‹ Louise et VictorineChapitre 8 sur 28 · DER · texte numérisé non relu

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bitant la campagne depuis plusieurs années, il n’avait eu occasion qu’une seule fois de voir madame Raymor; mais par l’exactitude qu’elle avait apportée, malgré sa profonde misère, à satisfaire à ses engagements , il avait conçu la plus haute opinion de sa conduite et de son honnéteté. Il n'avait Ro appris son décès, eb se trouvant à Paris à l’époque du terme, il éprouva le désir de la revoir , bien décidé à la questionner sur sa véritable situation, car uñe sorte de respect pour son malheur, une estime profonde, avaient bien souvent, dans son ame, plaidé la cause de madame Raymon; et il voulait, car la bienfaisance était pour lui un impérieux besoin, il voulait tâcher de lui devenir utile.

— Bonjour, mes enfants, dit-il donc en se présentant inopinémenñt dans la mansarde, et en contemplant Louise et Victorine travaillant avec activité. :

Et Louise se leva avec timidité, et offrit une chaise à l'étranger ; puis elle se rassit aussitôt, et reprit son ouvrage, non sans éprouver une sorte d'inquiétude et d’embarras de la visite inattendue d'un homme qu ’elle né connaissait point.

— Ma chère petite, dit avec dpiioene

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M. Bernard, votre mère est donc sortie. À ces mots qui réveillent dans le cœur de Louise tant d'émotions profondes et de souvenirs déchirants, la pauvre enfant pâlit et répond en tremblant : Ma mère ! vous ne savez donc pas, monsieur, que depuis deux mois, nous n’avons plus le bonheur de la posséder !

— Quoi ! elle n’est plus, elle est morte!

s’écria l'homme sensible. Et Louise ne répond que par des sanglots.

— Mais vous avez encore votre père, ma:

petite amie?

— Nous ignorons son sort, monsieur; il est mort sans doute aussi.

— Ainsi vous êtes seules au monde ?

— Seules, dit Louise.

Pauvres enfants! votre malheur m'intéresse ; et qui donc fournit à vos besoins ?

— C'est cela, tenez; et Louise montrait son aiguille, tandis qu’un gracieux et mé-

lancolique sourire se dessinait sur ses lè-

vres.

O mon Dieu ! s’écria le pieux et bienfaisant M. Bernard, laisserez-vous tant de vertus sans récompense? Savez vous bien, mon enfant, dit-il à Louise, que vous êLes unëé angélique petite fille ? Et pour mieux çCon-

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ed — naître celle qu’au fond du cœur il jura de protéger, il continua :

— Dites-moi, mon enfant, dans votre sage prévoyance de toutes les choses de la vie, avez-vous songé quelquefois que vous aviez aussi un loyer à payer, et qu’il vous faudrait bien des fois tirer l’aiguille, avant que d’avoir pu réaliser une somme assez forte pour satisfaire votre propriétaire? car je ne réponds pas qu’il puisse consentir à vous garder, si vous ne lui payez pas le prix de votre location... Eh bien!

ma petite amie, vous gardez le silence, vous ne répondez point ? vous pâlissez ?

— Oh! je n’y avais pas songé, s’écria Louise toute tremblante; mon Dieu! mon Dieu ! comment donc faire? C’est désolant ce que vous dites là, monsieur.

— Vous ignorez peut-être aussi que c’est aujourd’hui que vous devez recevoir l’ordre de payer votre terme.

— Aujourd’hui, dit Louise, en se levant avec effroi, aujourd’hui! O monsieur, connaissez-vous notre propriétaire..? Indiquezmoi sa demeure. Ah! s’il est sensible, s’il a de la pitié pour les pauvres, il sera touché de ma position. Oh! tenez, dit-elle en se jetant aux genoux de M. Bernard, je lui di-

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rai ainsi : Prenez patience, monsieur, âccordez-moi un délai; je vous apporterai de l'argent, allez, vous pouvez comp ‘er sur ma parole, quoique je ne sois qu'une enfant, je hais le mensonge, Croyez-vous, monsieur, qu’il puisse me refuser si je m’exprime de la sorte? Et Louise versait des torrents delarmes. — Relevez-vous, mon enfant, s’écria M. Bernard vivement émuetenattirant Louise dans ses bras. Il vous l’accorde, ce délai que vous souhaïtez : n’avez-vous donc pas compris, enfant, que c'est moi qui suis votre propriétaire ?

— Se peut-il? monsieur; quel bonheur!

que de reconnaissance je vous dois! Oh! je vous paierai bientôt.

— Ne vous tourmentez pas désormais, je n’exigerai jamais rien de vous, mon enfant : le plus doux des priviléges que donne la fortune, c’est la faculté de pouvoir adoucir le sort de ceux qui ont besoin de nos secours. Pardonnez-moi, de vous avoir mise à l'épreuve en vous faisant enyisager le malheur qui vous serait arrivé, peut-être, si le hasard vous eût placée dans une autre maison que la mienne. Recevez cette pièce d'or; comme un témoignage de mon estime ei de mon admiration.

Mais Louise repousse aussitôt la main généreuse que se tendait vers elle, et son joli visage, que tant de souffrances ont pâli, se couvre d’une noble rougeur.

—- Gardez, gardez votre or, dit-elle; maman disait que l’on ne devait accepter de l'argent que lorsqu'on l’Avait gagné par son travail, et je n’ai rien fait pour vous, monsieur.—Cette candeur de sentiment vous honore sans doute, aimable enfant, reprit M. Bernard, mais si voire vertueuse mère vivait encore, je suis certain qu’elle vous dirait : |

Ma fille, nerejette pas le don de l’amitié et del’estime; ce refus affligeraitton bienfaiteur!

Elle vous dirait cela, votre mère. Et dites, seriez-vous maintenant assez peu généreuse pour me ravir le bonheur de vous être utile ? Je veux devenir votre ami, c'est à ce titre sacré que je vous supplie d'accepter ce que je vous donne de si grand cœur. | ..

— Oh! né vous fâchez pas, monsieur, s'écria Louise; j'accepte, j'accepte, et je vous réinercie !

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