‹ Louise et VictorineChapitre 15 sur 28 · FERA · texte numérisé non relu

FERA

He êtes un ange descendue du ciel!…. Et Îe vieillard pleurait de joie.

— Oh! non, dit naïvement Marguerite; je suis votre voisine, bon vieillard; j’ha-

bite le premier étage de cette maison. Ce Sont mes économies que je vous offre de bon

cœur; voilà tout. Et puis, voulant se dérober à l’expansive gratitude du vieillard, Marguerite disparut.

Quelques jours avant la fête donnée par madame la marquise de Bruneval, on avait dit à Marguerite : Pendant que vous serez tous à vous divertir, la pauvre famille qui habite la mansarde de cette maison périra dans les angoisses de la:faim et du désespoir !

Et alors Marguerite avait dit : — Je n’irai pas à cette fête ; et l'argent qu’il me faudrait employer pour une parure frivole.

arrachera à la mort cette pauvre famille.

Et pour la première fois de sa vie, Marguerite dut souiller ses lèvres d’un mensonge; il fallait user d’un prétexte pour ne point se rendre au désir de son oncle : Marguerite osa dire qu’elle était malade!

Ainsi, pendant que Rose, semblable au léger papillon qui se joue aux rayons du soleil, voltigeait autour d’un salon éclairé

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par un lustre étincelant, demandant le bonheur à un monde dont les plaisirs ne laissent au cœur qu’amertume et remords, la simple et bienfaisante Marguerite trouvait desjouissances réelles dans son propre cœur, dans le sentiment d’un devoir accompli, dans l'exercice de la charité chrétienne.

Un mois après cette fête, deux jeunes personnes se trouvaient dans la même chambre : l’une était couchée sur un sofa, et depuis peu rétablie d’une fluxion de poitrine qui l’avait mise aux portes du tombeau. ….

C'était Rose !

L'autre, fraîche et en parfaite santé, veil : lait avec sollicitude auprès dela convalescente. C'était Marguerite.

Tout à coup la porte de cette chambre s'ouvre: un vieillard, suivi de irois enfants, est devant les deux sœurs.

— Ah! c’est vous! Voilà bien mon ange libérateur ! s’écrie le vieillard en désignant Marguerite ; vos traits, . jeune fille, se sont urop bien gravés dans ma mémoire lesoir.

où vous m’êtes apparue, pour que je puisse me tromper. Soyez bénie.! car vos bienfaits ont conservé un père à ses enfants; il me tardait de vous dire que je vous dois la vie, Oh! soyez bénie, ma noble bienfaitricel et

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se Ci — les enfants venaient de se prosterner devant Marguerite, dont le front s'était soudain couvert d’une noble rougeur. Son cœur battait de délicieuses émotions. Et Rose, muet témoin de cette scène touchante, dit froidement à sa sœur, lorsque celle-ci eut congédié le vieillard reconnaissant :

— Cet homme m'a fatigué les nerfs; comment peux-tu t’exposer à de semblables visites ?

Et Marguerite se recueillit dans sa douce joie ; une larme pourtant vint humecter sa paupière : l’ange pleurait sur l’insensibilité et les erreurs d’une sœur qu’elle aimait, Mais retournons en arrière.

M. Dermont, le père de Rose et de Marguerite, n'ayant pu surmonter la douleur que Jui causait là mort prématurée d’une épouse chérie, succomba, jeune encore, laissant ses deux filles en bas âge, qu’il recommanda à son frère, veuf lui-même et sans enfants.

M. Dermont, l’oncle des deux orphelines, occupait alors une place dont les émqluments considérables lui permettaient de satisfaire son goût excessif pour le faste et la prodigalité.

Ce frère malheureux, qui aurait dû lui être cher, ne lui avait jamais inspiré au-

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