‹ Louise de Coligny princesse d'OrangeChapitre 4 sur 64 · A6 LOUISE DE COLIGNY · texte numérisé non relu

A6 LOUISE DE COLIGNY

blessé, constatée par Paré, le matin, s’est soutenue pendant la journée ; elle persiste le soir : et pourtant Louise et son mari ne veulent pas quitter l'amiral; c'est pour eux un indicible besoin de cœur, que de veiller, une fois encore, à son chevet, pendant la nuit; aussi, insistent-ils pour obtenir la faveur de rester. Mais, quelque touché qu'il soit de leur tendre insistance, Coligny, dans sa sollicitude, exige d’eux qu'ils aillent prendre un peu de repos, pendant quelques heures que Paré, Merlin, Cornaton, Labonne et Yolet, passeront auprès de lui. Une dernière supplication est bienveillamment écartée; les paroles d’une bénédiction plus touchante que jamais se font entendre; Louise et Téligny les accueillent avec une pieuse gratitude, et, tout entiers à la pensée d’un prochain retour, ils se résignent, vers minuit, à se séparer de ce père qu'hélas ! ils ne reverront plus !!

À peine trois heures se sont-elles écoulées depuis leur départ, que Coligny succombe sous les coups d’une horde de misérables, à la tête desquels Guise s’est avancé. |

Bientôt, dans l'ivresse de son abominable triomphe, ce chef de sicaires, ce lâche insulteur de la dépouille mortelle du héros chrétien! s'éloigne, en criant : «Courage ! nous avons heureusement «commencé ;. allons aux autres!» A l'instant, la populace ameutée au bruit du tocsin, accourt rue de Béthizy, envahit l'hôtel de l'amiral, se précipite sur son cadavre, l'outrage, le mulile et le garotte ; puis «elle entre par toutes les chambres et «cabinets de son logis et massacre, de façon horrible, tous

® COr, d'autant que le coup que l'amiral avoit reçu en la teste, et le «sang qui lui couvroit le visage empeschoit qu’on ne le cognûst, le duc «de Guise se baissant dessus et luy torchant le visage avec un mou- «choir, dit: je le conoy, c’est luy mesme : puis, ayant donné un coup « de pied au visage de ce pauvre mort, que tous les meurtriers de France <avoient {ant redouté lorsqu'il vivoit ; il sort de la porte du logis avec

« pure » (Mém. de l’estat de France sous Charles IX 4er, p. 891),

«ceux qui sont trouvez éslicts, ou qui se sont cachez, entr’autres «les pages dudit sieur, enfans de bonnes et nobles maisons! ; » après quoi, ivre de sang, la hideuse populace se saisit du cadavre de la grande victime, comme d’une proie, pour le traîner, pendant trois jours, dans la fange des rues et des carrefours de Paris, et finit par le suspendre au gibet de Montfaucon ?. Le dernier et le plus épouvantable des attentats commis sur la personne de l’amiral fut le prélude de scènes d’horreur qui ensanslantèrent tour à tour la capitale et les provinces, mais dont nous ne tracerons pas ici le lamentable tableau.

Arrêtons-nous seulement au meurtre de Téligny, qui suivit de très près celui de son beau-père, dans les premières heures du jour néfaste de la Saint-Barthélemy *.

Les circonstances dans lesquelles s’accomplit le second de ces forfaits sont à peine connues. Voici les rares données qui s’y rattachent :

«Téligny, dit d’Aubigné*, aiant échappé trois ou quatre «maisons, fut tué, sur les thuiles d’une fenestre, par les gardes «de Monsieur. »

1 Mém. de l’estat de France sous Charles IX, t. er, p. 397.

? «La populace coupa les mains (et une autre partie) de ce corps, «lequel ainsi mutilé et sanglant fut trainé par ces canailles, lespace de « trois jours, par toute la ville, et finalement porté au gibet de Mont- - «faucon, où ils le pendirent par les pieds » (Mém. de l’estat de France sous Charles IX, t. 1er, p. 392).

# &Téligny fut tué la mesme nuict que son beau-père » (Hotman, Vie de Coligny, trad. de 1665, p. 165). — «In eodem numero fuit «Thellignius, amiralii gener, summä spe et animi et ingeniüi præditus : «cui rex multos jâm annos tantam benevolentiam et vultu et verbis «ostenderat ut nemo gratiosior apud eum haberelur, hie quum acerbam « sibi esse vitam exclamasset, quod regis fidem tantopere semper apud «socerum commendasset, oblatam necem recusare noluit» (De furoribus Gallicis, ed, de 1641, p. 396).

À Hist, univ., t. 9, liv. der, chap. 4,

Don re RSR

Une mention consignée dans Les Mémoires de l'estat de France sous Charles LX1, et qui est identiquement la même que celle qu’on rencontra dans Le réveille-matin des francois et de leurs voisins ?, se réduit à ce peu de mots: «Téligny fut veu de plusieurs courtisans, et, quoiqu'ils eussent «charge de le tuer, ils n’eurent oncques la hardiesse de ce

«faire, en le voyant, tant il estoit de douce nature et aimé

«de qui le cognoissoit; à la fin, un qui ne le cognoissoit pas «le tua.»

L'Histoire des Martyrs reproduit textuellement cetie mention, à l'exception des onze derniers mots, et la complète ainsi : «depuis il fut trouvé au grenier du logis du sieur de Ghasteau- «neuf par quelques soldats qui: lui demandèrent son nom et le «laissèrent. Mais il en revint d’autres“ qui le tuèrent, en- «semble plusieurs serviteurs de l'amiral qui s'étaient sauvés «avec lui.» | | |

Enfin une note secrète, expédiée de Paris en Angleterre, lors de la Saint-Barthélemy*, énonce ce qui suit: «Monsieuf de «Téligny, entendant que les portes de l'appartement de son «père étaient forcées, vis-à-vis duquel il demeurait, lui avec «vingt autres, a pris une échelle, pour monter sur les murs de «la maison, et voyant que son père était mort, s’est sauvé de «maison en maison, avec les autres, et ont pénétré dans un «galelas, tout près des appartements du maréchal de Savoie, «qui est à présent l'amiral Villars, et étant découverts, ils ont

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