‹ Louise Edouard GourdonChapitre 6 sur 11 · L’ŒILLET BLEU · texte numérisé non relu

L’ŒILLET BLEU

« Mort oir vif, tu ne seras jamais bon à rien ! » disait ie père furieux. Et comme la vivacité de l’exclamation m’avait arrêté, moi passant inconnu, devant la boutique, il me prit à partie et me dit en me montrant son fils : « Non, monsieur, je n’en ferai jamais rien; je me suis saigné aux quatre veines pour lui donner une bonne éducation, et je ne puis seulement pas obtenir de lui qu’il m’aide dans mon état. » Encouragé par ces paroles, qui n’étaient pas celles d’un homme méchant ; intéressé par l’air timide et respectueux du jeune homme, qui se tenait debout, muet et presque tremblant devant son père, j’entrai chez l’artisan sans plus de façon, et je lui dis:

— Voyons, monsieur, de quoi s’agit-il ?

l’oeillet bleo

— Ali ! monsieur, me répondit-il en ôtant sa casquette et d’un ton un peu confus, cet enfant fait mon malheur!

— Serait-il vrai ? demandai-je au jeune homme.

— Il faut le croire, monsieur, puisque mon père vous lo dit, fit celui-ci, les veux remplis de larmes.

— Ce n’est pas seulement à monsieur que je le dis, reprit le père en se radoucissant. Depuis deux ans que tu es sorti du collège et que nous avons perdu ta pauvre mère, je ne cesse de te répéter qu’il faut travailler, que malgré ton éducation, tu n’es et ne seras jamais qu’un ouvrier comme moi. Mais monsieur a ses idées... qu’il no dit même pas... monsieur ne veut pas être teinturier. Ça te déshonorerait peutêtre de faire cc que fait ton père ?

— Allons, calmez-vous, et puisque vous m’avez, pour ainsi dire, invité à vos confidences de famille, permettez-moi une réflexion : votre fils n’est certainement pas un mauvais cœur ; je lis cela dans ses yeux et dans son attitude...

— Oh I pour ça, c’est vrai I dit le père d'une voix émue.

— Eli bien! c’est peut-être parce que vous avez trop fait pour son instruction, qu’il ne vous rend pas aujourd’hui tous les soins que son cœur lui commande. Il souffre peutêtre autant que vous...

— Oh! oui, monsieur I dit le jeune homme.

— Vous le voyez, il vous aime, j’en étais sur ! Je ne veux pas l’excuser, tant s’en faut ; mais, enfin, je vous le demande, comment voulez-vous qu’avec celte santé, en apparence délicate, ces mains blanches et fines et toutes les belles choses que vous lui avez mises dans la tête, en vous saignant, comme vous dites, aux quatre veines, il puisse, je pe dis pas san§

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