L OEILLET BLED
où se mêlait un peu d’amerluine, peut-être de pitié. Henri me dit eh me montrant une porte étroite et basse, dans une ruelle sans maisons, et bordée de murs des deux côtés: — Nous sommes rendus; entrons.
11 ouvrit ; nous descendîmes deux marches et il referma soigneusement la porte sur nous.
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En pénétrant dans le jardin, qui recevait d’aplomb les rayons du soleil, je fus comme suffoqué par la chaleur. Henri s’en aperçut et m’offrit de me reposer quelques instants dans un pavillon de quelques pieds carrés, qu’il qualifia, en souriant, de cabinet d’étude. Ce pavillon se composait d’une seule pièce. Il était meublé d’une vieille table et de quelques chaises rustiques.
— C’est ici, me dit Henri, que du temps où vivait ma pauvre mère, nous venions, avec un ou deux amis, passer la journée du dimanche, et c’est sur celle table que nous dînions en famille. Ce temps est déjà bien loin l ajoutat-il avec un soupir. Maintenant, cette table ne sert plus qu’à mes études; je m’y accoude pour réfléchir, et j’aime
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à me trouver ici, parce que je sais que mon àme n’y est pas seule.
— Je vous comprends, lui dis-je ; mais n’avez-vous donc jamais introduit personne ici ?
— Personne, fit-il avec une certaine hésitation et en rougissant légèrement.
Allons, pensais-je, le secret est double, et je ne le saurai pas tout entier.
11 reprit, en ouvrant une petite armoire placée dans le mur, et en me montrant quelques livres :
— Voici ma bibliothèque.
C’étaient des ouvrages d’histoire naturelle, de physique, de chimie et de physiologie. Il prit un de ces volumes et le plaça sur la table devant moi. Ce livre très-curieux, traitait de toutes les grandes découvertes faites depuis plusieurs siècles, et racontait comment elles avaient été faites. Le hasard jouait un grand rôle dans ces récits; il en était pour ainsi dire le héros. De nombreux chapitres étaient aussi consacrés aux étonnantes recherches que quelques hommes de génie et quelques fous avaient inutilement entreprises dans l’espoir d’arracher à la nature un de scs secrets. Je remarquai avec effroi que cette partie du volume était la plus usée, et j’en fis l’observation.
— Oui, me dit-il en comprenant ma pensée, ce sont ces pages que je médite le plus... Celles-ci, surtout, ajouta-l-il en tournant quelques feuillets et en me montrant un chapitre intitulé : Des recherches faites jusqu’à ce jour pour obtenir t œillet bleu.
— Eh quoi t m’écriai-je, — et cette fois je n’essayai pas