‹ Louise et VictorineChapitre 24 sur 28 · PATTES · texte numérisé non relu

PATTES

mon Dieu, dit vivement Marguerite en joi= gnant ses mains, et les yeux levés vers le ciel. La pieuse enfant garda le silence ; mais longtemps son ame s’entretint avec le Seigneur. Rosine avait dit vrai, en quelque sorte, touchant l'intérêt récent que prenait M. Dermont à Marguerite ; cet homme plein de vanité et d’orgueil, sans la honte qu'il avait éprouvée, en rendant presque publique l'ignorance de Rose, aurait peutêtre joui du triomphe éclatant qu'avait obtenu Marguerite; car, surpris, charmé, transporté par la délicieuse musique qu’il avait entendue, il comprenait combien peu il avait été bienveillant pour la sœur de Rose, qui méritait tant d'affection. Son premier mouvement le porta vers elle lorsque, succombant à tant d'émotions, la pauvre Marguerite tomba sans mouvement.

— Ma pauvre nièce, ma chère enfant, disait-il, elle est si sensible, si bonne! Et pendant qu’on la transportait dans sa chambre : J’ai voulu vous ménager une surprise, dit-il à tous ses amis rassemblés autour de lui : auriez-vous supposé que cette jeune fille, si timide, possédât un talent si rare? Non jamais, n'est-il pas vrai? Eh bien, vous l’avez entendue, c’est une jeune fille

qui me fera honneur ; elle a un talent sublime. Puis continuant son rôle, et pressant la main du bon professeur : : Et vous aussi, monsieur, sans le saveir vous êtes entré dans mes desseins secrets; vous avez pris pour réels les reproches que je vous fai-

sais pour augmenter l’étonnement de toute

la compagnie; je savais bien que vous aviez fait une virtuose de l’une de mes nièces.

Ah! ah! je serais bien content, bien satisfait, sans la fatale catastrophe qui termine la soirée !.…

Et les amis ne compre enaient pas trop le sens de toutes les paroles du maître de la maison ; mais le professeur se disait tout bas :

— Puisse ce cœur dur et orgueilleux s’attendrir enfin pour la vertueuse Marguerite!

Tout le monde se retira, en témoignant le plus vif intérêt sur la santé de la jeune musicienne, en se promettant bien de venir l'entendre encore.

Resté seul, M. Dermont réfléchit aux évé-

nements de cette soirée; Rose ne tarda pas

d’accourir vers lui. — C'était donc Margue-

rite que j'avais entendue, et non toi, lui dit-il, mon enfant; que ne le disais-tu, tu aurais évité à ton oncle bien des humilia- {ions ce soir.

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— Mais, mon oncle, dit naïvement la jeune fille, ne m’aviez-vous pas fait entendre souvent qu’on pardonne tout à celle qui est jolie?

— Sans doute, mon enfant, la beauté est un des premiers avantages de la femme, et malgré ton ignorance en musique, tu l’emporteras toujours sur ta Sœur; mais avoue que nous étions tous deux fort ridicules ce soir. Enfin, grâce à mon esprit adroit et subtil, j’ai pu tout concilier, je m’en suis tiré avec honneur; qu’il ne soit plus question de cela; va, tu n’en seras pas moins, et toujours, la belle Rose, la nièce bien aimée de mon cœur.

C’est ainsi que, par de coupables iouanges, M. Dermont nourrissait chez sa nièce un orgueil excessif, et qu’il étouffait peut-être en soname toutgermede sensibilité et deraison.

— Monsieur, dit en ce moment Rosine éplorée, mademoiselle Marguerite, à peine revenue de son évanouissement, a le délire, et je crains. .…. |

— Il faut courir chez notre decteur, interrompit M. Dermont, qu’on ne ménage rien, je veux que Marguerite soit sauvée.

Et la bonne servante sortit pour remplir les ordres de son maître.

— A1 — = Mon enfant, témoigne désormais plus

d'affection que par le passé à ta sœur : le

monde est un juge sévère, il finirait par nous condamner, si Marguerite venait à succomber; nous l’avons maltraitée jusqu’à ce jour, je veux qu’elle nous accompagne partout: elle ne pourra que nous fairé honneur. . :

Et tous deux alors s’acheminèrent vers la chambre de Marguerite.

La pauvre enfant était toujours sans mouvementsursonlit. Rose pritunedeses mains, essaya des’en faire entendre en lui adressant les plus tendres paroles; mais c'était en vain, Marguerite était toujours pâle et immobile. |

Ce ne fut qu’à l’arrivée du médecin qu’on reprit quelque espérance. Attribuant l’état de Marguerite à une sensibilité nerveuse trop fortement excitée par une émotion violente, le savant docteur n’y vitaucün danger. Ménagez-la , dit-il, c’est une ame tendre qui pourrait se briser tout à fait à lamoindre émotion. Et deux jours après, ainsi que nous Vavons vü au commencement de ce chapitre, Marguerite sortit de sa longue Lorpeur. L'enfant s’éveilla à une vie heureuse et nouvelle; Rosine ne verait-elle pas

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de lui donner l’assurance qu’elle était aimée. . Depuis cette époque, la position de Marguerite fut changée : Rose lui témoigna une tendresse inaccoutumée, et M. Dermont luimême ne se lassait pas de louer, d’exalter son talent ; il en aurait fallu moins encore, pour.effacer complétement de ce cœur reconnaissant, toutes les souffrances du passé.

Nous voilà revenus au commencement de cette histoire. C'était quelques jours après ce bal, où malgré les instances de Rose pour y entrainer Marguerite, celle-ci avait trouvé préférable de consacrer l'argent destiné à sa toilette à un pauvre vieillard malade, qui habitait une mansarde dans l'hôtel de M. Dermont.

La santé de Rose, qui avait causé tant d’inquiétude à son oncle, s’améliora chaque jour; bientôt de fraîches couleurs vinrent effacer cette pâleur qui s’était répandue sur son beau visage; Rose enfin, au sortir de cette longue et douloureuse maladie, semblait plus jolie que jamais; et M. Dermont, en contemplation devant la jeune et belle convalescente, ne croyait avoir plus rien à désirer pour compléter la félicité dont il jouissait.

Les réunions, les fêtes recommencèrent,

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