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au u grand déplaisir dela modeste Marguerite, qui se trouvait maintenant obligée d y figurer au premier rang.
Pauvres humainsquenoussommes! C’est alors que nous croyons àun bonheur parfait, c’est quand autour de nous toutrayonne et resplendit, et que notre étroite intelligence embrasse un long avenir, que l’espoir sait nous tracer en couleurs séduisantes ; eh bien! C’est alors que par un de ces calculs d’en haut, par une volonté céleste, tout à coup nous sommes précipités du faite de toutes nos grandeurs , dé toutes nos espérances, dans un effrayant abime de douleurs et d’angoisses. Hélas! dans ce que les misérables impies appellent le hasard, Dieu se plaît quelquefois à déjouer toutes les combinaisons des hommes : à l’orgueilleux, il envoie l’abaissement et l’humiliation; à l’humble de cœur, là gloire et les
honneurs. Malheur à l’insensé qui brave la
volonté suprême! Oh! malheur à celuiqui n’amasse pas en son cœur des trésors de sagesse! ce sont les seuls qui ne nous sont point enlevés sur la terre, les seuls que nous emportons , alors que, dépouillés de tout, nous comparaissons en cas du souverain juge.
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M. Dermont ne supposaif pas qu’en quelques minutes, sa position pouvait lui être enlevée. Depuis vingt-sept ans, attaché au gouvernement par un emploi honorable et lucratif, il s’endormait paisible au sein de son bonheur, sans prévoir que la calomnie, cette arme qui frappe dans l'ombre, et dont les blessures sont incurables, que la jalousie, qui ne dort jamais, pourraient frapper d’un seul coup son existence. Ah!
si plus prudent, moins vain, moins orgueilleux, au lieu du fastueux étalage de sa richesse éphémère , M. Dermont eût cherché le bonheur dans une vie simple et retirée, s’il eût été le bienfaiteur des pauvres qui recoururent souvent à lui, et qui souffrirent de ses cruels dédains, sienfin des qualités solides lui eussent acquis des amis, il eût trouvé des cœurs dévoués, et des consolations au temps de l’adversité ; il eût surtout trouvé desressources dans unesageéconomie.
Un jour que Rose et Marguerite, seules dans le salon, attendaient leur oncle, resté dehors plus longtemps quede coutume, tout à coup il rentra : son visage est livide de pâleur, ses traits sont altérés, ses vêtements sont dans le plus grand désordre, et révèlent le trouble de ses esprits.
— Laissez-moi, dit-il en repoussant ses pièces, qui à sa vue, pressentant un malheur, s'étaient involontairement rapprochées de lui, Laisner-moi je suis un homme perdu , ruiné.
— Que dites-vous, mon bon oncle, s'écria Er Ah! revenez à vous, de grâce |
— Oui, je suis ruiné, vous dis-je, s’écriat-il avec plus de force; de misérables imposteurs m'ont perdu; de faux rapports ont
été faits sur mon compie; on m'accuse, et l’on ne veut pas écouter ma justification.
Quelle honte! l’ignominie, la misère, jen’ai plus rien.…….! Et le malheureux versait des
torrents de larmes. O mon Dieu! dit-il en
joignant les mains et les tordant de désespoir, mon Dieu ! prenez ma vie, ne me laissez pas pauvre et méprisé sur cette terre; faites-moi mourir |
Ainsi cet homme, qui n’avait vécu jusque-là que pour le monde, cet homme qui n’avait jamais songé à Dieu, se trouve sans force et sans courage en face de l’adversité ; et si le nom sacré de Dieu arrivesur
ses lèvres, s’il l’invoque, s’il le prie, cette
prière est une nouvelle offense. Faites-moi mourir, dit-il! et il ne lui vient point à la
pensée qu’il ne doit pas se présenter au tribunal de Dieu, avant d’avoir purifié son ame par la mortification et le repentir! pe malheureux oublie l'éternité !
Ce fut surtout Rose qui frémit en envisageant pour la première fois un long avenir de misère et de privations.
— Mon bon onele, dit-elle, j'avais toujours pensé que ce bel hôtel vous appartenait: ceserait là une grande ressource; pourquoi vous affliger si fort?
-— Mais tu es dans l’erreur, malheureuse enfant; cet hôtel n’est point ma propriété; et ne pouvant plus désormais en payer la location, il faudra fuir. Je n’ai rien, plus rien, te dis-je. Plus de fêtes, plus de toilette, ma pauvre Rose! O mon Dieu! que je souffre !
— Mais, mon oncle, vous avez des anis, reprit la jeune fille : ils viendront tous à votre secours.
— Des amis! dit M. Dermont avec un sourire empreint d’amertume; des amis!
en reste-t-il à celui qui n’a rien! Rose, nous sommes bien malheureux! Et ses larmes recommencèrent à couler.
Mais Marguerite est restée silencieuse et pensive devant un si grand malheur. Sou-
fÈT = dain une joie pure et céleste anime le regard qu’elle porte sur son oncle, sur sa
sœur; c’est qu'à l'instant vient de surgir
dans son esprit une pensée noble et généreuse, sous laquelle elle se sent grandir; elle se croit capable d’entreprendre l’impossible. — Ah! mon oncle, ne vous afiligez plus, dit l'enfant tout émue; nous pouvons être heureux encore. £
— Insensée! le bonheur, je ne puis plus le connaître, répondit M. Dermont; quel espoir voudrais-tu me donner?
— Mon oncle, je travaillerai. Vous avez semé : n'est-il pas de toute justice qe vous recueilliez ? |
— Oui, dit-il, tu me donieras das pain.
Marguerite garda le silence, tandis que Rose, découragée, tomba dans les bras de son oncle, pour confondre sa douleur stérile avec la sienne; et la pauvre Marguerite, après leur avoir donné encore un regard,
sortit précipitamment du salon.
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