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tées pour lui et prédites Louise de Coligny, ne se firent pas longtemps attendre, ainsi que l’attestent ces vibrants accents du cœur maternel ! :
«Ma fille, un fils! j'en pleure de joie. Enfin je n’ai point de «parole pour vous représenter mon contentement, car il est par- «dessus toutes paroles et tous discours. Vraiment, vous avez bien «de l'avantage sur toutes vos sœurs, d’avoir si bien commencé, et «si promptement. . ... Or, Dieu soit loué, de quoy vous estes si «heureusement accouchée. Mais je voudrois bien vous avoir vue «et oui ce que vous disiez en vos maux, et desire bien de sçavoir «comment vous vous serez portée depuis. Commandez bien à «Mademoiselle d’Averly? qu’elle me l’écrive fort particulière- «ment. Je meurs d'envie de voir ce petit fils et comment vos «petites mains le manient. Croyez que vostre petit frère est bien «glorieux d’avoir ce petit nepveu, et Monsieur de Bouillon bien «en colère de ce que vostre sœur ne luy en donne. Du Vilarsÿ à «esté prophète, car elle m'a tousjours dict que vous accouche- «riez, le propre jour que vous fistes, et que vous auriez un «fils. Elle veut que ce soit elle, et non moy, qui vous envoie «les vers qui ont esté faicts, à un ballet qui a esté donné à «Sainct-Germain, au baptesme d'Alexandre, Monsieur, dont «vostre petit frère estoit, et des premiers, et de ceulx qui ont «eu plus de louange. M. de Dommarville vous escrira tout «particulièrement, et moy je ne vous parlerai d’aultre chose «que de vous et de vos faicts. J’admire que vous m'ayez escrit «sy tost après vos grands maux, et si bien; car jamais vous «n’escrivites mieux. Je vous garderai ceste lettre pour faire «honte à celles que vous escrirez en santé; et finirai ceste
1 Lettre du 31 décembre 1598. Archives de M. le duc de la Tré-
molle.
2 Demoiselle d'honneur de la duchesse de la Trémoille.
3 Demoiselle d'honneur de la princesse d'Orange.
«lettre avec la fin de l’année, car voici minuit, qui sera le dernier «de lan,» | |
A la joie de posséder un petit-fils succéda bientôt, pour la princesse d'Orange la douloureuse nécessité d’une séparation ; Heori-Frédéric étant rappelé dans les Provinces-Unies par la dépêche suivante, que les États généraux expédièrent à sa mère le 7 janvier 1999? :
«Madame, nous envoyons présentement en France le sieur «Doublet, pour, avec la préalable permission du roy, laquelle «avons enchargé au sieur d’Aersens d’impètrer de Sa Majesté, «illec faire levée de cavalerie et infanterie françoise, dont leur «avons commandé de en faire particulièrement ouverture à «Vostre Excellence; et comme, pour l'effectuation de ceste «charge, ils auront besoin de vostre bonne direction, nous prions «bien fort qu’il plaise à Vostre Excellence les y assister et favo- «riser, de la part où il conviendra, de vostre bon conseil et cadvis, afin que ladite levée se puisse faire avec la plus grande «diligence qu'il sera aulcunement possible ; ayant trouvé bon «de présenter une compagnie de ladite cavalerie françoise à «Monsieur le comte Henri de Nassau, vostre très cher et bien- «aimé fils, en tant qu'il plaira à Vostre Excellence l'avoir «agréable, et de l’accepter de sa part; ce que nous vous prions; «desirans, à ceste fin, comme le temps que nous Iluy avons «accordé pour demeurer en France est expiré, et que nous «espérons qu'il pourra estre employé, pour le renouveau, au «service de sa patrie, en campaigne, qu’il vous plaise, pour cest «honorable effect, nous le renvoyer; en quoy Vostre Excellence «s’acquittera de sa promesse, et nous fera chose très agréable,
! Claude de la Trémoïlle annonça, en termes chaleureux, la naissance de son fils au connétable, dans une lettre du 22 décembre 1598. (Bibl. nat. mss. f. fr. vol, 6640, fo 52). | |
* Archives générales du royaume de Hollande.
DOUISEADE COLLOENY. 389
«Et nous remettant, au demeurant, à ce que Vostre Excellence «entendra davantage de l’estat présent de nos affaires, prions le «Créateur, etc., etc.»
Louise de Coligny était prête à rendre service aux États généraux, en appuyant auprès du roi leur demande d’autorisation relative à une levée de troupes; elle leur savait gré de l'offre d’une compagnie pour son fils; mais, en même temps, elle s'affligeait de le voir contraint, sous le coup d’un engagement positif, de se séparer d’elle prochainement. Toutefois, en princesse fidèle à sa parole, elle l’exhorta à se résigner aux rigueurs d’une séparation nécessaire ; Séparation sur laquelle, précédemment, le comte Guillaume, son neveu, s'était prononcé, en lui tenant le langage d'un conseiller affectueux !: «Je pense que le plus «profitable et honorable pour mon jeune cousin, est de retourner «le plus tost, pour se faire, en tout, si capable comme son frère «a fait, veu que, demeurant en France, il demeure frustré de «l'exercice qui est le plus important pour sa grandeur et bien, et «estant auprès de son frère, 1l pourroit, quant et quant, conti- «nuer aux études etexercices qu'il a déjà appris, et, menant avec «lui des bons maïstres, il se rendrait aussi bien parfait que en «France.»
Témoin de l'impression produite sur la princesse, sa bellesœur, par la dépêche des États généraux, M"* de Chastillon se montrait partagée entre la satisfaction de conserver, pour le moment, son fils auprès d’elle, et le désir de voir s'ouvrir pour lui, même au prix d’une absence temporaire de sa patrie, une carrière militaire analogue à celle dans laquelle Henri-Frédéric allait s’avancer. Elle inclinait à regretter, qu'en offrant une compagnie de cavalerie à l’un des deux cousins, les États
généraux n'eussent pas pensé à grallier l’autre d’une com-
1 Archives de la maison d'Orange-Nassau, n° 2247.
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pagnie quelconque, dans la levée qu'il s'agissait d'opérer en France.
N'’était-ce pas là aussi l’avis des deux jeunes cousins? on l'ignore, il est vrai; mais il n’en demeure pas moins permis de former, sur ce point, dans le sens de l’affirmative, une conjecture, probablement fort voisine de la réalité.
En effet, les deux petits-fils de l’amiral de France, unis désormais l’un à l’autre par les liens d’une étroite amitié, aspiraient à pouvoir suivre ensemble la carrière des armes. Or, si cette carrière, fermée, en France, à Henri-Frédéric de Nassau, lui étaient uniquement accessible dans les Provinces-Unies, ne pouvait-elle pas, pour un temps au moins, l'être également à Henri de Coligny, sur le sol de ces provinces, dans les rangs des troupes françaises employées à leur service ? assurément oui; et c'est bien là, on n’en saurait douter, ce que pensaient les deux jeunes amis, comme aussi ce que pensaient leurs mères.
Les événements militaires de France et des Pays-Bas avaient été fréquemment le sujet des entretiens des deux Henri; et l’'ardeur guerrière du fils de M"* de Chastillon s'était accrue, aux récits de son cousin, quand il l'avait entendu lui dire que, dès l’âge de treize ans, il avait porté les armes, sous l'égide de son frère aîné, Maurice de Nassau, lui vanter les hauts faits de ce frère, lui parler de l'accueil favorable que les Français recevaient sous les drapeaux de son armée, enfin lui signaler les éminents services rendus par plusieurs d’entre eux. Et maintenant que, rappelé par les États généraux, pour entrer de nouveau en campagne, à la suite de Maurice, Henri-Frédéric allait quitter la France, quel n'était pas l’empressement de Henri de Coligny à le féliciter de ce qu'il se voyait appelé à l'honneur de consacrer ainsi à sa patrie ses forces et son dévouement |
La princesse d'Orange, quel que füt le chagrin que lui causât une séparation imminente, s’occupait si sincèrement des prépa-
ratifs nécessités par le prochain départ de son fils, qu’elle écrivit à la duchesse de la Trémoïlle!: «Je suis si interdite du parte- «ment de vostre frère, que je ne sais ce que je fais. Cela m’a empê- «chée, depuis que j’ay eu ceste nouvelle, d'écrire ni à vous, ni «à personne, car je ne pense plus qu'au moyen de le faire «retourner avec quelque lustre et moyen de servir sa patrie : de «façon que je ne parle, à ceste heure, qu'hommes, armes et «chevaux ; et, pour en faire, je vous laisse à penser s’il me fault «trouver de l'argent; à quoy me faict extrême besoin celuy que «me doibt vostre bon mari. Vous avez intérêt, ma fille, à ceci : «c’est pour l'honneur de vostre frère, pour le bien de vostre «pays. Faites donc, je vous supplie, que je reçoive ceste partie. «Quand vous ne me le devriez point, je m'adresserai à vous, «en une telle occasion, où il y va de l’honneur et de la réputation «de vostre cher frère, car, Messieurs les Estats me prient instam- «ment qu'il leur mène une bonne troupe ?.»
Le roi de France était si peu d’avis de laisser partir Henri- Frédéric, qu'à l'insu de Louise de Coligny, 1l chargea son ambas-
1 Lettre du commencement de mars 1599 (Archives de M. le duc de la Trémoille).
? Le 20 mars 1599, la duchesse de Bouillon écrivait à sa sœur Brabantine : «il faut que je me mette sur le discours du regret que Madame «nostre belle-mère fait de la séparation de nostre cher frère ; je crois «que vous et moy ne le verrons pas. Le temps auquel il est mandé ap- «proche trop, puisque c’est à ce mois d’avril. M' Dommarville est allé «apprêter le chemin. Le sujet de son voyage vous le sçavez aussy bien «que moy; mais je ne sçay si J'ay cet avantage sur vous de m'estre «employée au mouvement des gens qu’il désiroit d’icy, qui s’en vont à la «défense de ma patrie. Ce cher frère a paru infiniment aux noces de «Madame et y a fait rage, à ce que l’on m'a dit; mais pour tout cela il «s’en résout avec gaieté de s’en retourner, qui est, ce me semble, un «présage, qu’il reconnoît d’où il peut attendre et de l'honneur et du «bien. Ce cher mari le lui a tousjours conseillé; je m’assure que le vostre «est bien du mesme avis» (Archives de M. le duc de la Trémoille).
sadeur dans les Provinces-Unies d'inviter le prince Maurice à user de son crédit auprès des États généraux, pour que son jeune frère fût autorisé par eux à prolonger, pendant une seconde année, son séjour dans le royaume.
L'ambassadeur s'étant acquitté de la mission que son souverain lui avait confiée, Maurice de Nassau accomplit une démarche dont l’objet et l'issue sont ainsi constatés, à la date du 24 février, dans le recueil des Résolutions des États généraux des Provinces- Unies 1: «Son Excellence (le prince Maurice) annonce à l'assem- «blée que le sieur de Buzanval a reçu une lettre du roi de «France, qui le charge de prier sa dite Excellence d'intervenir «auprès des États généraux, à l’effet d'obtenir en faveur du comte «Henri-Frédéric l’autorisation de rester encore un an en France. «— Résolu d'écrire au roi que les États, guidés par des consi- «dérations particulières, désirent que le comte Henri-Frédéric «retourne à la première occasion favorable.» |
En exécution de la résolution ainsi prise, les États généraux adressèrent à Henri IV, le 20 février 15992, la dépêche suivante : +:
«Sire, Monsieur le prince Maurice nous a remonstré que le «sieur de Buzanval, vostre ambassadeur pardeçà, par le comman- «dement de Vostre Majesté, l’avoit requis de moyenner envers «nous, que voudrions trouver bon que le comte Henri, son «frère, pourroit demeurer encore un an en France; sur quoy «ayant mürement advisé, nous n’avons pü laisser d’advertir «Vostre Majesté comme le partement dudict sieur comte vers «France, de sa demeure illec, pour un an, luy a esté par nous ac- «cordé, avec le préalable consentement des Provinces-Unies; et «ainsi estant présentement ledict terme expiré, nous ne sçaurions
! Archives générales du royaume de Hollande.
* Ibid,
«accorder la prolongation d’iceluy, sans mesme préalable adveu «desdictes provinces. En quoy nous trouvons de la difficulté, «tant pour le regard de la presse de l'ennemi qui se commence «à remuer vers les quartiers de Gueldres et Overyssel, selon les «advertances qui nous en viennent de divers endroicts, que pour cautres importantes considérations qui touchent le bien de nostre cestat ; par où, Sire, nous prions Vostre Majesté bien humble- «ment qu 1l vous plaise trouver bon et permettre le retour pardeçà «dudit sieur comte, par la première commodité, et luy continuer «toujours vos royales faveurs, comme aussy à nostre estat vostre «affection accoustumée pour le maintenement d’iceluy.»
Louise de Coligny, pour la décharge de sa propre responsabilité, tint à ce que les Elats généraux sussent qu'elle était demeurée totalement étrangère à la démarche que Henri IV avait chargé son ambassadeur d'accomplir : aussi, trouve-t-on consigné dans les registres des Résolutions desdits états! cette mention : «Séance du 4 mars 1599. — Le sieur Dommarville, lieutenant- «colonel dans le régiment du sieur de Lanoue, a comparu à «l'assemblée ct représenté, de la part de Madame la princesse «d'Orange, qu’elle avait volontairement consenti au retour du «prince, son fils, et que la lettre du roi de France estoit escrite, à «SON insu.» |
Le fait était incontestable, par cela seul que la princesse, dans sa parfaite loyauté, en affirmait l’existence.
Quelques semaines s'étaient encore écoulées sans que Henri IV eût consenti au départ de Henri-Frédéric, qu’il retenait auprès de lui, au château de Fontainebleau, lorsqu'arrivèrent en France Dommarville et le capitaine Baud, annonçant que des vaisseaux de guerre, stationnant dans l’un des ports du royaume, y attendaient le jeune prince, pour le conduire dans les Provinces-Unies.
1 Archives générales du royaume de Hollande.
Ce fut alors que la princesse d'Orange adressa, le 1° avril, à Barnevelt ces lignes dans lesquelles se peignaient , en traits frappants, sa noble insistance auprès du roi, et sa sollicitude maternelle 1 : | |
«Monsieur, comme M. Dommarville et le capitaine Baud arri- «vèrent, mon fils estoit avec le roy, à Fontainebleau. Je partis «ncontinent pour le aller quérir et faire entendre à Sa Majesté le «commandement que j'avois de Messieurs les Estats de le leur «renvoyer. Je luy parloi aussy combien lesdits estats avoient «besoin de l’accomplissement de ses promesses ; ce qui fut occa- «sion que Sa Majesté nous retint quelques jours, pour voir sil «y avait moyen que mon fils peust porter avec luy une partie de «ce qu'il nous à promis; mais cela n’a pas pü estre à cause «que le conseil est tout séparé, pour ces festes de pasques. Sa «Majesté m'a commandé cependant d'asseurer Messieurs les «ÆEstats, et vous en particulier, que, pour le 45 de ce mois, ou, «au plus tard, pour la fin, il vous envoiera ce que vous dict «M. Dommarville ; et m’a prescrit fort Sa Majesté que mon fils «retardast son partement jusques lors ; mais luy remonstrant la «dépense qu'avaient faicte ces Messieurs les Estats, luy envoyant : «des vaisseaux de guerre, et l’incommodité qu'ils recevroient «de leur retardement, Sa Majesté luy a accordé son congé. — «Je le vous renvoye donc, Monsieur, avec prières tres ardentes «que je fais à Dieu, quil luy fasse la grâce de rendre ce qu'il «doit à sa patrie. Il en à bien la volonté; 1l luy reste la capacité, «que j'espère que le temps et le bon exemple de son père luy «donneront. Je le vous recommande, Monsieur, et vous supplie «d'en avoir soing, et que, par vostre moyen, il soit maintenu
1 Archives de la maison d’Orange-Nassau, n° 22474. — Archives
générales du royaume de Hollande, Brieven van Vorsten Regerings personen.
«aux bonnes grâces de Messieurs les Estats, particulièrement des «Estats de Hollande, qui sont ses pères et ses protecteurs, et «entre les mains desquels je le résigne. — Je n’escris qu’à vous, «Monsieur, puisque l’arrivée de mon fils fera assez paroistre à «Messieurs les Estats l’obéissance que je rends à leurs comman- «demens ; et luy et M. Dommarville vous feront entendre tout «ce que vous desirerez d'apprendre d’icy.»
En même temps la duchesse de la Trémoïlle recevait cette confidence de la douleur maternelle!: «Je me prépare à des «larmes, au partement de vostre petit frère, dont j'attends, «d'heure en heure, le dernier commandement; qui est occasion «que je ne puis le vous envoyer,et vous assure qu'il en a extrême «regret.»
La veille de son départ, le petit frère écrivit de Paris, à la duchesse ? : «Madame ma sœur, je ne scay par où commencer «à vous remercier de tant d'honneur que ay reçeu de vous, «depuis mon arrivée en ces quartiers. Je m'estimeray le plus «heureux du monde quand, par mes services, je pourrai le «recognoistre. J’eusse esté fort marry sy vous eüssiez pris la «peine de venir en ceste ville: la chaleur est si grande, que «cela vous eust faict du mal. Je pars demain, au matin, pour «retourner en Hollande. Combien je desire répondre, en toute «sorte, à vos commandemens, c’est ce que j'essayerai en toutes «occasions de vous tesmoigner par des effects. Jay esté ce «matin, au presche, qui a esté fort bien faict par le ministre.»
Quand Henri-Frédéric eut quitté la France, sans avoir pu revoir sa sœur Brabantine, la princesse d'Orange eut soin de
mander à celle-ci * :
1 Archives de M. le duc de la Trémoille.
3 Ibid.
« Me voici de retour (à Paris) d’un petit voyage que j’ay faict «jusques à Vigny, où vostre petit frère me dit adieu. Je fis la «Gène à Mantes, à pasques, et de là, revenant icy, je fus extrè- «mement aise de sçavoir des nouvelles de M. de la Trémoïlle, de «vous et de mon petit-fils, qu'on m'a dictestre le plus beau du «monde; et encores hier j'en appris par un de vostre bon pays, «qui m'apporta un mot de vostre main et me dit que cest enfant «est si beau et en si bon point, que l'on le prendroit tousjours «pour un Hollandais, qui est, à son opinion, la plus belle louange «qu'il luy puisse donner. . ..— Seriez-vous bien si honneste «femme, que d’estre d’une partie que nous avons faicte M. de «Bouillon et moy, d'aller aux bains, au mois de juillet? Madame «de Bouillon s'y trouvera aussi. Je sçay bien que vous n'avez «point de maladie qui vous y mène, Dieu mercy ; mais je sçay «bien aussy qu'il n’y a rien au monde qui fûst meilleur pour la «migraine de M. de la Trémoille, et m'asseure que vous estes «si bonne femme, que vous ne voudriez pas manquer de l’accom- «pagner. Pleust à Dieu que ceste bonne inspiration luy vint en «l'esprit! |
«Vous avez tort de vous plaindre de ce que vostre petit frère «ne vous a point esté veoir, car il en a eu encores plus de regret «que vous; et croyez, ma fille, que, s’il eust esté possible, il «eust faict ce voïage. Quand vous ouirez toutes mes raisons, «yous jugerez bien qu'il n’a peu. Et fault que je vous avoue «que j'ay esté surprise de son partement ; car je ne pensois pas «qu’il dûüst estre mandé sy tost; et ma fallu user d’une telle «diligence, pour ne faire point attendre les vaisseaux, que je «n’ay pas eu loisir de luy faire faire mille choses qui luy estoient «nécessaires. Je n’ay point eu de ses nouvelles depuis son embar-
1! Château appartenant à l’un des cousins de la princesse d'Orange, Ch. de Montmorency, frère du connétable.
«quement, qui fut, il y eut hier huit jours, avec un sy bon vent, «que j'espère que Dieu le aura conduit heureusement.
«.... Je m'asseure que vous aures autant de peine à lire «ceste mauvaise escriture, que moy la vostre. Certes, il fault «que je dise que vous désapprenez, tous les jours, à escrire. Si «YOus ne Croyez pas que je suis toute à vous et que je vous aime «plus que ma vie, vous avez extrême tort; mais amenez ce
«mari aux bains, pour Dieu, et aimez tousjours la pauvre
«mère qui vous baise, et mon petit, cent mille fois.»
Au moment même où ces lignes étaient tracées, Henri-Frédéric se trouvait, après une heureuse navigation, de retour dans les Provinces-Unies ; et, dès le 23 avril il se présentait à l'assemblée des États généraux 1.
À son départ avait promptement succédé celui du jeune Ph. de Mornay de Bauves pour la Hollande, où son père l’envoyait
faire ses premières armes sous la direction de Maurice de Nassau ?.
Quant à Henri de Coligny, entrant alors dans sa dix-septième année, qu'allait-il devenir, sur le sol de cette France qu’il aimait passionnément, et, qu'à tout prix, ne füt-ce même que comme simple volontaire, dans l’armée, il voulait commencer immédiatement à servir.
S'il n’y rencontrait encore qu'un insuffisant aliment à son activité, lui serait-il permis du moins, afin qu'il se préparàt d'autant mieux aux services que, plus tard, il pourrait rendre à sa patrie et à ses coreligionnaires, d'atteindre, à son tour, Île territoire des Provinces-Unies, que ses deux amis venaient
1 Recueil des Résolutions des États généraux des Provinces-Unies ; séance du 23 avril 1599 (Archives générales du royaume de Hollande).
? Ph. de Mornay de Bauves ne resta que quelques mois dans les Provinces-Unies. Il existe plusieurs lettres écrites par lui à sa mère et à son père, pendant le séjour qu’il y fit. On en trouve le texte, à la suite des mémoires de Madame de Mornay (édition de 1869, t. 2, p. 225 à 295).
d'aborder, et là, de combattre contre les Espagnols? il l'ignorait; mais ce qu'il savait bien, c'était que mu par l'unique sentiment du devoir, il pouvait, en toute assurance, placer son désir de prendre du service dans l’armée d’un état, allié de la France, sous la protection des vues émises par un vieil ami de son aïeul et de son père, par le valeureux et sage Lanoue, qui dans l’un de ses remarquables écrits! avait naguères consigné au sujet «des guerres étrangères qu'on va chercher», la réflexion suivante : « Quani les entreprises sont appuyées sur justice, et que les légi- «times commandements des rois ou des républiques entre- «viennent, qui, à cause des alliances, envoyent gens à ieurs «alliez, ou, pour autre occasion nécessaire, secourent les oppres- «sez : alors ne faut-il regarder ni aux périls, ni aux incommodi- «tez; car, en faisant ce qu'on doibt, soit qu’on souffre, ou qu'on «périsse, toujours la peine ou la perte sera bien employée.»
Certes c'était bien, pour reproduire le langage de Lanoue, une entreprise appuyée sur justice, que celle à la réalisation de laquelle Henry de Coligny aspirait. Quoi qu’il advint, il pouvait demeurer en paix avec sa conscience : aussi fut-ce sans anxiété qu'il accepta les incertitudes d’une expectative qui pouvait être d’une certaine durée.
Tandis que, sans ralentir, du reste, ses travaux ni ses diverses occupations de chaque jour, il se livrait à maintes réflexions sur son propre avenir, la sollicitude de la princesse, sa tante, unie à celle de sa mère, veillait sur lui et lui ménageait, à son insu, l’accès de la carrière des armes.
On verra bientôt dans quelles conditions favorables il lui fut donné d’aborder cette carrière.
* Discours politiques et militaires du seigneur de Lanoue, Basle 1589, in-8°, neuvième discours, p. 226, 227.