‹ Louise de Lignerolles, drame en cinq actes et en proseChapitre 25 sur 62 · LOUISE , LAGRANGE ,.HENRI , LE PRINCE , ^CÉCILE · texte numérisé non relu

LOUISE , LAGRANGE ,.HENRI , LE PRINCE , ^CÉCILE

HENRI

Louise..., mon père..., joignez - vous à moi pour décider madame la comtesse...

LOUISE

De quoi s'agit-il donc?

LE PRINCE

De dix nègres que M. de Lignerolles a fait venir de la Martinique comme on ramène d'Afrique de petits lions pour voir si on peut les apprivoiser.

HENRI

Prince, vous vous moquez de mes nègres?

Un peu.

CÉCILE

Et moi aussi.

HENRI

Ah! ma vieille nourrice de la Martinique aurait bien rabattu votre orgueil d'Européen, elle qui prétendait que les blancs n'étaient que des noirs mal réussis.

LE PRINCE

Si le grand ennemi des préjugés, M. de Givry, était là, comme il vous donnerait raison... parceque vous avez tort !

LOUISE, à part, et rêvant.

Cécile!...

HENRI

Eh bien ! prince , je soutiens que sur les douze enfants que j'ai fait venir des colonies , il n'y en aura pas un qui après cinq ans d'éducation ne soit en état de courir toute carrière... mais il me faut l'aide de madame.

CÉCILE

C'est impossible.

LOUISE

Que voulez-vous donc, Henri ?

HENRI

Je veux que madame réhabilite un petfeb, je veux que madame fasse marcher la civilisation.

Ah ! monsieur !

HENRI

Sans doute... quand on annoncera que madame la comtesse^fltaàry, la nièce du prince de Miré, donne ^P Ht au profit des Noirs, la foule accourra. .j^^^ous êtes'comme cette jeune fille de la fable, qui laissait tomber des perles et des rubis à chaque parole qu'elle prononçait.

LE. PRINCE

Allons , cédez, ma nièce, cédez.

CÉCILE

Eh bien ! faut-il vous l'avouer, je n'ose pas.

LOUISE, sortant de sa rêverie.

Vous que Londres admirait! nous nous joignons à monsieur le prince, nous vous en prions.

(Elle lui prend les mains.)

LE PRINCE

Allons , c'est trop de modestie... il faut chanter dans ce concert, ma chère Cécile.

LOUISE, qui lui tenait les mains s'écarte vivement en poussant un cri.

Ah!

CÉCILE

Qu'avez-vous donc, madame?

LAGRANGE, à part.

Elle a tressailli au nom de Cécile.

HENRI et LE PRINCE.

Qu'y a-t-il ?

LOUISE

Rien, rien!... une souffrance subite... c'est passé... (A part.) Oh! mon cœur!

HENRI

Eh bien ! voyons, le concert ! le concert !

LOUISE, avec quelque vivacité.

Il serait peu généreux d'insister, si madame a quelques raisons de refus.

CÉCILE, en regardant Louise, et de manière à ce qu'à la fin du couplet elle ne paraisse plus entendre ses propres paroles.

J'ai peur... voilà tout; les lumières, l'orchestre, un public, tout cela m'effraie... Après trois ans d'absence reparaître dans ce monde , désaccoutumé de vous aimer, et qui en aime déjà plu^d'une autre; se présenter moins forte, moins soutenue, non... non...

LE PRINCE, à Henri.

Laissez -lui le plaisir de refuser; dans un quart d'heure elle vous l'offrira elle-même... Voyons, que faisons -nous avant le dîner? (A Louise.) Ordonnez, madame , vous êtes reine

LOUISE, s'efforçant de sourire.

Prince, je vous nomme mon premier ministre.

LE PRINCE

Eh bien, je vous proposerai d'aller voir l'abbaye de Bury , qui renferme les souvenirs les plus intéressants.

LOUISE

Très volontiers.

LE PRINCE

Je vais donner les ordres...

HENRI

Prince , vous avez sans doute quelque description de cette abbaye dans la bibliothèque.

LE PRINCE

Oui... là... à gauche.

(Montrant la porte latérale.)

HENRI

Mille remerciements. (Bas à Cécile.) Restez ici. (A Louise.) Louise, vous allez vous préparer?

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