‹ Louise et VictorineChapitre 27 sur 28 · TR · texte numérisé non relu

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— 195 —" utiles dans la maison réclament tout mon temps : il faut savoir se priver d’un plaisir en faveur d’un devoir. Mais tu serais dans

une grande erreur, Rose, si Lu pensais

qu’elle me fût devenue indifférente. Oh!

non, jamais, vois-tu ! Ma harpe est la source

de mon bonheur; ma harpe, semblable à

celle de David, pourra produire quelque bien ; elle doit marquer dans mon existence; elle m'inspire, me charme, tout en me faisant accomplir une tâche sacrée, lout en me traçant une mission sainte. Mais ce que je te dis, ma sœur, te semble peut-être

étrange, exalté, puisé dans une imagina-

tion poétique. Eh bien! non; tu verras, {tu verras: et de douces larmes humectaient la paupière de Marguerite. |

__ Tu es en effet bien singulière, ma

pauvre Marguerite, dit Rose avec un sourire dédaigneux. Puis, se tournant vers une petite glace, seul ornement de la cheminée

de leur chambre, lajeuneinsensée s’occupait encore de toilette, et laissait librement s'ex-

haler les regrets de ne plus posséder ces

élégants colifichets, sans lesquels la vie lui

devenait insipide et insupportatable.

Un an tout entier venait de s’écouler depuis la ruine de M. Dermont, et aucun de

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ceux qui l’adulaient dans sa prospérité n’avait cherché à se rapprocher de lui. Cette indifférence, si commune cependant, lorsque c'est l’orgueilet l'intérêt qui sont la based’une liaison, étonnait pourtant autant qu’elle affligeait M. Dermont. « Les misérables! disait-il souvent, alors qu’il souffrait plus vivement de sa solitude, Les misérables! ils n'aimaient donc en moi que le plaisir que mon or leur procurait ! »

Un seul espoir restait à cet homme, un seul, et c'était sur la beauté de Rose qu’il le fondait. « Elle est vraiment belle, pensait-il; il est impossible que tôt ou tardelle ne soit pas remarquée : un riche mariage l'attend. Ah! si un jour je parvenais à reconquérir quelque fortune, quelque considération, combien il me serait doux, à mon tour, d’humilier ceux qui m'ont oublié au temps le plus affreux de ma vie!

Et Marguerite n’était comptée pour rien dans ses projets d'avenir, dans ses secrètes éspérances, malgré tous les soins de cette excellente fille pour adoucir l’infortune de son oncle. Malgré sa résignation angélique et tous les témoignages d'amour qu’elle ne cessait de lui prodiguer, le vieillard s’obstinait à la repousser de son cœur. M. Der-

: — 197 —— mont était malheureusement un de ces hommes dont l'esprit vain et étroit ne sait apprécier dans une femme qu’ un €xtérieur séduisant, comptant pour peu de chose les qualités précieuses de lame. Marguerile, avec tous ses ayaniages, son talent sublime, n’était, selon lui, qu’une pauvre fille qui devait ee À à tout établissement.

Marguerite ne s’inquiétait nullement de ce qui l'avait désespérée dans un autre temps. Cette préférence accordée à Sa sœur, et qui se trahissait sans cesse dans ces mille riens qui n’échappent point à des yeux intéressés, ne l’affligeait plus; la jeune fille, tout entière à ses graves occupations, à la mission qu’elle accomplissait journellement, se trouvait heureuse dans sa ésetes actuelle.

Un soir que l'heure du dîner oi de sonner et que Marguerite n "était point rentrée, M. Dermont s’aperçut pour la Press fois de son absence.

— Quoi ! dehors tous les él dit-il avec colère à Rose, qui l’avait instruit des fréquentes sorties de sa sœur; et où va-t-elle?

que fait-elle? |

— Ah! je l’ignore, mon oncle; Margucrite a des secrets. |

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— Elle a des secrets? continua-t-il; je la forcerai bien à me les communiquer, l’ingrate! et son front se plissa, la colère anima ses yeux. $

Marguerite arriva en ce moment: elle avait entendu les derniers mots de son on- 2 cle. Émue, elle le considérait avec tendresse; elle tenait quelque chose que sans doute elle voulait cacher sous son manteau.

L’aimable enfant n’osait parler. Son cœur semblait vouloir se briser, tant il battait avec violence; dans ses yeux il y avait des larmes.

— Mon bon oncle, grâce, pardon, ditelle enfin, en se prosternant aux pieds de M. Dermont.

— Ah! vous êtes coupable! vous osez l'avouer, mademoiselle! vous ne rougissez point? Retirez-vous; il ne me manquait plus que cette infamie.

Rosine était accourue aux accents de Marguerite. Rose se taisait. M. Dermont était agité d’un tremblement nerveux; Marguerite éclata en sanglots.

— Écoutez, mon oncle, je vous en conjure. Ah! ne me repoussez pas! Acceptez, acceptez cet argent ! Et l’artiste déposait sur les genoux de son oncle un sac renfermant mille francs,

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be l'argent ! s’écria-t-il.

__— Mille francs, et pareille somme tous les mois, mon oncle.

— Qu’entends-je? :

__ Yotre bienfaisance devait être récompénsée. Vous recueillez, mon oncle, le bien que vous avez semé. :

— Et cet argent est le prix? ;

— pes leçons de harpe que je donne en ville chaque jour. Je suis professeur, mon oncle, dit Marguerite avec une noble dignité: je suis artiste!

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