‹ Louise de Coligny princesse d'OrangeChapitre 37 sur 64 · M6 LOUISE DE COLIGNY · texte numérisé non relu

M6 LOUISE DE COLIGNY

«Sainteté ne permettra point qu'il lui soit fait injustice, mais «que les imputations sont si atroces, qu'on ne peut faire moins «que de voir ce que c’est.»

Un conflit de juridiction s'élève entre le pape, qui prétend que la connaissance de l'affaire appartient à l’inquisition, et le duc de Savoie, qui invoque la compétence exclusive des juges de ses États, en déclarant, par tactique, renoncer à l'accusation, en ce qui concerne les faits dans lesquels est en jeu le diable, justiciable direct des mquisiteurs, pour s’en tenir uniquement à l’imputation de sortilège, dont les tribunaux de droit commun doivent seuls connaitre.

S'élevant au-dessus de ces misérables chicanes de compétence, et allant droit au fond des choses, vis-à-vis d’un interlocuteur qui semble ne s’en préoccuper que fort médiocrement, d'Ossat affirme au pape que l’imputation de sortilège n’est ni moins révoltante, ni moins absurde que les autres imputations dont le duc de Savoie vient de se désister, et il le presse de ne rien croire de toutes les infâmies qui se débitent sur le compte de Madame l’amirale; il démasque les secrets mobiles de la conduite de Charles Emmanuel, et il supplie le souverain ponfe d’avoir pitié de la pauvre dame, «qui n'est assure-t-1l, «travaillée que pour l'envie qu’on a de son bien et de le faire «servir de partage à un de tant de petits louvetaux qui se «nourrissent au pied de ces montstl.» Dictée par une indignation légitime, l'assimilation du duc de Savoie et de ses nom-

«son règne, qu'il tâche toujours d'augmenter. Et quand on voudroict «prendre ladite accusation comme chose dite par la fille, et non par l’es- «prit qui la possède, encore ne faudroit-il point ajouter foi au dire d'une «personne insensée, comme sont tous les endiablés. Outre que telle «calomnie peut lui avoir été suggérée par celui qui s’est logé dedans elle, «et par des suppôts qu’il a dehors. »

! Lettre du 16 janvier 1597, t. 4er, p. 384, 385.

Dreux enfants ? à un loup et à sa progéniture est sanglante, mais juste: la voracité de celui-ci n’est, en effet, que la trop fidèle image de la rapacité de celui-là. Il est bon que la diplomatie sache, dans l’occasion, parler haut et ferme à qui de droit.

Le zèle de d’Ossat ne se ralentit point; répondant aux lettres que lui ont adressées la princesse d'Orange et le connétable de Montmorency, 1l s'écrie? : «Il n’y a aucune charge contre Madame «l'amirale. . .. tout cela ne méritait pas que la moindre personne «du monde en fût travaillée ; tant s’en faut qu’une dame de «telle qualité et d’un tel âge ne düt être emprisonnée, diffamée «et poursuivie en $es biens et en sa vie. Qui sera cause que «je m'employerai pour l'innocence et soulagement de ladite «dame, en tout ce qui se présentera, de toute ma puissance et «affection.»

D'Ossat réitère ses démarches auprès du pape, d’abord, afin d'obtenir, par son intermédiaire, que Madame l’amirale, qui est tombée dangereusement malade, ait pour prison la maison dont elle est propriétaire à Turin, puis afin de décider le pape à demander qu’on lui envoye à Rome, la prisonnière, pour que lui seul statue sur son sort »!

Ces démarches échouent : «la pauvre dame continue à pâhr «en prison 4.»

Le président Vivaldo, assisté du nonce apostolique, lut fait subir, à Turin, un interrogatoire, dont Béatrix de Coligny se procura une copie qu’elle fait parvenir à d’Ossat, et que celui-ci, à son tour, expédie à Villeroi, en lui disant 5: «Je vous envoie

1 I] avait neufenfants. Voy. la dépèche de Bellièvre et de Sillery au roi. Mém. et corresp. de Mornay, éd. de 1824, t. 8, p. 220.

? Lettre du 20 janvier 1597, t. 1er, p. 388.

3 Lettres des 18 février et 19 mars 1599, t, er, p. 417 et 451.

Lettre du 20 avril 1597, t. 1%, p. 450.

* Lettre du 28 juin 1597, t. 1er, p. 465.

«ladicte feuille, où vous verrez comme un des plus grands crimes «que cette pauvre dame ait commis, est d’avoir Entremonts, «place forte en Dauphiné, que Monsieur de Savoie lui veut extor- «quer pour s’en servir contre le roi et contre la France. |

Un an s'écoule sans que rien soit encore décidé ; loin de là: le duc de Savoie redouble de cruauté. Madame l’amirale est successivement transférée de la prison de Turin dans celles de Montcallier et d’Iosée, où tout accès auprès d’elle est désormais interdit à sa fille Béatrix. ;

La paix de Vervins se signe. L’hypocrite Charles Emmanuel écrit, le 4 juin 1598, au roi de France!: «Ce qui me faict «redoubter le consentement de ceste paix, est de me sentir libre «de rendre à Vostre Majesté le très humble service que je luy «doibs. Vostre Majesté me fera cest honneur que de me commander, car elle cognoistra par les effects combien grande est l'envie que j'ai de lui rendre quelque signalé service. »

La réponse de Henri IV ne se fait pas attendre; 1l charge de Bothéon, sénéchal de Lyon, etson lieutenant-général au gouvernement du Lyonnais, du Forez et du Beaujolais?, de la porter, en se rendant auprès du duc pour lui faire jurer l'observation de la paix, et pour préciser la nature du service qu’on attend de lui. «Vous ferez instance, dit le monarque à Bothéon ÿ, pour ma «cousine l’admirale de Chastillon, laquelle est encore traitée très «rigoureusement par les officiers du duc, non pour autre cause, que «pour s’estre toujours monsirée très affectionnée au bien de mes «affaires. Elle avait été accusée de sorcellerie et autres méchan- «cetés qui luy avaient esté imposées, dont elle s’est très bien «justifiée devant les officiers du pape. Toutesfois elle a esté

! Mém. el corresp. de Mornay, éd. de 1824, t. 9, p. 10. * Recueil des lettres missives de Henri IV, t. 5, p. 10.

* Mém. et corresp. de Mornay, éd, de 1824, t. 9, p. 50. — Recueil des lettres missives de Henri IV, t. 4, p. 1015 et suiv.

«depuis plus mal traictée que devant, ayant esté transportée de «la cruelle prison du chasteau de Montcallier, où elle estoit «détenue, en une plus cruelle du chasteau d’Ivrée, où il n’est «pas permis à sa fille mesmes de la voir, ni de lui escrire, ou «recevoir de ses nouvelles ; et ce, seulement pour avoir tousjours «alffectionné mon service, sans toutesfois avoir commis aucune «félonie contre ledit duc, comme vous luy dirés, le pryant de la «faire délivrer, pour l'amour de moy.»

Infidèle à sa promesse, Charles Emmanuel repoussa la demande de Henri IV et continua à torturer sa victime !.

À un an de là, d'Ossat écrit, le 15 juin 15992 « Madame «l'amirale est toujours détenue en prison et aussi mal traictée «que jamais; et n’espère-t-on point que le duc de Savoie la «mette jamais en liberté. 11 y a danger que cette pauvre dame «ne meure en prison, et, qu’elle morte, on ne marie sa fille «par force, ou qu'on ne la fasse mourir elle-même, pour avoir «ses biens qu'on a jà dévorez par espérances.»

Six mois plus tard, les tristes prévisions de d’Ossat se réalisent ; témoin ce passage de sa dépêche du 17 décembre 1599 à Villeroy* : «Par ma dernière lettre, je vous écrivis comme «j'avois été recherché de vous ramentevoir de faire quelque office «pour la délivrance de Madame l’amirale, quand Monsieur de «Savoie serait près le roy : mais nous avons depuis appris que

1 «Le duc de Savoie fit, par apparence, grand cas de ceste paix et «grande promesse de n’y contrevenir jamais. Toutefois, aux premières «demandes que le roy luy fit, il monstra une autre volonté, retenant, «contre la prière de ce prince, la dame d’Entremonts, vefve de l’a dadril «de Chastillon, prisonnière à Yvrée, sous une fausse accusation de «magie, de quoy elle avait esté déclarée innocente par le Consistoire de «Rome» (D’Aubigné, Hist. univ., in-fol., Maillé, 1616, t. 3, Liv. 9, p. 464). |

PNR 2D, *67 à 70.

« Dieu l’avait délivrée d’une autre sorte, en l'appelant à soi. Elle «a fait une très chrétienne et très belle fin.»

Ainsi se termina, au fond d’une prison, à la suite d’indicibles souffrances, l'existence de la noble compagne de Gaspard de Coligny.

À l’histoire, austère interprète de la justice humaine, le droit de flétrir le bourreau ; aux chrétiens le privilège d’honorer la victime, et surtout le devoir de bénir Dieu, qui la fit triompher de l'épreuve ! |

Opprimée par les méchants, la pieuse captive s’écriait : «Ils «maudiront, mais tu béniras, Seigneur!!» Du haut du ciel il lui était répondu : «Sois fidèle jusqu’à la mort, et je te «donnerai la couronne de vie?!» Puis, quand vint l'heure suprême, elle put, en paix, remettre son esprit entre les mains de son Sauveur.

A l'aspect solennel de cette mort, que précédèrent une telle foi et une telle fidélité, Louise de Coligny, saisie d’une sainte émotion, demanda instamment à Dieu, comme elle l'avait fait, sous le coup de tant d’autres épreuves déjà imposées à son cœur, de lui accorder les consolations dont il est le dispensateur miséricordieux ; et, s’élevant par la pensée vers les sereines régions du monde supérieur, elle put, dans son ardente sympathie pour l'héroïque chrétienne qu’elle avait toujours aimée d’une affection filiale, se la représenter accueillant, avec une ineffable gratitude, sur le seuil de l'éternité que son âme venait d’être appelée à franchir, cette déclaration divine : «Toute mort des bien-aimés «de l’Éternel est précieuse devant ses yeux 5.»

D’Ossat, en annonçant la mort de Madame l’amirale, avait

! Psaume CIX, 98.

* Apocal. XI, 10.

? Psaume CX VI, 15.

terminé sa communication par ces paroles : «Maintenant il reste «qu’on pourvoye à sa fille, en la meilleure sorte qu’on pourra; «mais 11 y a danger que, tant plus le roy et les siens se mons- «treront soigneux d'elle, elle ne soit d'autant plus mal traitée, «Le comble de ses desirs seroit d’estre en France, hors la puis- «sance de ceux qui bayent et halettent après ses biens ; mais, si «on s’en apperçoit, on l’en tiendra plus court.»

Les prévisions de d'Ossat n'étaient malheureusement, que trop fondées ; car quelles concessions attendre de Charles Emmanuel, de ce lâche qui se plaisait à torturer ses victimes, de ce fourbe qui, se jouant des protestations de fidélité par lui formulées, préludait à une rupture ouverte avec Henri IV par de secrètes intrigues ourdies contre lui ?

Asservir la personne et extorquer les biens de la jeune protégée du roi de France: voilà ce que le duc se proposait et ce qu’il put impunément accomplir. En effet, aux aspirations si légitimes, si touchantes de Béatrix, et aux loyales tentations faites pour l’affranchir de la tyrannie qui s’appesantissait sur elle il fut répondu par un redoublement d’oppression. Bourreau de la mère, Charles Emmanuel sacrifia la fille. Insultant tout à la fois aux liens étroits qui attachaient Béatrix à la France, au deuil que, comme fille, elle portait en son cœur, et à la religion qu'elle professait, il la retint, par violence, en Savoie; et, dès les premiers mois qui suivirent la mort de sa mère, la contraignit à subir l’un de ses affidés, le baron de Meuillon, pour époux, à la face de l’église catholique.

Par la révoltante consommation d’une telle œuvre d’iniquité, fut perdue à jamais pour Louise de Coligny cette sœur qu'elle eût été si heureuse de revoir et de posséder désormais auprès d'elle, afin d’alléger, à force d'affection, le poids de ses souffrances morales.

Plus cette nouvelle épreuve fut grande pour le cœur de Ja

princesse, plus elle se concentra dans les hautes pensées que lui suggérait sa foi. Elle savait que, si le méchant triomphe souvent, sur cette terre, il n’en demeure pas moins responsable de ses actes devant le tribunal de Dieu. Elle savait aussi que ce n'est jamais en vain que «le troupeau des désolés cherche en Dieu son refuge !. »

Plus attachée que jamais à ses convictions religieuses, elle continua, pendant le séjour qu'elle fit à Paris, dans les premiers mois de l’année 1600, à suivre assidument les exercices du culte que célébrait l’église réformée. Sa présence à ces exercices était toujours accueillie avec une respectueuse sympathie par ses coreligionnaires, de tout rang et de tout âge. Ils aimatent à la voir se prêter avec un bienveillant empressement à divers actes témoignant de son intérêt pour les familles qui recouraient à son officieux patronnage. On peut citer parmi ces actes celui auquel elle prit part, le 16 avril 4600, et que les registres de l’église réformée de Paris? relatèrent en ces termes: «16 avril 1600. «ltem Jacques, fils de Pierre Carré, suisse de nation, et de «Gabrielle Brelle, présenté au baptême par Jacques Nompar «de Gaumont Laforce et dame Loyse de Coligny, princesse «d'Orange.»

Vers la même époque, un pasteur dont l'amiral de Coligny avait, dans une circonstance mémorable, encouragé les débuts, et chez qui la reconnaissance était bien la mémoire du cœur, le pieux et énergique Jean de Léry dédia à la princesse d'Orange la h°édition de son Histoire d’un voyage fait en la terre du Brésil.

«Gomme donc, disait-il dans sa dédicace, mon intention est de « perpétuer la souvenance de ce voyage fait expressément en la

‘ Psaume X, 14.

* Reg. des baptêmes. R. 1, fo 11. — Bulletin de la Société d’hist. du protest. franc., t. 27.

«terre de Brésil, pour y établir le pur service de Dieu, tant entreles «François qui s’y estolent retirez, que parmi les sauvages habi- «tants en ce païs-la, aussy ai-je estimé estre mon devoir de faire «entendre à la postérité combien la louange de celui qui en fut «la cause et le motif doibt estre à jamais recommandable. Et de «faict osant assurer qu'il ne se trouvera qu'il y ait jamais eu «capitaine français et chrestien qui, tout à une fois, ait estendu «le règne de Jésus-Christ, roy des roys, et les limites de son «prince souverain, un païs si lointain, le tout considéré comme «il appartient, qui pourra assez exalter une si saincte et vrayment «héroïque entreprise? ..... Il ne laissera pas d’apparoistre à «jamais que fut, de très généreuse mémoire, messire Gaspard «de Coligny, grand admiral de France, vostre très vertueux père, «ayant exécuté son entreprise par ceux qu'il envoya en l’Amé- «rique, dont j'estois du nombre, outre ce qu'il en avait assujéti «une partie à la couronne de France, a fait encore une trop «plus ample preuve du zèle qu’il avait que l’Évangile fût annoncé «non seulement par tout le royaume, mais aussi par tout le «monde universel. — Voilà, Madame, comme, vous considérant «maintenant la première issue de ce (rès excellent seigneur, «auquel, pour tant d’actes généreux la patrie sera perpétuelle- «ment redevable, j'ay publié cette 4° édition soubz vostre «auctorité 1. »

En traçant ces lignes, Jean de Léry, de son propre aveu ?,

t Histoire d'un voyage en la terre du Brésil, dite Amérique. Lit. 4e édition, dédiée à Madame la princesse d'Orange, par Jean de Lery. Genève. 1 vol. in-12, 1600.

2 Dédicace de la 5e édition de l’ouvrage précité. Genève, 1 vol. in-19, 1611, commençant par ces mots : (À Madame et très illustre princesse «d'Orange, Louise, fille unique du feu grand amiral de France, Gaspard «de Coligny». Bientôt après vient ce passage: «J'ay et auray souve- «nance du très bon accueil qu’il vous pleust me faire en vostre maison «de Chasteau-Regnard, lorsque j'y fus vous présenter l’œuvre que je

demeurait sous l'impression de l’encourageant accueil qu’il avait reçu de la princesse, et «de la libéralité dont il luy avoit pleu «user en son endroict», lorsque, peu de temps auparavant il était allé à Ghâteau-Renard, s’entretenir avec elle de la publication dont il tenait à lui faire hommage.

Vers la même époque se plaça un entretien que Mornay eut, dans le salon de la princesse d'Orange, avec un interlocuteur dont on appréhendait la défection religieuse; entretien qui fut, en quelque sorte, le prologue de la célèbre conférence de Fontainebleau !. Cet entretien fut, pour la princesse, une source de soucis, que l'issue de la conférence dont 1l s’agit, ne fit qu’accroître, à raison de l’amitié qu’elle portait à Mornay ?.

Mais qu'étaient ces soucis, en présence de l'émotion que lui causa la nouvelle d’une maladie de son fils, alors séparé d'elle! Quand elle en fut informée, il était déjà rétabli, et elle écrivit à la duchesse de la Trémoïlle* «Vostre petit frère a esté bien «malade d’une grande fièvre qui l’a pris par trois fois et par ses «opiniastretés de Nassau que vous connaissez, car il ne se vou- «loit garder en façon du monde. Si j'eûsse sçeu son mal tel qu’il «a esté, il n’y eût rien eu qui m'eûst peu empescher de passer «la mer.»

Le petit frère, remis de sa maladie, on oublia promptement les ennuis, pour ne songer qu’au bonheur de voir prochainement arriver en Hollande son cousin Henri de Coligny.

«vous avois premièrement dédiée; joinct la libéralité dont il vous pleust «çaussy user en mon endroict, qui me fut accroissement d’obligation, «etc. etc.»

1 Voir sur l'entretien en question : 1° Lavie de Mornay (1 vol. in-4o, Leyde 1647, p. 262 et 263; 2° Le journal de P. de l’Estoile, à la date du 13 mars 1600.

> Voir à l’Appendice n° 18 la lettre que Mornai adresse à la princesse, après la conférence de Fontainebleau.

* Lettre du 7 juin 1600. Archives de M. le duc de la Trémoille.

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Le jour était venu, en effet, où la sympathie et l’estime que le fils de François de Chastillon s'était conciliées, avaient amené un acte décisif qui mettait un terme aux incertitudes de sa situation. Quelle n’avait pas été sa joie, en apprenant que le roi, qui déjà lui avait accordé la faveur de devenir capitaine d’une compagnie de trente lances fournies de ses ordonnances, l’autorisa à entrer au service des Provinces-Unies des Pays-Bas, dont les intérêts supérieurs se confondaient alors avec ceux de la France, et spécialement avec ceux des réformés français! Il allait soutenir, dans ces héroïques provinces, ainsique nombre de ses compatriotes qui déjà s y trouvaient, la lutte contre l'Espagne, en faveur de l'indépendance nationale, et surtout de la liberté religieuse ; lutte gigantesque à laquelle avaient glorieusement pris part son aïeul et son père. Marcher sur leurs traces, tel était son pieux désir.

Son départ pour les Provinces-Unies fut précipité, comme le prouvent ces lignes de la princesse d'Orange à sa fille Brabantine! : «Le partement de mon nepveu fut si soudain, que je ne «le voulus, en façon du monde, arrester pour écrire ni à vous, «ni à M"° de La Boulaye, car il avait un trop Juste sujet pour «s’en aller en grande diligence.»

Le trajet de Henri, de France en Hollande, s’accomplit en même temps que celui d’un compatriote, car on lit dans les commentaires de Louis Fréton, seigneur de Lervas? : «Je passai «en Hollande, en avril 4600, en la compagnie de Henri de «Coligny, amiral de Guienne, jeune seigneur de grande espérance.» |

Ce qu'on sait uniquement de ce qui eut lieu, lors de l’arrivée de Henri de Coligny dans les Provinces-Unies, c'est qu'il se présenta immédiatement aux États généraux.

1 Archives de M. le duc de la Trémoille.

? Ap. Aubaïs, pièces fugitives, t. 2.

On trouve, en effet, consignée dans les registres de ces états, à la date du 26 avril 1600, cette mention !: «CGomparoit A. de «Chastillon ?, amiral de Guienne, en France, déclarant être venu cicy pous offrir ses services aux États généraux. Il fait connaître «son intention de se rendre demain auprès de Son Excellence «et demande si Messieurs les Estats desirent le charger de quel- «que message.»

Rien d’ailleurs, en dehors de cette simple mention, ne permet de préciser, n1 la réponse qui fut faite à une offre dictée par un sentiment de juste déférence et par les règles de la courtoisie, ni la nature de l'accueil que Chastillon rencontra au sein de l’assemblée de Messieurs les Estats. Tout au surplus porte à croire que l'accueil fut favorable, car le jeune seigneur y avait incontestablement droit, non seulement à titre personnel, par la dignité de son caractère et la loyauté de ses intentions, mais aussi en sa qualité de fils et de petit-fils de deux hommes éminents, qui s'étaient constamment montrés amis des Provinces-Unies, et avec les sentiments desquels s’identifiaient les siens.

Chasüllon, grâce principalement à maintes communications et recommandations affectueuses, très probablement émanées de la princesse d'Orange et de son fils, n’était pas un inconnu pour Maurice de Nassau. Il aborda avec une respectueuse confiance ce grand capitaine, et ne tarda pas à voir s'étendre sur lui son bienveillant patronage. Il sut s’en montrer digne, en réalisant,

si ce n’est même en dépassant les espérances conçues par ce

nouveau protecteur de sa jeunesse.

! Recueil officiel des Résolutions des États généraux des Provinces- Unies, année 1600 (Archives générales du royaume de Hollande).

* Cest désormais sous le nom de Chastillon que Henri de Coligny sera désigné, dans la suite du présent récit.

3 Maurice de Nassau.

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De graves événements se préparaient pour les Provinces- Unies: la solennelle question de leur avenir allait, en 1600, se décider sur les champs de bataille. Ce fut alors que se cimenta, entre les deux cousins, Chastillon et Henri-Frédéric de Nassau, heureux de se retrouver indissolublement unis désormais l’un à l’autre, cette fraternité d’armes, qu’en mère et tante non moins perspicace que tendre, la princesse d'Orange avait pressentie, et même, selon toute apparence, préparée, en appelant la bienveillance de Henri IV sur l'opportunité d’une détermination qui rapprocherait de son fils un neveu qu’elle affectionnait vivement, un filleul du roi, auquel il avait été déjà témoigné tant de bonté.

Tous deux appartenaient à l'armée des Provinces-Unies, que commandait en chef Maurice de Nassau, et bientôt allait s'offrir aux deux jeunes frères d'armes l’occasion de rivaliser de courage ; perspective qui agitait de vives émotions le cœur de Louise de Coligny.

Dans un autre ordre de faits, la princesse était livrée à de graves préoccupations. Quelle que fut sa patience, 1l était temps que l’expectative dans laquelle le roi et le parlement de Paris la laissaient depuis plusieurs mois, arrivât à son terme. Ce terme fut enfin atteint, lorsqu'intervinrent, le 8 juin 1600 des lettrespatentes, portant :

«Henry, par la grâce de Dieu, roy de France et de Navarre, «à nos amis et féaulx, les gens tenantz nostre cour de parle- «ment de Paris, salut! — D'autant que vostre arrest inter- «venu le 22 aoùûst dernier passé, sur nos lettres-patentes du

«410 juin 4599, aussi dernier, cy-attachées et scellées du contre-

«scel de nostre chancellerie, pour l'exécution de nostre édict de «l’an 4597 et déclarations depuis faictes sur iceluy, ès années «1594 et 1598, en ce qui regarde particulièrement les arrest et

1 Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 3256, fo 32.

« jugements donnés contre feu nostre ami et féal cousin, l’amiral «de Chastillon, ne nous semble assez exprès, pour l’importance «de l'affaire, et que la mémoire de ceux spécifiés en iceluy ne «sçauroit estre trop effacée de la souvenance des hommes, ayant «simplement esté dict par vostre dict arrest, qu'ils serontrayez, «tant du greffe de nostre dicte cour, que autres, et mis en marge « des registres : rayé par oraonnance de la cour ;

«Sçavoir faisons que, par nos dictes dernières lettres, edictz, «et déclarations précédentes, noz vouloir et intention ont esté et «sont encores, que toutes les charges, et Informations, pièces et «procédures, sentences, jugemens et arrests donnés contre nostre «dict cousin le sieur de Chastillon, déclarés nuls par iceulx édictz «et déclarations, soient non seulement rayez, biffés et mis hors «des greffes, tant de nos cours de parlement, que toutes autres «quelconques jurisdictions, mais entièrement supprimés sans «qu’il en puisse demeurer aucune marque, ni mémoire, à «l'avenir, non plus que de chose non advenue ; ce que nous vous «mandons et très expressément enjoignant de faire, et à nostre «procureur-général et ses substituts d’y tenir la main, et en «requérir et poursuivre l'exécution, de point en point, car tel «est nostre plaisir.

«Donné à Paris, le 8° jour de juin, l’an de grâce 1600, « etc. , etc.» |

Le 14 juillet suivant, le parlement de Paris rendit un arrêt ainsi COnÇu ! :

« Veu par la cour les lettres-patentes du roy, données, à Paris, «le 8 juin dernier, signées par le roy, contresignées de Neufville, «et scellées, par lesquelles, pour les causes y contenues, ledict «seigneur déclare son intention estre, que toutes les charges et «informations, pièces, procèdures, sentences, jugemens et arrests,

1 Bibl, nat. mss. f, fr. vol, 3256, f° 33.

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