‹ Louise et VictorineChapitre 4 sur 28 · RARES · texte numérisé non relu

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— Te venger! s’écria Louise: c’est mal, ma sœur. Et de quoi? De ce que des personnes charitables ont bien voulu nous servir en nous donnant de louvrage; car, n’en doute pas, Victorine, c’est lon amour-propre, ton orgueil blessé qui te fait prendre pour des moqueries ou du dédain le sourire bienveillant que l’on accorde quelquefois à notre malheur. Si notre père nous est rendu, et avec lui, quelque fortune, je penserai toujours avec reconnaissance à ceux qui ont bien voulu m’honorer de leurestime et de leur confiance; et si jamais je deviens riche, j’emploierai mon argent à faire des

heureux, parce que je suis persuadée que

l’on doit jouir doublement, lorsqu’ on peut partager ce que l’on ue

Victorine secoua la tête, et ne dit plus rien ; et Louise soupira tristement.— Voilà la chandelle qui s'éteint : mon petit bonnet est terminé, dit-elle; viens, ma sœur, ilesttemps de faire notre prière et de nous mettre au lit.

Pendant que ces deux jeunes filles , d’un caractère si opposé, vont goûter les douceurs du sommeil, nous allons esquisser l’histoire de leurs jeunes années.

La mère de Louise et de Victorine était devenue l’épouse d’un peintre, qui n’avait

pour fortune que son talent ; mais pour être à l’abri de l’indigence, pour jouir du fruit de ses travaux, il fallait se faire un nom, se faire jour à travers cette foule innombrable d'artistes, qui, dans la capitale, luttent et rivalisent d’émulation. Hélas ! il resta ignoré, parce que sa pauvreté fut un obstacle qui l’empêcha de se produire, comme bien d’autres plus heureux, et que nul ne lui tendit la main pour l’aider à marcher dans cette voie difficile où il s'était engagé. À cette douloureuse époque de sa vie, M. Raymon serait peut-être mort de désespoir, sans les douces consolations que ne cessait de lui prodiguer sa vertueuse compagne. — Vois ces enfants, lui disait-elle quelquefois, en lui montrant Louise et Victorine ; voudraistu, si tu te livrais ainsi à un fatal découragement , succomber à ta douleur? Voudraistu les laisser seules dans le monde, sans famille, et sans appui? Penserais-tu que je pusse te survivre, si tu venais à me manquer, toi, qui es mon bien, ma force dans ces moments désespérés, où nous sommes livrés à la plus affreuse misère ? Oh non! je mourrais aussi. Alors elle s’emparait des deux pauvres petites, les déposait sur les genoux de l'artiste, et elle enlaçait de ses bras ce

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