LAG P.ANGE
Ah! c'est que ma fille est une ame à part!... c'est que son cœur est tout formé de noblesse et de dignité!... c'est que... monsieur, un seul trait vous la peindra mieux que toutes mes paroles... c'est elle qui hier a fait échapper madame de Givry.
M. DE GIVRY
Et vous me donnez cela comme une raison de m'intéresser à elle?...
LAGRANGE
Oui, monsieur! car la femme qui voit sou mari 'introduire chez elle sa rivale, la femme qui tient cette rivale en son pouvoir, qui n'a qu'un mot à dire pour la perdre, et qui la sauve... cette femme-là est digne d'admiration et de respect!,.. Eh bien!... dites, dites, que serait un tel procès pour une telle femme!... blessée dans tout ce qu'elle a de pudeur et de dignité, avilie à ses propres yeux... Monsieur, ce n'est pas l'ordinaire qu'un vieillard courbe son front devant un jeune homme , et lui dise : Je vous en prie... mais je ne suis plus ni vieillard, ni homme, ni citoyen; je suis père, et c'est le père qui vous crie avec désespoir : Ne perdez pas ma fille !...
M. DE GIVRY
Arrêtez... arrêtez... je suis louché jusqu'au fond du cœur, croyez-moi... je vous honore, je vous plains... mais enfin , chacun a sa dignité à défendre... j'ai fait un éclat... il faut que la chose ait son cours... jen souffre... mais il • le faut!...
LAGRANGE
Faites, monsieur, c'est votre droit.
( 11 tombe sur un siège, et cacbe son visage dans ses mains pour étouffer ses sanglots.)
M. DE GIVRY, s'éloignant , puis revenant brusquement.
C.orbleu!... Il ne sera pas dit que j'ai vu pleurer un homme qui a des cheveux blancs !...
Donnez-moi de quoi écrire... je vais signer le désistement de ma plainte.
LAGRANGE , le serrant dans ses bras.
Ah! je vous remercie, monsieur.
M. DE GIVRY, s'apprétant à écrire.
Je le crois bien !... mais que votre damné et infernal gendre parte à l'instant !... c'est ma condition... que je ne le revoie jamais!...
(Il s'assied.)