‹ Louise de Mirabeau, marquise de Cabris, 1752-1807Chapitre 29 sur 40 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

donner un gage plus certain de sa conversion aux principes fondamentaux de la Révolution et de l'Empire. Mais elle en donnait d'autres encore, et qui n'étaient pas négligeables, comme de se rengager résolument pour sa fille dans une carrière de procès. Cette résolution était vraiment, elle aussi, une forte garantie de son loyalisme politique. Tout faisait croire que les balances de la justice nouvelle, comme celles de la justice d'autrefois, seraient sensibles à la différence du soleil et de l'ombre, et qu'un regard du maître, en tombant sur un des plateaux, suffirait à le faire pencher. Mme de Cabris aurait-elle pu affronter les tribunaux et solliciter les juges, en posture de rebelle ou seulement de suspecte ? Il lui fallait être pour l'empereur et pour l'Empire, ou sinon, subordonner le relèvement de sa fortune à une restauration de la vieille monarchie. Mais il y avait longtemps qu'elle ne croyait plus à l'imminence d'une telle restauration et qu'elle ne s'en souciait même plus. Ainsi sa conduite lui était tracée identiquement par son intérêt, par ses observations et par ses sympathies, acquises d'ancienne date à Napoléon. La maison de France lui paraissait encore plus ruineuse que celle des Mirabeau ; et sa froide raison lui disait qu'on ne confie pas le salut de ses reliques à une épave...

Deux arrêts de la cour d'Aix avaient déterminé Mme de Cabris à quitter Draguignan. Le premier avait confirmé le jugement de Grasse relatif à la provision de 10.000 francs due par les habitants de Cabris. Aussitôt après, le préfet Fauchet avait mis la force publique en mouvement et contraint la commune à s'exécuter dans les dix jours. Le second arrêt avait au contraire infirmé la sentence de Grasse dans le procès des légitimes et fait droit aux prétentions exorbitantes des légitimaires. Ceuxci allaient absorber les restes de la fortune de .M. de Cabris

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si Mme de Xavailles ne se pourvoyait pas en cassation; et c'était pour suivre de près ce pourvoi que Mme de Cabris regagnait de nouveau Paris, seule, avec cinquante louis dans sa poche pour toutes ressources. Encore M. Gissey avait-il dû lui prêter ce viatique.

Elle s'en vint loger à un cinquième étage de la rue de Vaugirard, près de ce Luxembourg où son père avait habité et qui lui rappelait son enfance. Son installation était si modeste, si humble même, qu'elle ne donna son adresse qu'à ses intimes, se souciant peu de faire aux autres, disait-elle, « la confidence de son extrême simplicité ». Elle s'y tint enfermée six semaines durant, à dépouiller, à classer le fatras énorme des résidus de ses anciennes procédures, et elle en tira un mémoire volumineux, encore informe, que le gendre de Mme du Saillant, le fameux jurisconsulte et avocat Sirey, se chargea de rendre présentable à la Cour suprême. 11 fallut trois semaines à cet habile homme pour y parvenir. Il n'importait pas tant à Mme de Cabris « d'être jugée vite que de l'être bien ». Elle prévoyait de longs retards, mais ils ne la rendaient pas impatiente, parce qu'elle s'en donnait des raisons valables et très rassurantes. On s'attendait à une réorganisation profonde de tout l'appareil judiciaire. L'empereur, croyait-on, rétablirait les anciens parlements ; tout serait remis « en équilibre et à peu près sur l'ancien pied ». Pour tromper l'attente, Mme de Cabris donnait libre cours à sa « scribomanie » et à ses instincts officieux. — « Tu sais comme ils sont protecteurs », disait autrefois de tous ses enfants, à son frère, le marquis de Mirabeau. Recommander, s'entremettre, visiter, solliciter, faire des heureux et des prosélytes, être la providence de ses proches et de ses amis, tant absents que présents, souvent à leur insu,

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