, et de la fille du prince de Condé. La sollicitude de Henri pour la jeune duchesse et pour ces trois personnes qui constituaient alors son intime entourage, ressort d'une correspondance dont quelques fragments méritent d’être rappelés.

S’adressant, dans les derniers jours de mars, à Madame de Laval, le roi lui disait?: «Je suis délibéré de n’abandonnér «point Sedan et ce qui est dedans, que je tiens par trop cher. «Croyez que j'aurai autant de soin de ma nièpce, de ma cousine, «et de votre fils, que s'ils étaient mes enfans ; aussi leur veulx- « jé servir de père. Je vous prie qu'ils ne se séparent point, et «vous mesme avoir l'œil sur ce que jugerez estre de leur bien, «surtout pour empescher les pratiques et menées que je ne

1 Archives nationales de France, p. 168.

2 Lettres missives de Henri IV, t. 2, p. 360.

«doubte point qui ne se dressent en diverses parts. Il nous fault «voir plus clair aux affaires de ce monde : rien ne nous presse ; al y a de la besogne taillée ailleurs, qu’il fault voir coudre «premièrement. J'espère qu'on ne perdra rien à l'attente. «Avertissez-moi et me tenez, ma cousine, pour vostre bien «alffectionné cousin et meilleur amy.

Le roi écrivait à Charlotte de Lamarck!: «Ma cousine, j’ay cesté très ayse d'entendre de vos nouvelles, comme celuy qui «les désire autant bonnes que parent ou amy que vous ayez. «Je pense vous l'avoir bien particulièrement fait entendre par «mes dernières ; mais encore ne laisserai-je passer ceste occa - «Sion. ... Croyez, ma cousine, que je porte autant d'affection «à la conservation de vostre personne et de vos places, que «des miennes propres. . .. Je trouve fort bon que ma niepce «madamoyselle de Bourbon continue en la mesme nourriture «qu'elle a prise, du vivant de son père, ne pouvant estre en «lieu plus sûr ny en meilleure compagnie que la vostre. J'en dis «autant de mon petit cousin de Laval. Je vous prie les aimer «tous deux et les avoir en recommandation, et taire très certain «état de mon amitié, comme de celuy qui est vostre bien affec- «tionné cousin et meilleur amy.»

Quant à Catherine de Bourbon, marquise d'Isle, fille unique de Condé et de Marie de Clèves, elle recevait du roi, à la même époque, les lignes suivantes? : «Ma niepce, maintenant qu'avés «perdu vostre père, dont je porte un extrême ennuy, pour ce «que je le tenois et aymois comme mon propre frère, Je ne «doubte point, qu'oultre la douleur de ceste perte, vous ne «soyez en perplexité pour les divers conseils qu’on vous peut «donner, soit de la court ou d’ailleurs, pour vous faire changer

! Lettres missives de Henri IV, t. 2, p. 359. * Lettres missives de Henri IV, t. 2, p. 558.

«d'air et de nourriture. Mais j'estime tant de vostre bon naturel, «que rejectant toute induction à cest effect, vous vous confor- «merez à ce qui estoit de la volonté de vostre dict père, et à «l’advis de ceux qui vous aiment. Vous ne pouvez estre en lieu «plus seur, pendant ce misérable temps, vous ne pouvez estre «plus honorée, ny en meilleure compaignie, qu'au lieu où vous «estes, avec vostre cousine, Madamoyselle de Bouillon. Pour «cest effect, j'escris à vostre oncle, Monsieur le cardinal de « Vendosme, qu'il ne vous laisse chômer de rien qui soit néces- «saire pour vostre entretenement. S'il y fait faulte, nous aurons «querelle ensemble. Croyez doncques, ma niepce, mon conseil «plus que de nul autre, estant celuy qui vous veulx à présent «servir de père. Advertissez-moy de ce qu’avez besoing, et me «tenez pour vostre plus affectionné oncle et meilleur amy.»

Lorsque vers la fin de septembre 4591, le vicomte de Turenne se présenta au roi avec l’armée qu'il avait levée en Allemagne, il reçut de lui le meilleur accueil, et consentit enfin à l'union projetée. Le souverain proposa le vicomte pour époux à Charlotte de Lamarck, qui ne le connaissait que de réputation. Le choix fait par le roi était, pour elle, l'indication d’une voie favorable à suivre: et, confiante dans les conseils de son protecteur, elle se décida à unir son sort à celui de Turenne.

Le mariage fut célébré à Sedan, en présence du roi le 11 octobre 1591.

La princesse d'Orange applaudit à l'union de son cousin avec la cousine de ses belles-filles, et représenta à celles-ci la jeune duchesse comme bien heureuse d’avoir pour mari l’homme dont elle se complaisait, par excès de bonté, à faire, devant elles, le panégyrique ; mais, si quelqu'un méritait d’être loué, c'était plutot la jeune femme, que recommandaient sa piété, ses vertus, et ses qualités aimables; noble apanage moral, que Turenne était loin de posséder au même degré qu'elle.

Les préoccupations de Louise de Coligny, depuis son arrivée à La Haye, étaient toujours les mêmes, au sujet de sa position personnelle et de celle de son jeune entourage, lorsqu'elle apprit que le 9 octobre 1591, les États généraux venaient enfin de prendre en considération la demande d’une pension pour elle et ses enfants, qu’elle leur avait naguère adressée. Il ne s'agissait encore que d’une mesure préliminaire, qu’atteste, en ces lermes, le procès-verbal d'une séance tenue par ces États ! :

« Proposition aux États d'accorder, pour l’entretien de Madame «la princesse d'Orange et de son fils, ainsi que des filles de Son «Excellence Madame de Bourbon, qui, à cause de la présente «guerre en France, sont privés des revenus de leurs biens, «laquelle guerre, en outre, ne permet pas à la princesse de «percevoir le douaire provenant de la succession du feu prince «d'Orange, une pension annuelle de quinze mille florins. — «Les députés de Hollande, Zélande, Utrecht et Frise demande- «ront le consentement de leurs commettans».

Six mois s'écoulèrent depuis lors, avant qu'intervint, le 10 avril 4592, la solution définitive que voici?: «Les États «généraux accordent une pension annuelle de quinze mille «florins, dont deux tiers au profit de la princesse d'Orange et «de son fils, etun tiers au profit des filles de Son Excellence, «de haute mémoire, Madame de Bourbon. — Le trésorier-géné- «ral Doublet paiera cette pension mensuellement, par douzième. »

Cette allocation n'avait qu'une portée limitée, celle de faire face à des dépenses journalières, de première nécessité. Elle n’exonérait d’ailleurs en rien la princesse et ses enfants des

! Archives générales du royaume de Hollande. Recueil des procèsverbaux des États généraux.

* Archives générales du royaume de Hollande. Recueil des procèsverbaux des États généraux.

lourdes charges qui pesaient sur elle et eux, du chef des engagements dont se prévalaient les créanciers de la maison mortuaire de Guillaume de Nassau.

Ici encore incombait dans toute sa force, aux États généraux le devoir de procurer à la veuve et aux enfants du prince une entière exonération, qu'elle et eux réclamèrent avec une légitime insistance !, sans que, du reste, il soit aujourd'hui possible de préciser exactement ce qui en résulta. |

La lettre suivante, de Louise de Coligny, à son neveu le comte Guillaume, du 1° février 1592, se rattache vraisemblablement à la communauté d'intérêts qui portait la princesse, au double titre de veuve et de mère, et le comte Jean-le- Vieux à réclamer des États généraux l'exonération dont il s’agit ici; il y était dit?: «Monsieur mon nepveu, sachant que Tondorf dépêchait «son homme, je n’ai voulu faillir vous faire ce mot, pour tous- «jours me ramentevoir en vos bonnes grâces et vous assurer de la «volonté que j'ai et qui me continuera éternellement pour vous « faire service, estant bien marrie que je n’ai moyen de vous en «rendre témoignage, en l'affaire que je sais que vous désirez ; «mais en cela, ni en toute autre chose qui touche ceste maison, «on ne peut rien avancer jusqu'à ce que l’on sache des nouvelles «de Monsieur vostre père; de quoy, pour mon particulier, je «suis extrêmement en peine, et en reçois beaucoup d'incommo- «dité en mes affaires, ne voulant rien entreprendre et usant de «la plus grande patience que je puis, jusqu'à ce que nous enten- «dions de ses nouvelles, desquelles je vous supplie me vouloir «mander si vous en avez appris, el aussi Si vous n'avez rien

! Voir lettres de la princesse d'Orange et de ses enfants à la province d'Over Yssel et à la municipalité de Gœs, des 8 et 10 février 1593 (Archives de Kampen et de Gœs).

? Archives de la maison d’Orange-Nassau, n° 2247.

«entendu de celles de Madame vostre tante, la comtesse de «Schwartzenbourg. Je vous dirai que, grâces à Dieu, vos «cousines, mesdemoiselles d'Orange, tant celles qui sont à Delft, «que celles qui sont auprès de moi, et aussi vostre petit cousin «Frédéric-Henri, se portent tous fort bien et je vous supplie, «monsieur mon neuveu, me mander de vos nouvelles par le «retour de ce porteur etc. etc.»

De quelque poids que pesât sur l'existence de la princesse le souci des intérêts matériels, elle le dominait, des hauteurs de sa foi, et se montrait toujours prête à s’oublier elle-même, pour servir la cause de la religion à laquelle elle s’honorait d'appartenir.

On le vit bien par l’appui qu'elle prêta à l'exercice du culte à La Haye, depuis son arrivée dans cette ville, arrivée que Barnevelt avait signalée comme un fait dont l'importance nécessitait une prompte solution de la question d'établissement d’un service régulier de prédications, dans l'intérêt des Wallons.

A cet égard, que s’élait-il passé depuis quelque temps, et qu'advint-il finalement ? le voici :

Un ministre de l'Évangile, pieux, éloquent et doué de qualités supérieures, Jean Wtenbogaert, avait été appelé en janvier 1590, par le Consistoire de l’église hollandaise de La Haye à desservir celte église, en qualité de quatrième pasteur. En confirmant sa nomination à ce poste, et en lui allouant un traitement, les États de Hollande et de West-Frise, y avaient mis pour condition, qu'il serait tenu, à leur réquisition, ou à celle de Maurice de Nassau, de prècher en français dans la chapelle dite de la Cour.

Des prédications en français par un ministre de l’église hollandaise constituèrent, pour les Wallons, un acheminement vers quelque chose de mieux. L'amélioration, telle que la comprenait avec juste raison la princesse d'Orange, et qu'elle l'avait indiquée dès le mois de mars 4591, devait consister en ceci : que l’église

wallonne de La Haye füt dotée d’un ministre spécial. Or, deux hommes dévoués à la cause évangélique, sur le concours desquels s’appuyait la princesse, «le pasteur Taffin (d'Amsterdam) et le «professeur Trelcat (de Leyde), député du synode wallon, «surent si bien mener l'affaire, qu’au mois de septembre 1591, «Witenbogaert fut installé, en qualité de pasteur de l'église «wallone !»,

Il est désormais permis d’assigner une date précise, celle du 27 septembre 1591, à l'établissement de l’église wallonne de La Haye. La large part que la princesse d'Orange prit à ce salutaire établissement assure, de nos jours encore, à sa mémoire, le respect et la reconnaissance de ses coreligionnaires ?.

Alors que les prédications en langue française suivaient leur cours régulier, Taflin manda de La Haye, à Th. de Bèze* le «7 août 14592 : « La principale fonction de M. Wtenbogaert est «le ministère en langue flamingue, en ce lieu. Cependant il y a «quelque temps que me trouvant icy, nous prismes résolution «qu'il prendroit en sa charge aussy l’église françoise, y pres- «chant une fois, le dimanche et le jeudi; de quoy il s'acquitte « fort heureusement et avec grande édification.»

Originairement l’église wallonne s’assemblait, à La Haye, «dans une chapelle, située au Binnenhof, autrelois réservée à «l’usage des comtes de Hollande et de leur cour; d’où lui était «venu le nom de chapelle de l@æcour. . . . Mais quand arriva

! Bulletin de la commission pour l’histoire des églises wallonnes. La Haye 1885, tome 1er, p. 316.

? Nous nous faisons un devoir de remercier ici l’un de Messieurs les pasteurs de l’église wallonne de La Haye, Monsieur Lacheret de la com munication, qu'il a bien voulu nous adresser, de divers documents, à l’aide desquels nous avons pu préciser quelques-uns des faits que nous venons d’énoncer,

* Bibl, nat. mss. Collect. Dupuy, vol. 101, & 118,

282 …L'OUISENDE COLIENYI

«Wtenbogaert, les foules se pressèrent à ses prédications, telle- «ment que bientôt il fallut songer au moyen de procurer plus «d'espace à ses auditeurs». Par résolution du 19 avril 4594, les États affectèrent à l'exercice du culte des Wallons un local plus vaste que celui dans lequel il avait eu lieu jusqu'alors!.

Activement favorisé par Louise de Coligny, le ministère de Wtenbogaert amena le rapide développement de l’église wallonne de La Haye. |

Pénétré de gratitude envers la princesse, en raison de l'appui qu’elle ne cessait de lui prêter, Wtenbogaert suivit avec bonheur l’occasion de la seconder dans la direction spirituelle qu'elle s’efforçait d'imprimer à Henri-Frédéric ; il se chargea de l’instruction religieuse de ce fils chéri, et prit même le soin de le former à l'étude de la langue latine ?.

Éminemment expansif, le zèle relig sieux de Louise de Coligny se manifesta particulièrement dans une circonstance où se trouvait en jeu l'intérêt des Genevois, au nom desquels Th. de Bèze cherchait, en Hollande, un appui contre l'attitude menaçante du duc de Savoie, et sollicitait l’allocation de secours matériels.

À cette circonstance se rattache une lettre de Taffin à Th. de Bèze, datée de La Haye, le 7 août 4592. Elle portait *

«Monsieur, le 4 de ce mois, j'ay reçu vos lettres, accompa- «gnées de celles que madame la princesse d'Orange m'escrivit, «me priant de venir la trouver pour adviser au moyen de pour- «suivre, avec espérance de bon succès, vostre intention et désir. «Je partis dès le lendemain ; ayant communiqué ensemble, Son «Excellence, M. Wtenbogaert et moy, et ayant pris l’advis de «quelques amis ayant affection et moyen de nous ayder, nous

! Bulletin de la commission pour l’histoire des églises wallonnes. p. 320, 321.

? G. Brandts Historie der Reformatie, t. 4, p. 395. * Bibl. nat.'mss. Collect. Dupuy, vol. 104, f 118,

«avons dressé une remonstrance, au nom de Son Excellence, «à Messieurs les états des Provinces-Unies, en laquelle, après «avoir représenté vostre estat bien au long, elle les prie de «vouloir accorder quelque somme de deniers, en les y exhortant «avec toutes les raisons qu'il a pleu à Dieu nous suggérer. — «Ayant dressé la remonstrance en français, M. Witenbogaert «l’a traduite en flamand, et nous a donné advis de la présenter «en l’une et l’autre langue. Ayant Madame signé l’une et l’autre, «nous nous sommes trouvés, M. Wtenbogaert et moy, aujour- «d’huy, vers Messieurs les estats; M. Wtenbogaert ayant fait la «proposition, en séance et présenté les estats de Messieurs les «Syndicques et Conseil (de Genève) et ladite remonstrance de «Son Excellence. — Leur réponse a esté favorable : qu’ils avaient «ce faict en singulière recommandation pour advancer vostre «affaire autant qu’il leur serait possible. Sur quoy, 1l vous plaira «entendre que, quand il est question de telles affaires, il faut «qu'elles soient communiquées aux provinces, qui entendent «avoir l’advis des villes; ce qui est raporté en l'assemblée des «estats-généraux pour en prendre résolution; et cette procédure «est cause de la longueur d’avoir dépèches. — Ceux à qui nous «avons aujourd'hui parlé, sont bien affectionnés, et S’emploie- «ront vers les autres, qui s’assembleront lorsqu'il faudra en «prendre résolution. — Madame tiendra la main pour aussi «recommander ce fait; et semblablement M. Wtenbogaert, «lequel, s’y confessant obligé, s’y montre aussi fort affectionné «et a moyen d'y beaucoup aider. Comme il est résidant en ce «lieu, estant fort du goût de tous, doué de prudence, il servira «beaucoup à l’advancement de vostre intention et desir, suivant «qu'il en sera bien d'advis, qu'il soit requis de vous ou de vostre «compagnie, de continuer à poursuivre vos affaires, m’asseurant «qu'il leur y aydera beaucoup, comme aussi Madame s’y monstre «fort affectionnée. . . .. — Voici nostre intention et attente ;

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