‹ Louise et VictorineChapitre 5 sur 28 · NS QU · texte numérisé non relu

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groupe si cher à son cœur. Le père alors, doucement ému, oubliait les mécomptes qu'il éprouvait, les déceptions qui déchiraient son cœur; il oubliait tout, hors les chers objets de sa tendresse; des larmes de bonheur coulaient de ses yeux, et souvent dans son enthousiasme, il s’écriait : — Pardonnez-moi, mon Dieu! si j’ai murmuré : je suis un aisérable ingrat; toutes les richesses du monde ne valent pas l'amour de ces douces créatures.

C'est du sein de la misère que naissent toujours les résolutions les plus énergiques. Un jour, après avoir longtemps rêvé : —Amélie, s’écria l’artiste en attirant vers lui son épouse, aurais-tu le courage de supporter mon absense pendant l’espace d’une année ?

Ce temps me suffira pour faire le voyage Jevenu nécessaire pour changer notre cruelle situation. J'ai la certitude de te rapporter des richesses. Dis, le veux-tu ?-

— Tu veux donc partir, nous laisser seules ici? répondit la pauvre mère en jetant un regard empreint d’une indicible tristesse sur ses enfants, jouant autour d’elle avec l'insouciance heureuse de leur âge.

— Qui, je doiste quitter, reprit l'artiste,

mais c’est dans le but unique d'assurer no-

— M — tre avenir. Écoute : iu sais que je suis né au-delà des mers, én Amérique, et que mon père fut ainsi que moi dominé par la passion des arts. Pour s’y consacrer toul entier, àl quitta $a patrie, et vintà Paris avec oi. Souvent, dans mon enfance, et alors qu’une déceptian rongeait son cœur, je l’entendis me dire : = lei, mon fils, le tra- -vailet la misèré; là-bas, à la Martinique, le repos et la richesse. Que mon exemple te serve de lecon. J'ai tout sacrifié à mon amour .de la gloire, Si tu te sens abattre un jour par le désespoir, eh bien ! une ressource Le reste : traverse les mers, et va récueillir V'inmense fortune de mon frère, de ton oncle, Et il mourut, mon pauyré père, ne me laissant pour héritage que son malheur ‘et son talént. Les ärits que je eultive avec idolâtrie, m’empéchèrent pendant bien longtemps de me souvenir des avis de mon père ; l'espoir me soutenait : l’espoir , vois-tu, fait vivre certaines ames fortement trempées.

Plus tard, tu ne dédaignas point de parta- gèr ma pauvreté eh m’acceptant pour époux; tu vins, toi, ma pauvre Amélie, ranimer mOn courage prêt à s’éteindre , embéllir les tristes journées de l'artiste. Mais, à celte heure, : motre famille s’est accrue, de nouveaux:de-

voirs me sont imposés; et ne serais-je pas bien coupable, si je m’obstinais à persévérer dans l'étude des arts, et si j'allais sacrifier à ce goût qui m'entraîne vers eux, notre avenir à tous ? J’y suis décidé, il faut que je parte; je t’en conjure, ne va pas, par le spectacle de tes larmes et de ta douleur, amollir ma résolution déjà bien douloureuse, Accepte cette séparation qui ne sera pas longue, je te le jure, comme un sacrifice imposé à ton amour maternel. Et il se fit un long et triste silence, après lequel la raison devint triomphante,

— Pars donc, mon ami, s’écria madame Raymon en retenant ses sanglots, pars, et surtout hâte ton retour, si tu ne veux pas te retrouver encore une fois seul sur la terre. Et peu de jours après, l’artiste s’embarquait sur un vaisseau faisant voile pour la Marlinique; et la pauvre mère, en proie à la plus amèretristesse, demandait au ciel force

et résignation pour subir cette nouvelle ‘epreuve.

Mais bientôt la plus affreuse nécessité l’obligea à se défaire de ses bijoux, de ses meubles : elle loua une mansarde, s’y établit, et chercha de l’ouvrage pour subvenir à ses besoins journaliers. Le temps fuyait, ses

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