L’OEILLET BLEU
répugnance, mais même sans compromettre sa santé, vous seconder dans vos travaux pénibles et dangereux? Puisque votre intention était d’en faire un teinturier, convenez que vous avez eu tort de le laisser tant d’années au collège?
— C’est en effet ce que je me reproche tous les jours, monsieur, répondit le père ; mais je dois vous dire que nous avons été plus heureux que nous ne le sommes, et qu’à une époque, j’avais formé sur lui des projets bien différents. Mais les temps sont changés, ajouta-t-il après une pause ; j’ai perdu le plus clair de ce que j’avais, et il ne me reste plus que mes bras et une petite maison, ou plutôt un petit jardin dans les environs du Luxembourg, propriété que je tiens de mon père, que je voulais conserver comme une relique de famille, mais que je serai forcé de vendre, parce qu’elle est la cause de mes chagrins.
Cette résolution de l’ouvrier parut impressionner vivement le jeune homme ; il tressaillit, et son émotion ne m’échappa pas. Je pressentais vaguement un mystère, un secret dans la confidence duquel le brave homme n’avait pas été mis. Mon intérêt s’accrut; il s’y joignit, je l’avoue, une certaine dose de curiosité ; et, sans que l’idée me vint que je pouvais être indiscret, je voulus avoir l’explication des derniers mots que je venais d’entendre.
— Si j’ai paru, tout à l’heure, dis-je, vouloir jusqu’à un certain point, vous attribuer la cause des obstacles que votre tendresse paternelle et vos justes désirs rencontrent, c’est parce que je ne crois pas le mal sans remède. Avec la jeunesse et les cœurs purs, il y a toujours de la ressource. Le hasard et votre confiance, qui m’ont placé en tiers dans vos