XII. VOIE D'AUTORITE ET VOIE DE JUSTICE
Ce replâtrage inopiné du ménage de sa nièce réjouit en secret le cœur du bon bailli, lui éclaircit l'âme. Il ne voyait plus de nécessité « à autre chose qu'à empêcher Louise qu'elle ne fasse remuer son automate de mari ». Sans oser le dire franchement, il ne s'enrôlait qu'avec répugnance dans cette nouvelle guerre de famille, où même une ombre incertaine de paix lui eût semblé plus honorable et moins stérile à poursuivre que les avantages d'une victoire assurée. Dès longtemps, il prêchait à son frère la mansuétude, le renoncement, la retraite, la nécessité de mettre un intervalle de recueillement entre la vie et la mort, le bonheur, enfin, de creuser sa tombe auprès de son berceau. L'occasion était bonne de lui en renouveler le conseil, et il n*y faillit pas ; mais il eût fallu parler ferme. Or, avec toutes les vertus exemplaires du cadet, le bailli en avait le défaut capital, un caractère timide et subalterne qui, joint à un fond inné de nonchalance, l'empêchait d'entrer de plain pied dans les affaires de sa maison et d'y intervenir avec décision, en pensant tout haut. En un mot, il avait aussi Y esprit cadet.
L'Ami des Hommes le releva vivement du péché de paresse. « Une scélérate, lui écrivit-il (5 août 1777), à qu1
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l'hypocrisie et l'idée des plus grands crimes ne coûtent rien, est atteinte d'une sorte de folie sur laquelle il ne faut jamais s'endormir. » Louise la première, en effet, provoqua de nouveau la persécution. A peine rentrée dans son château, elle engagea M. de Cabris à dénoncer aux ministres l'illégalité et l'injustice de l'ordre d'exil dont elle venait d'être l'objet à la requête de son père, au mépris de l'autorité maritale ; elle lui inspira de s'en plaindre à l'Ami des Hommes lui-même. Et M. de Cabris d'écrire à celui-ci :
« Votre conduite domestique, Monsieur, prouve que vous voulez être maître chez vous ; ce droit vous a-t-il été donné par excellence et exclusivement à tout autre ? Depuis quand avez-vous oublié les miens sur ma femme ? Je connais le tort de ma femme à vos yeux : elle secourait sa mère, c'est assez pour exciter votre haine ; votre cœur ne pardonnera jamais l'intérêt qu'inspirent les malheureux que vous opprimez... Par quel abus avez-vous trompé la religion des ministres ? Par quelle cruauté séparez-vous la fille de la mère qui est dans les fers ? Par quelle hardiesse, Monsieur, trouvez-vous ma femme mal où son mari la trouve bien ?... Contentez-vous d'écraser de votre despotisme les malheureux que le sort mit sous votre dépendance ; mais respectez nos lois et sachez que j'ai seul droit d'inspection sur ma femme, et qu'il est odieux que je ne connaisse son père que par une tyrannie de plus... Cessez, Monsieur, de prétendre mettre le divorce entre nous : sachez que j'aime et que j'estime ma femme, et que je puis dire à plus juste titre que bien d'autres : je suis bon père et bon mari. Sans les égards que ma femme conserve pour vous et qu'elle m'oblige à partager, je vous aurais déjà dénoncé au tribunal de Nosseigneurs les Maréchaux de France, le seul qui doive
connaître de nous : je vous y aurais dénoncé comme le perturbateur de mon repos domestique, le calomniateur de ma femme, d'une femme que je respecte. Je demande justice aux ministres du Roi et une réparation aussi authentique que les torts que vous avez voulu faire à ma femme ont été grands. Je leur envoie copie de cette lettre. »
Au reçu de cette philippique, où il tremblait (bien à tort) de reconnaître le style ébouriffé de son fils, tandis que celui de son gendre lui avait toujours semblé plat, le marquis de Mirabeau courut voir les ministres et réclamer d'eux châtiment. « M. de Cabris est fâché », lui dit en souriant M. Amelot, à qui il eût appartenu de sévir. Au contraire, M. de Maurepas, qui badinait toujours, fronça le sourcil et déclara que le ministère était unanime pour négliger aussi bien la plainte du beau-père que celle du gendre. — Mais si Mme de Cabris la mère se plaignait à son tour ? . . questionna le marquis de Mirabeau. — On verrait, dit évasivement M. de Maurepas.
On allait voir. L'Ami des Hommes engagea sur l'heure la douairière à lui renvoyer une plainte en forme, en lui certifiant que la vie de son fils et celle de sa petite- fille étaient menacées, que Jean-Paul mourrait le premier et bientôt, « car Briançon le dit lui-même, et qu'il épousera la femme, et après, gare l'enfant ! » Naturellement, la douairière fut bouleversée par la précision de l'augure. Elle avait du penchant à croire sa belle- fille capable du pire, depuis qu'elle avait entendu Louise lui déclarer « qu'elle poursuivrait son père jusqu'en Purgatoire ». — « Tâchez, Madame, lui avait-elle répliqué, de le suivre en Paradis ! » Elle alla voir son fils et lui confia ses appréhensions. Jean-Paul s'en émut, mais elle le trouva « dans une apathie absolue et subjugué », ainsi qu'elle en rendit
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compte au bailli : « Il ne veut plus le moment d'après qu'il a voulu l'instant d'auparavant. Il n'y a aucun fond à faire sur ses résolutions, s'il en pouvait prendre quelqu'une. Je ne ferais que m'exposer à des désagrément- si je lui faisais la plus petite ouverture dont il irait tout de suite faire part à sa femme, quoique je lui aie recommandé le secret et qu'il me l'ait promis. » Cette entrevue avait lieu le 9 septembre. Le 13, Jean-Paul et Louise renouvelaient leur défi. Us envoyèrent à Paris leur procuration pour qu'en leur nom aide et justice fussent demandées au parlement et à toutes juridictions en faveur de la marquise de Mirabeau. Mais le 23. ce fut au tour de Louise d'appeler main forte. Le vent avait brusquement tourné. Cette pauvre girouette de Jean-Paul était redevenue folle.
Le changement de saison de cet automne était, sans doute, climatérique pour les têtes fêlées. Juste à ce moment, le marquis de Mirabeau faisait savoir au bailli qu'il avait fallu interner sa fille ainée, la religieuse. Pour M. de Cabris, après avoir donné des scènes inouïes de fureur et d'égarement, ameuté son village, couru la campagne en chemise, jeté par les fenêtres de l'argent, sa montre en or et même un chien, lacéré ses livres précieux et ses estampes rares, il s'était porté à lui-même, au cours de la nuit du 22, un coup de couteau dans la cuisse. Une abondante effusion de sang n'avait fait que changer le cours de son délire. Il avait eu la bizarre idée de recueillir son sang dans son plat à barbe et d'en arroser sa chambre et son lit; et maintenant, comme s'il ressentait des craintes aussi vives que celles qu'il répandait, il repoussait les aliments et les soins, il accusait sa femme et Briançon de le vouloir empoisonner. Un médecin et un chirurgien accoururent, précédant la douairière. Jean-Paul re-
poussa également ce réconfort. La nuit revenue ne l'apaisa pas davantage. Au matin, Louise lui ayant présenté un bouillon, il fondit sur elle, puis alla s'enfermer dans son « cabinet de livres » où, le soir de ce deuxième jour, on entendit tout à coup un épouvantable fracas. On força la porte. Il avait jeté bas sa bibliothèque. Il échappa encore, gagna les combles du château, et s'y étant barricadé, il reparut à une fenêtre, les yeux désorbités, le geste homicide. Allait-il se précipiter aux pieds de ses gens ?... Il cria qu'il ne le ferait point avant d'avoir cassé bras et jambes à sa femme. A la longue, il se laissa entourer, mais non sans avoir lancé un fauteuil contre les approchants. Il était exténué ; sa rage tombait ; il ne s'opiniâtrait plus qu'à rejeter toute nourriture. Une accablante tristesse s'emparait de lui, tantôt muette, tantôt plaintive. « Mon Dieu ! gémissait-il, anéantissez-moi ! » Il voulait être enfermé dans la prison du château, pour y expier, et demandait pour toute grâce qu'on y fit brûler de l'encens. Sa folie prenait un tour de mysticisme ; et c'était ce tour-là, sans doute, qui, déjà, l'avait poussé à détruire ses estampes et ses livres, trésors de libertin.
Un récit bien circonstancié de ces scènes, appuyé de certificats conformes des médecin et chirurgien, et suivi d'un placet par lequel « M"r Amelot » était supplié de daigner éviter à Mme de Cabris douairière la peine de disputer en justice à sa bru les droits de curatrice à la personne et aux biens de son malheureux fils, fut expédié sans retard au marquis de Mirabeau. Il trouva le paquet fait à la diable, et, néanmoins, il s'en chargea, et le remit au sieur Robinet, premier commis de M. Amelot, en lui recommandant prompte expédition. « Je ne m'ennuie^ pas en affaires graves, manda-t-il au bailli (23 octobre)
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Tant que Dieu me conservera santé et volonté, je - Rhadamante, puisque sa Providence m'y a condamn é. Il priait de son chef le ministre de faire clore sa fille à portée de la famille de Cabris, mais en petite ville, comme Hyères ou Sisteron, « pour que le théâtre prête moins ». Il comptait bien avoir satisfaction. M. Robinet ne lui refusait rien ; et quant au ministre lui-même, quant à M. Amelot, son refrain était passé en proverbe : « Voyez M. Robinet, qui m'en rendra compte. » Partout où il avait passé, ce M. Robinet avait eu l'habileté de se rendre indispensable à ses patrons et de s'emparer de leur autorité, sous couleur de la servir. A Lyon notamment, où il avait doublé l'intendant, nommé Bâillon, il s'était mérité une piquante et flatteuse satire. Quelqu'un, dans un bal masqué, avait paru en habit de magistrat, avec un grand robinet de cuivre dans le dos, un bâillon sur la bouche et une pancarte pendue au col, où on lisait : « Parlez à mon robinet ». Une anecdote plus récente était relative à M. Amelot en personne qui venait de solliciter une intendance pour son fils à peine âgé de vingt ans. « Mais il est trop jeune ! » avait objecté M. de Maurepas. — ■ « Eh, dit M. Amelot, je lui donnerai Robinet. — Et vous ? » avait reparti Maurepas.
M. Robinet déçut pourtant la confiance de l'Ami Hommes. « Faites interdire le mari, lui répondit-il au nom de son ministre ; car tant qu'il aura une existence légale, sa femme est à lui, il faut qu'il signe, ou il n'y aurait plus rien que l'autorité ne pût dans le royaume. » Autrement dit, et c'était leur réponse à tous, il fallait débuter par la voie de justice ; celle-ci rouvrirait ensuite la voie d'autorité, qui, autrement, était impraticable. Voie de justice ou rien ! Mais la douairière de Cabris répugnait de plus en plus à y entrer. Suivant elle, et
suivant le préjugé général, une interdiction pour raison de folie n'était pas seulement humiliante ; elle emportait une espèce de flétrissure. Ce fut un accès de cupidité en faveur de ses filles qui la décida. Elle apprit que Jean-Paul avait refait son testament tout à l'avantage de sa femme. Sa tête branlante en fut retournée. Elle appela auprès d'elle le bailli de Mirabeau par une lettre « qui ne respirait que le trouble et le désespoir ». Et le bailli arriva, le 2 novembre, à Grasse, en compagnie de son fidèle Clapiers-Mon Bon. Il était, pour cette fois, comme il disait dans son rude langage de marin, bien résolu « à faire crever Louise sous la voile ».
Il s'agissait de frapper d'abord M. de Cabris de mort civile ; et Louise, qui s'y attendait, n'appelait plus son oncle que M. le Grand- Interdiseur, en ajoutant qu'il était le premier homme du monde pour faire interdire son prochain. A la vérité, le bailli aurait préféré recourir au moyen le plus expéditif , à ce qu'il appelait naguère « le despotisme barbare des lettres de cachet », plutôt qu'à « la lente, formaliste, pédantesque et aveugle Thémis ». Mais puisqu'on lui en faisait une obligation, il allait pratiquer aussi bien qu'un autre la « jugeomanie » de Perrin-Dandin. Avant de présenter requête, il s'assura que le juge « jugerait bien »; puis il lui fit recommander chaudement son affaire par le tout-puissant procureur général au parlement d'Aix, M. Le Blanc de Castillon, qui était « son ami depuis mille ans ». On n'entendit qu'ensuite les témoins. Les uns dirent qu'ils avaient ouïdire, et les autres, qu'ils ne savaient... Louise plaisait aux uns, faisait peur aux autres. «Mais il y en aura assez, » assurait le bailli qui ne la redoutait guère. Cependant, de même qu'il disposait du juge, elle, de son côté, disposait du procureur du roi, ami de Briançon ; et elle
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avait choisi pour conseils trois avocats réputés les plus hardis parleurs et les plus madrés juristes de la contrée, peut-être même de la France : Pascalis, Portalis et Siméon père. Enfin, dans la prévision d'un interrogatoire en forme où Ton essaierait de tirer de M. de Cabris luimême les preuves de son imbécillité ou de son bon sens, elle le soumettait chaque jour au traitement des bains de rivière, glacés en cette saison ; elle s'y jetait la première pour l'encourager.
Cet interrogatoire fut fixé au 20 novembre. Dès le matin, on vit « accéder » au château de Cabris le juge et le procureur du roi, assistés d'un greffier, de deux huissiers, d'un médecin et d'un chirurgien ; et le procureur de la douairière, un sieur Alziary, suivait. Ce cortège était renforcé, en outre, de plusieurs ouvriers, tant serruriers que maçons, tout prêts à forcer l'entrée. Mme de Cabris n'en éconduisit pas moins toute la troupe, par la raison qu'aucun exploit n'ayant prévenu M. de Cabris d'avoir à rester chez lui, il était allé se promener, elle ne savait où. Le corps de justice revint au complet dans l'après-midi, M. Loyal en tête, portant l'exploit. Mais on ne vit paraître au travers d'un grillage que des serviteurs narquois, qui dirent que Mme la marquise était absente comme M. le marquis, et qu'elle avait emporté toutes les clefs. On dut aposter un huissier afin de guetter leur retour et de leur remettre en mains propres une assignation pour le lendemain. Alziary, que Mme de Cabris avait mis dehors le matin, « non sans le galvauder un peu », voulait qu'on perquisitionnât à tout prix, dût-on s'introduire par une brèche ou par escalade. Mais une telle attaque parut hasardée et périlleuse, pour peu qu'à l'intérieur on fit quelque défense. Le château de Cabris était posé comme une forteresse au bord extrême d'une haute falaise de
rocher d'où, par temps clair, l'œil découvre, par-delà les ondulations mourantes d'autres montagnes, un vaste horizon de mer allant des côtes d'Italie jusqu'à Toulon. Une double enceinte l'entourait du côté du village ; un simple bandeau de mur ceignait l'escarpement à pic du rocher, au-dessus de la vallée profonde de la Siagne.
La « papillotte de M. Loyal » ayant touché M. et Mme de Cabris, ils reçurent le corps de justice le lendemain matin. Le marquis s'excusa honnêtement, sur ses violentes douleurs, de paraître en robe de chambre et en bonnet de nuit. Il avait une barbe de plusieurs jours, les yeux caves et sombres ; son air était triste et préoccupé ; sa contenance, timide et forcée ; il faisait peine à voir. Quand il eut décliné ses noms, qualités, âge, il déclara que ses infirmités, de nature purement physique, n'avaient jamais altéré son moral autrement que pour l'attrister et pour lui rendre pénible toute attention soutenue. Tandis qu'il parlait, le médecin et le chirurgien n'avaient pas cessé de le dévisager sous le nez, avec une inconvenance capable d'ôter son sang-froid à l'homme le mieux portant ; et sitôt qu'il se tut, ils lui happèrent la main malgré lui. Ils lui trouvèrent le pouls lent, faible, intercadent ; ils constatèrent aussi un tremblement des extrémités inférieures et des clignotements d'yeux attribuables à sa myopie. Puis ils prétendirent l'interroger ; mais il alla s'asseoir à l'autre bout de la pièce. Ils l'y poursuivirent en vain. Cette comédie se renouvela dans l'après-midi. Le médecin conclut, non sans réserve, à une probabilité de démence. Le chirurgien certifia de son côté que, si le tempérament de M. de Cabris était d'un mélancolique, sa raison était saine. Lequel croire ?
« Je ne sais plus, dit le bailli impatienté, si nous pourrons venir à bout de faire décider ce qui est plus
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clair que le jour » ; et il invoquait de nouveau une justice plus sommaire. Avec la chicane, en finirait-on jamais ? A la procédure de la douairière de Cabris, sa bru avait opposé une contre-procédure ; d'où ordonnance du juge de la clore : puis appel de cette ordonnance au parlement et demande de récusation du juge; jugement de la récusation; et, entre temps, publication d'un petit mémoire de Pascalis où celui-ci prenait à partie le bailli en personne et démontrait qu'il fallait chercher le principe de son activité contre sa nièce dans son désir de se soustraire à l'acquittement des 30.000 livres promises en la mariant. Beaucoup de personnes se souvenaient d'avoir entendu la douairière de Cabris s'expliquer à ce sujet fort sévèrement pour le bailli ; et comme elle avait pour directeur un capucin qui était entré dans le jeu de sa bru, le bailli avait peur de sa dévotion, peur du « cafard », peur du mémoire. Enfin, il reprit confiance ; la sentence d'interdiction était imminente ; sa bonne humeur lui revint : « Avanthier, rapportait-il le 9 janvier 1778 au marquis de Mirabeau, Rongeiime mena son mari chez le juge. Le pauvre garçon avait l'air d'un homme qu'on mène à la potence. Ses valets étaient chargés d'exemplaires de ce beau mémoire et furent en le répandant dans toutes les boutiques... L'on nous dit ici que le pauvre diable a persuadé, par sa contenance, de sa démence ou, au moins, de son imbécillité, et qu'il fallait, quand il entrait chez les juges, que cette infâme gueuse lui dit : Otez votre chapeau, et puis, Dites à Monsieur que vous le priez de vous rendre justice. » L'interdiction de M. de Cabris fut prononcée peu de jours après, le il, par deux voix contre une. Louise en appela aussitôt de ce « tribunal de village » au parlement ; et le même jour, elle s'en vint prendre gîte à Aix, avec son mari, sa fille et le fidèle Bélissen, dans un
hôtel garni de la rue du Saint-Esprit, à quelques pas du parlement et du Cours.
Elle n'avait que cinquante louis en poche, prêtés par un marchand de Grasse, pour engager cette lutte suprême devant une juridiction notoirement acquise à ses adversaires, et où la plus bizarre confusion de pouvoirs la vénalité des charges, l'abus et la cherté des épices, les cousinages, les complaisances, la prévarication passée à l'état de coutume, ne permettaient guère au bon droit de prévaloir, s'il ne se faisait seconder par ces puissances locales de corruption. Le premier président, M. des Gallois de la Tour, et le procureur général, M. de Castillon, étaient rivaux d'influence et honnêtes gens tous deux ; mais ils ne déguisaient pas leurs préventions en faveur de MM. de Mirabeau. De plus, M. de la Tour cumulait sa première magistrature avec la charge d'intendant de la province. Il commandait ainsi à lui seul les deux avenues convergentes au croisement desquelles il s'agissait d'acculer et d'écraser .Aime de Cabris? la wie de jugtice et ]&
voie d'autorité. M. de la Tour ne se cachait pas d'avoir transmis au ministre, en l'approuvant, le mémoire de la douairière de Cabris et du bailli de Mirabeau demandant la réclusion de leur belle-fille et nièce. Cependant, celle-ci ne désespérait pas de l'emporter.
Le bailli, demeuré à Grasse, y hâtait l'assemblée de parents ordonnée par le juge afin de nommer un curateur à la personne et aux biens de l'interdit ; il faisait désigner la douairière et régler le montant des pensions allouées à M. de Cabris et à sa femme : 6.000 livres à lui, et 4.000 à elle tant qu'elle vivrait avec lui ; sinon 3.000 seulement; et ces mesures arrêtées, il arrivait à son tour à Aix, avec M. de Clapiers, pour y faire confirmer son ouvrage. Il s'aperçut aussitôt que la
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constance ferme et intrépide de sa nièce, sa belle bouche, sa langue dorée, son air noble, avaient capté la faveur du monde, du barreau et du populaire. « Son éloquence, manda-t-il à l'Ami des Hommes, a ébloui ici beaucoup de sots... Ici comme à Paris, catins, maquereaux, ruffians, prennent parti, et catins surtout ; or elles mènent le monde depuis plus de mille ans... L'enfer ne peut rien vomir de plus adroit que cette gueuse-là. » Par bonheur, M. de la Tour venait de demander à M. Amelot que l'ordre du roi la fit interner au couvent des Ursulines de Sisteron, où l'évêque de cette ville, M. de Sufîren-Saint- Tropez, garantissait une réclusion des plus strictes. « Et quand nous aurons l'ordre, reprenait le bailli, nous le confierons à un certain homme de la maréchaussée qui, avant-hier (3 février), lui quatrième, arrêta sept drôles qui faisaient trembler tout le pays, armés de pistolets dont on lui mit un sur la gorge ; il abattit le bras d'un coup de sabre... C'est un poulet qui n'est pas tremblant. »
Ces précisions étaient données à l'Ami des Hommes pour calmer ses appréhensions, vraies ou feintes, d'une résistance violente de sa fille. Il rappelait au bailli, pour le tenir alerte, les colères indomptables qu'elle avait eues enfant, son duel manqué en Limousin, ses voies de fait sur un commissaire au couvent de Saint-Antoine, enfin le propos qu'elle avait tenu plus récemment à sa mère, en présence de la prieure du couvent de Saint-Michel : « Vous êtes bien bonne. A votre place, je donnerais vingt coups de pied dans le ventre à Madame que voilà, et si elle le trouvait mauvais, je mettrais le feu au couvent. » — « Ces misérables bouffées, ajoutait le marquis, peuvent fort étonner celui qui l'arrêtera ou lui signifiera l'ordre, supposé que ce jour-là, elle ne soit pas montée sur sa dignité. Elle a une autre manière qui leur coûte peu à
tous, sitôt qu'ils sont vraiment pris, c'est de séduire. » Mme de Cabris séduisait.
Comme à Grasse, on la voyait conduire son mari dans les assemblées, sur le Cours, au spectacle : et elle continuait de le soumettre au régime des bains glacés, toujours s'y plongeant la première. On l'accusa de le vouloir faire périr ainsi ; mais elle prouva que ce traitement était préconisé par Jean- Jacques dans Emile; et cette autorité toujours prestigieuse donna aux accusateurs un ridicule d'ignorants et de poules mouillées. Le bailli pensa les venger en demandant au parlement d'ordonner que l'état mental de M. de Cabris fût examiné au déclin de la lune, période où Jean-Paul, croyait-il, était le plus sujet à divaguer, surtout si le temps était humide. Accordé. Mais, hélas, la Providence envoya au bailli le plus fixe de tous les beaux temps, un soleil incomparable, un froid très sec ; et M. de Cabris répondit à tout si pertinemment que sa femme décida d'imprimer ses réponses et de les répandre. L'effet de cette publication parut décisif. Un homme d'un grand nom, résumant le cri général, déclara : « L'interrogatoire de M. de Cabris juge son procès ; il n'en a plus de ce moment ! » Le bailli crut tout perdu, lui aussi : « La procédure tourne contre nous, annonça-t-il à son frère. Hier, ce pauvre fol a répondu avec toute la présence d'esprit de l'homme le plus sage ». Tout changea de face, trois jours après (21 février). M. de la Tour avait reçu la lettre de cachet, et il était d'avis de la mettre à exécution dès le lendemain, avant l'aube. Il se croyait sûr du silence du parlement. Comment avait été obtenu cet ordre du roi, on s'en doute. L'Ami des Hommes avait montré à MM. de Maurepas et Amelot la lettre incestueuse de son fils ; ceci avait eu raison de leurs scrupules.
L'exécution subit pourtant un retard forcé de trentesix heures. Les amis de Mme de Cabris la conjurèrent de s'enfuir. Elle consulta. Pascalis lui persuada que M. de la Tour n'oserait pas intervenir, comme agent de l'autorité, par une mesure arbitraire de l'ordre gouvernemental, dans un procès en cours dont il connaissait comme premier magistrat de l'ordre judiciaire ; il différerait sans doute jusqu'au prononcé du parlement. Or, si l'arrêt infirmait la sentence d'interdiction rendue à Grasse, M. de Cabris rentrait en possession de tous ses droits, et la lettre de cachet contre sa femme tombait, comme n'ayant été ni avouée ni contresignée par lui. Mieux valait attendre. On connaîtrait le jour de la sentence assez à l'avance pour aviser.
Cependant, le bailli, d'accord avec M. de la Tour et le grand-prévôt, avait disposé ses filets. Le 23, Mme de Cabris, avertie, revêtit des habits d'homme et attendit la nuit noire, pour ouvrir une porte dérobée et filer. Elle se heurta à un cavalier de la maréchaussée. Elle rentra vivement. Son logis n'était qu'au premier étage de l'hôtel. Elle enjamba une fenêtre et allait sauter, lorsqu'un autre cavalier la pria, au nom du Roi, de s'épargner cette peine. Les « mouches » cernaient toutes les issues. Alors, Mme de Cabris fit prier Pascalis, un notaire et son procureur de venir ensemble auprès d'elle pour donner à ses protestations toute la force et toute l'authenticité possibles. Puis, elle se dévêtit, alla se coucher auprès de Jean-Paul et attendit.
A quatre heures du matin, la fatale voiture, escortée d'un lieutenant du prévôt et de quatre cavaliers, fit retentir le pavé de ce paisible et noble quartier où, sauf chez les juges, on ne « faisait le jour » d'ordinaire que vers midi ; et le lieutenant vint battre la porte de l'hôtel
et celle du logement de Mme de Cabris, qui n'ouvrit pas. Elle voulait être arrachée par force du lit conjugal inviolable, et Ton dut en venir là. De faibles et fumeuses lueurs éclairaient cette scène brutale. Mme de Cabris se tenait serrée contre son mari qui pleurait et se lamentait, disant : « Que je suis malheureux!... je suis perdu !... ne m'abandonnez pas ! » La petite Pauline, plus farouche, entourait sa mère de ses bras et protestait à hauts cris, de toutes ses forces. Pascalis, le notaire et le procureur enregistraient ces voix de l'innocence, de la faiblesse et du droit opprimés. Dévorant une rage mue, apparemment calme, congédiant l'un, complimentant l'autre, tout en procédant à sa toilette avec une lenteur calculée, Mme de Cabris atteignit ainsi la pointe du jour. La foule, qui grossissait à vue d'œil sous ses fenêtres, la salua d'une grosse clameur quand elle apparut. « Est-ce que l'on peut, criait-on, arracher ainsi une femme au Ht de son mari ? » Mme de Cabris eût voulu haranguer cette foule. Mais la rue était étroite et la voiture était rangée près de la porte ; en deux pas, elle fut entrée dedans et elle mit en vain la tête à la portière. Sa voix devint aussitôt inintelligible. Les chevaux enlevés avaient pris le galop et, contournant le parlement, s'étaient engagés dans la rue Bellegarde, plus étroite encore. Au bout de cette rue, il y avait une porte, puis c'était la route de Sisteron taillée dans le roc, en pente raide. La foule rompue se partagea. Les jarrets et les poumons vigoureux, tout le populaire ennemi-né du gendarme et de l'autorité, ainsi que les éléments jeunes et passionnés que le visage brillant, la voix prenante et les gestes de Mme de Cabris excitaient a huer son escorte et à l'arrêter, se lancèrent à sa poursuite. Mais on veillait à la porte de Bellegarde, et l'équipage seul put la franchir.
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Le plus grand nombre était demeuré entassé devant l'hôtel de M. de Cabris, s'attendant à le voir paraître. Ce fut Pascalis qui se montra.
Son éloquence était fougueuse ; son organe, sonore ; son esprit, madré ; sa science, profonde et réputée Le peuple aixois, satirique par nature et républicain par instinct, l'écoutait toujours avidement. Vraie nature de tribun, l'étroitesse du prétoire ne l'étouffait point : mais il le grandissait avec lui et le faisait honorer comme le seul lieu, la chaire sacrée mise à part, où la parole fût libre de s'élever, par-dessus la mêlée des passions et des intérêts privés, jusqu'à la censure du despotisme et de ses représentants. D'ailleurs, foncièrement attaché à la constitution particulière de la Provence, à son indépendance, à ses traditions, à ses privilèges d'Etat dans l'Etat. Ainsi, au regard de l'avenir, Pascalis n'était qu'un homme du passé, et ce fut comme tel, en définitive, qu'on le pendit, en décembre 1790, à un arbre du Cours. Mais au regard du passé, et en raison même de ses tendances particularistes qui l'opposaient sans cesse aux empiétements du pouvoir central, Pascalis paraissait une lumière de la loi, le défenseur des franchises contre la tyrannie et du droit contre l'arbitraire, bref, un homme du lendemain. La noblesse lui savait gré de son attachement indéfectible aux antiques institutions du pays : la bourgeoisie se sentait représentée en lui toute entière, dans ses origines, dans ses intérêts, dans ses talents, dans ses aspirations à un ordre général nouveau ; et l'appel plus confus du peuple à une subversion de l'état actuel, il le clarifiait en le formulant, il lui donnait le crédit et le prestige de ses vertus privées, de son âme énergique, de sa parole véhémente. L'n tel homme, en dénonçant comme un abus atroce et intolé-
rable l'enlèvement par lettre de cachet d'une femme si belle et si jeune, revêtue du triple caractère d'épouse, de mère et de citoyenne, devait communiquer à tous sa réprobation, sa colère. Il entraîna surtout les femmes, en particulier celles du plus haut rang, parce qu'elles avaient le plus à souffrir sous l'absolutisme romain de la puissance paternelle et maritale ; rien ne les émancipait jamais, ni elles, ni leurs biens. Après le bailli de Mirabeau, M. de la Tour fut le héros le plus honni de la journée.
Jamais ne s'était manifestée dans une clarté plus crue l'incompatibilité des fonctions d'intendant de la province et de premier président du parlement, ainsi réunies dans la même main. Au reste, on savait M. de la Tour homme à user de l'arbitraire pour son propre compte ; il détenait un de ses fils sous lettre de cachet. Quoiqu'il fût l'ami du bailli « depuis mille ans », le procureur général de Castillon, de son lit où le retenait une fistule, éleva la voix assez haut pour qu'on sût que, lui présent, M. de la Tour n'aurait pu consommer, sans recevoir sa protestation solennelle, cet abus criant de ses prérogatives. Eh, voit-on de nos jours nos préfets détenir la présidence des cours de justice ? voit-on les prévenus, frappés par mesure administrative d'une présomption de culpabilité, retrouver dans un tribunal régulier leur accusateur comme premier juge ? voit-on les garanties et les formes légales ne servir qu'à régulariser, après coup, les décisions de l'arbitraire ? On l'a vu peut-être, mais seulement comme un bon tour de politique, où la raison d'Etat couvrait tout, dans une phase critique de la lutte des partis... Mais en user ainsi contre une particulière, et pour donner à une vieille femme, de préférence à une jeune, le gouvernement d'un imbécile !. . Car c'était là
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toute l'affaire, et ce coup de main ne la réglait même pas. La procédure allait reprendre de plus belle.
M. de Cabris, enhardi par son frère de lait Bélissen, tenta de rejoindre furtivement sa femme. Il allait monter en carrosse avec sa Pauline lorsque, d'ordre du parlement, un huissier suivi d'exempts lui signifia un décret de main-mise. Puis, un nouveau décret « l'autorisa » à regagner son château, lui enleva sa fille pour la confier à la douairière, et congédia ses serviteurs, nommément Bélissen, « l'incorruptible ». Jean-Paul s'y conforma docilement, comme à tout. Quand il fut loin, son procès revint à l'audience.
Pascalis ne plaidait plus, depuis qu'il avait participé, comme assesseur d'Aix, à l'administration provinciale et communale. C'était son disciple Portalis, le futur élaborateur du Concordat et du Code civil, qui portait la parole pour lui. Nommé assesseur lui-même, Portalis allait se taire pendant longtemps ; mais il n'était pas installé encore. Il argumenta pour M. de Cabris avec tant de science et de passion qu'on voyait le parlement trahir par des mouvements significatifs son agitation intérieure, son désaveu du coup d'autorité exécuté par son chef, son indignation contre la tyrannie domestique du marquis de Mirabeau. Et bref, au rapport du bailli (9 mars), « Portalis dit assez de choses sur l'enlèvement de la femme pour qu'un gouvernement ferme lui dût faire sentir qu'un avorton d'avocat ne doit pas demander au Roi compte de ce qu'il juge à propos de faire. » Au sortir de ces audiences, Pascalis haranguait à son tour la foule. Portalis obtint un premier avantage qui, à tous, sembla d'importance : Mme de Cabris fut reçue en intervention au procès de son mari. Des jurisconsultes sérieux prédirent que c'était le conflit ouvert entre les juges et
les ministres, parce que, si l'on ne remettait pas Mme de Cabris en liberté pour suivre son procès, le parlement serait amené à dire qu'il remettait à statuer jusqu'à ce qu'elle pût se présenter en personne à sa barre. Mais le parlement ne dit rien.
L'avocat de Mme de Cabris était le beau-frère de Portalis, Siméon fils, digne émule de son père pour l'éloquence et la science du droit. Quand il mit les persécuteurs de sa cliente au défi de montrer leurs soi-disant preuves de son inconduite, en annonçant que si elles paraissaient, il lirait, lui, pour les détruire, des lettres du comte de Mirabeau que sa sœur était censée avoir poussé au crime et voulu perdre, la sensation fut profonde et favorable. Mais en venant à flétrir la lettre de cachet, il oublia toute mesure. Il accusa nettement certains juges d'être prévaricateurs et gagnés. Les suspects s'ameutèrent ; la majorité de leurs collègues fut indisposée ; M. de la Tour, comme le plus visé, ordonna aux gens du roi de requérir la punition de l'avocat. IL de Calissane, avocat général, tout plein de l'animosité que lui avait insufflée contre Mme de Cabris la comtesse de Mirabeau, dont il fréquentait la société et le théâtre, se leva pour exiger la radiation de Siméon fils. L'estime et l'amitié que Siméon père inspirait à tous, firent qu'on obligea seulement l'audacieux à une espèce de réparation en séance publique ; et on lui accorda l'autorisation qu'il sollicitait pour Mme de Cabris de se choisir un conseil et de le voir tant qu'elle voudrait dans son couvent. Toutefois, dans cette atmosphère trouble, échauffée, les juges n'osaient pas rendre la sentence finale, ils inclinaient à la renvoyer à quinzaine, après les « fériats » de Pâques. Ils comptaient sans le bailli. « Cette terrible Rongelime, disait-il, ferait mouvoir les enfers. » L'avocat de la douai-
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rière, le fameux Gassier, avait plaidé pour l'interdiction « comme un ange ». A la nouvelle que les juges allaient laisser refroidir cela, le bailli les visita tous dès la première heure, sans désemparer, chambra l'un, arrêta l'autre qui montait en chaise pour gagner sa maison des champs, persuada au « rapporteur du registre » de consentir à rapporter, intimida le greffier qui rouvrit le greffe et laissa enlever les papiers; si bien que le jour même, 9 avril, il tint son arrêt. Tout d'une voix, cet arrêt confirmait la sentence d'interdiction rendue à Grasse et maintenait la douairière aux charges de curatrice et de tutrice, attendu que la détention de Mme de Cabris belle-fille la mettait dans l'impossibilité de remplir ces charges.
Allait-il, là-dessus, le bon bailli, pouvoir enfin se reposer ? Malgré son triomphe, il gardait le dégoût de sa besogne ; et tout comme à M. de Cabris, le Palais lui semblait « un dédale affreux ». Il soupirait : « J'ai bien envie d'être en repos pour pouvoir poursuivre ma critique de Montesquieu et faire voir que M. Josse était orfèvre et même de mauvaise foi. » L'Ami des Hommes ne méprisait pas cette distraction de cabinet ; mais sa pensée, ses vues qui allaient toujours par delà le succès actuel, ne lui permettaient pas de laisser du loisir au bailli ; et il le rappela à l'action en ces quelques mots lapidaires : « Quand je cuidais achever, je ne faisais que commencer, dit l'inscription du château de Losse. »