‹ Louise de Mirabeau, marquise de Cabris, 1752-1807Chapitre 6 sur 40 · IV. — CHEZ M. DE CABRIS · texte numérisé non relu

IV. — CHEZ M. DE CABRIS

Trois jours après ce mariage à froid, toute la compagnie se dispersa. Le nouveau ménage gagna la Provence entre ses mentors, le bailli et M. de Clapiers, qui le suivaient jusqu'à Grasse afin d'y guider ses débuts. Quelle contrariété pour Jean-Paul, si curieux de Paris, d'en avoir approché de si près et de n'y pas entrer ! Mais Paris faisait peur à ses vieux parents qui avaient eu le malheur, jadis, d'y perdre un premier fils plus qu'à demi élevé : il fallait sacrifier quelque chose à leurs craintes ; d'ailleurs, on reviendrait, c'était promis. En attendant, on fit voir à Jean-Paul en détail Montargis et le couvent où les perfections de sa femme avaient fleuri. On

parvint à Lyon le 1er décembre. La capitale des canuts et des soyeux, bâtie et réglée comme une ruche, plutôt bourdonnante que bruyante, rêveuse, et même un peu morne sous la tiède brume exhalée de son double fleuve, paraissait alors touchée plus vivement qu'aujourd'hui par les influences méridionales. Lyon était la véritable porte de la Provence, avec ses grandes façades industrielles teintes de safran comme des gâteaux de miel, ses édifices publics et ses hôtels privés construits par les bons architectes italiens, et son enceinte de couvents, de villas et de parcs, où la végétation des rives méditerranéennes mêlait ses feuillages aigres, secs, métalliques, aux sombres et aqueuses verdures du septentrion ; et tant de ports, tout le long du Rhône et de la Saône, où Marseille faisait affluer, avec son commerce, sa vociférante canaille de bateleurs et de débardeurs ! La « caravane » y prit le coche d'eau, malgré les frayeurs de M. de Clapiers. Ce brave marin, remarquait en riant le bailli, avait fait par mer « toutes les diagonales du globe » ; mais il n'était jamais allé sur terre « plus au nord que Manosque » ; et les rapides du Rhône lui semblaient plus dangereux que les typhons de l'Océan Indien. On descendit ainsi jusqu'en Avignon, sans s'arrêter à la visite du château de Mirabeau. Ce « nid de la race », posé sur un rocher escarpé que cernaient et rongeaient, d'un côté, la Durance, et, de l'autre, un village de vassaux faméliques, n'était guère habitable en hiver. Le mistral y faisait rage. Bref arrêt à Aix. De là, il ne restait plus à faire qu'un parcours de trois journées pendant lequel Louise allait achever de se dépayser.

En décembre, venant de Lyon, on n'a pas franchement l'impression de la Provence avant d'avoir passé Aix ;

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