CHAPITRE IIL
Situation lamentable de Louise de Coligny, après la Saint-Barthélemy. — Dévouement de Mme l’amnirale. — En se dirigeant vers la Savoie, elle est rejointe par Louise, dont les fréres ont réussi à pénétrer en Suisse, — Les cantons protestants leur accordent une généreuse hospitalité, ainsi qu’à Mme d’Andelot et à ses enfants. — Conduite odieuse du duc de Savoie à l'égard de Mme l’amirale, dont il convoite les biens; il la fait incarcérer. — Indignation que soulève, en Europe, cet attentat. — Démarches faites auprès du duc de Savoie pour obtenir la mise en liberté de Mme l’amirale; elles échouent. — Ne pouvant rester en Savoie, Louise de Coligny se rend à Genève, à Berne, à Bâle; elle se réunit à ses frères et à Mme d’Andelot.
— Condé, cherchant à lever des troupes pour marcher au secours des ARE français, se fixe momentanément à Bâle. — Il revoit, en Suisse, Louise et ses frères. Deux de ceux-ci partent pour le Languedoc. — Condé, à la tête d’une armée, s’avance en France au secours des réformés. — Opérations militaires, à la suite desquelles intervient, en mai 1576, un édit de pacification. Louise de Coligny, à la faveur de cet édit, revient dans sa patrie, en même temps que Mme d’Andelot et ses enfants. — Merlin et Legresle reviennent aussi en France.
A dater.de l’horrible journée du 24 août 1572, Louise de Coligny, orpheline et veuve à dix-sept ans, ol séparée des parents et amis qui lui restaient, semblait vouée, sans défense dans son isolement, aux outrages et aux coups des meurtriers de l'amiral et de Téligny; car, de quelque côté qu’elle tournàt ses regards, nulle perspective de délivrance par la main des hommes ne s’offrait à elle. |
Non seulement elle ne pouvait plus invoquer l'appui d'un père, d’un mari; mais, en outre, après eux, venaient de suc-
comber son cousin, le comte de Larochefoucaut, et les plus chers compagnons de Coligny, notamment de Guerchy, de nu de Moneins, le marquis de Renel, à la mort desquels allait s’ajouter-bientôt celle de Briquemaut et de Cavagnes.
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Des parents, qui constituaient pour elle l'unique débris de sa famille décimée et dont d’ailleurs elle ignorait le sort, en ce moment, nul ne pouvait lui tendre une main secourable. Menacés comme elle et, en tous cas, trop jeunes pour être capables de la
protéger, ses frères et son cousin de Laval n'allaient quitter
Châtillon-sur-Loing qu’à la condition d'éviter Paris, en cherchant à gagner la frontière. Sa belle-mère devait, à Châtillon même, d’où elle ne pouvait sortir, subir la présence d'émissaires armés. Sa tante, madame d’Andelot, réduite à l’impossibihté de communiquer avec elle, du fond de la province, cherchait à franchir la frontière avec ses enfants. Rien à attendre non plus de son cousin, le prince de Condé, sur lequel s’appesantissait, au Louvre, en même temps que sur Catherine et Henri de Bourbon, la violence d’un tyran, n1 de ses cousins de Montmorency, dont les uns étaient prisonniers à Paris, tandis qu'un autre, le maréchal, retranché dans son château de Chantilly, tenait de là, par la fermeté de son attitude, la cour en respect !. Enfin le beau-frère de Louise, le généreux et sage Lanoue, était renfermé dans Mons, sans communication possible avec la France ?.
Quant à ceux des amis de l’amiral qui avaient échappé au massacre et réussi à sortir de Paris, ils n'avaient pu, avant leur fuite, tenter de soustraire Louise aux dangers qui l’entouraient dans la cité sanguinaire. La vénérable duchesse de Ferrare elle-même, si étroitement attachée à l'amiral, si bienveil-
‘ «Si le maréchal de Montmorency n'avait été absent, il lui serait
«arrivé comme aux autres, parce qu’il est, comme on le sait, détesté «par tous les Parisiens et les Guises; et les frères du maréchal, qui se «trouvaient à Paris durant le massacre, étaient en prison et gardés, «uniquement parce que leur frère n’était pas à Paris » (note secrète, tirée du Record offic. — De Laferrière, Le seizième siècle et les Valois, p. 323).
es réveille-matin des Francais et de leurs voisins, part. 2, p. 191.