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CHAPITRE IV

L'amie bienveillante, La campagne,

Témoin chaque jour de cette rivalité d’af fection et de courage, voyant l’ordre, la paix et le bonheur qui régnait dans la mansarde, et l’aisance, résultant d’un travail assidu, madame ÉciraRd éprouvait la plus vive satisfaction, et se faisait un plaisir réel d AT

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racher, le plus souvent possible, ses deux jeunes amies à leurs travaux journaliers :

. tantôt c'était un concert qu’elle aimait à leur faire entendre; une autre fois, c'était une fête qu’elle leur donnait : et tous ces plaisirs innocents, auxquels elle les associait, fournissaient à sa bienfaisance et à son amitié l’occasion de se manifester, en leur faisant agréer des présents, souvent d’une grande valeur.

— Vous ne pouvez pas, mes chères pe-.

tites, leur disait-elle, assister à ces réunions sans une toilette plus élégante que celle que vous portez ordinairement; voici donc plusieurs robes que j'ai achetées pour vous ce matin; on vous apportera tantôt des ehapeaux que j'ai choisis, et qui siéront parfaitement à votre joli visage. Louise, je vous ai vue souvent ennuyée de ne point connaître les heures pendant le cours de la journée : voici un bijou utile, mon enfant, acceptez-le; voyez, c’est une chaîne à laquelle est suspendue une montre. Victorine, vous avez paru désirer l’autre jour le collier que portait Camille : elle vous en fait cadeau, le voilà.

Enfin l’ingénieuse amie avait le secret de faire le bien sans blesser en aucune manière

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#4 — la susceptibilité et la délicatesse de celles : qu’elle obligeait; et lorsque Louise et Victorine, le cœur palpitant et les yeux pleins de larmes, se plaignaient de tant de bontés : Ah! disait aussitôt la noble femme avec l’accent d’un cœur affligé, c’est mal ce que vous dites là, mesdemoiselles. Eh quoi? ne vous sentiriez-vous donc pas assez d’affection dans l’ame pour reconnaitre ce que vous appelez de si grands sacrifices, et ce qui au fond n’est rien pour moi; enfants que vous êtes, penseriez-vous donc que je vais me ruiner en vous faisant accepter quelques légers présents ?

Alors les deux jeunes filles, presque honteuses, se jetaient dans ses bras, comme pour implorer leur pardon et lui témoigner leur tendre et affectueuse reconnaissance. Il semblait à les voir si heureuses, ces deux jeunes filles, que leur félicité ne pouvait plus s’accroître; mais Dieu avait pris en pitié tant de vertus modestes ; Dieu, dont les décrets sont impénétrables, leur réservait une récompense au-dessus de tout ce qu'il était possible de souhaiter pour elles.

La saison du printemps allait revenir, amenant les beaux jours ; les bois commençaient à se parer de feuilles nouvelles, et la

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terre se couvrait de fleurs; les riches habi- -

tants de la ville, lassés du fracas et du bruit de la capitale, et des plaisirs de l'hiver, prenaient, chaque jour, le chemin des campagnes. Celle de madame Bernard, une des plus belles habitations qui avoisinent le bois

de Boulogne, avait été déjà préparée pour

l’y recevoir. Là, libre de toutes les exigences de la société, celte dame et sa famille pouvaient se livrer à tous leurs goûts vertueux. Tous les pauvres des environs, dont ils étaient-les bienfaiteurs, avaient sans doute bien des fois désiré leur présence.

Cette année là, madame Bernard résolut d'emmener avec elle ses jeunes protégées auxquelles le repos et l’air de la campagne devenaient nécessaires.

— Je viens vous chercher, leur dit-elle un matin; préparez-vous à me suivre : ma voiture est à la porte, vous allez m’accompagner à la campagne; je vous avertis que de six mois au moins, vous ne reverrez Paris! |

;— Quoi! nous allons vivre près de vous, et dans votre beau château, s’écria Victorine en sautant de joie. Ah! madame, com-.

bien vous êtes bonne, ét combien nous vous aimons !

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En peu d’instants elles eurent fini leurs apprêts, réuni dans des cartons tous les effets qu’elles jugèrent devoir leur être utiles, et l’on monta bientôt dans l’élégante berline, qui les transporta rapidement vers cette propriété, objet de tant de délicieuses espérances pour nos deux orphelines, qui se promettaient bien de se livrer à de joyeux ébats. Jamais les pauvres enfants, vivant d’un travail journalier, n’avaient pu sortir de l'enceinte de cette capitale, dent le bruit incessant, l'air concentré, en rendent à quelques-uns le séjour si malsain; jamais

le soleil si aimé n'avait lui à leurs regards dans toute la splendeur de ses rayons : la nature n’avait été pour elles, jusqu'alors, qu’un livre fermé, dans lequel il leur avait été défendu de lire, et les deux ouvrières n’avaient pu encore admirer et se prosterner devant les œuvres du Créateur. La famille Bernard jouissait d'avance de tous les transports joyeux que tant de choses inconnues allaient exciter dans ces ames neuves et ignorantes; aussi, à peine arrivés au perron du château : Allez, dit madame Bernard à ses filles, faites les honneurs de l'hospitalité que vous offrez à vos jeunes amies ; faites leur faire connaissance

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avec le bois, le parc et les prairies : allez. Et à ces mots la troupe joyeuse et folâtre s’échappa pour courir çà et là.

Madame Bernard les contemplant de loin avec un sentiment de plaisir profond, dit à son époux : — Tu le vois, mon ami, ce bonheur là est notre ouvrage, c’est la protection, l’amitié que nous leur accordons, qui remplissent leur cœur d’une joie si pure ; sans nous, peut-être, ces pauvres jeunes filles se seraient cent fois abandonnées au désespoir. Ah! il est bien vrai que Ja bienfaisance est la plus noble attribution de la vertu. Heureux sont ceux qui, écoufant la loi du Seigneur, remplissent envers leurs semblables les devoirs d’une humanité sainte ! Le bonheur que procure la bienfaisance n'est-il pas le plus doux, le plus solide qu’on puisse rechercher dans un monde qu’affligent tant de souffrances et d’égoisme?

— Oh! qu'ils sont dignes de pitié, ajouta le vertueux époux, ces riches au cœur froid!

Lorsqu'ils auront atteint, hélas! un âge avaucé, que retrouveront-ils dans leur ame?

Auront-ils pour consolation le souvenir délicieux des bonnes actions qu'ils auraient pu faire? Rien ne viendra adoucir les ennuis

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