I. On a vu que le duc de Cliâteauvillain mourut en t
conscience scrupuleuse. Il se souciait peu de donner à l'enfant une belle-mère, et il craignait à lui seul de ne pouvoir lui inculquer les principes d'une éducation suffisamment chrétienne'. Bien qu'il lui en coûtât, il se décida donc à se séparer d'elle malgré son jeune âge et à la confier, dès maintenant, aux soins des religieuses ^ La marquise de Saluées, dame d'honneur de sa mère, fut mise auprès d'elle; la marquise de Sourcy fut attachée à sa personne en qualité de gouvernante, et on chercha la maison qui conviendrait le mieux à sa condition de très jeune orpheline. Il y avait bien Panthemont, C'était là le couvent à la mode, mais on y respirait je ne sais quelle atmosphère de monde et de plaisirs qui mit le bon prince en émoi. Il préféra pour sa fille un couvent plus modeste, situé à la porte de Paris et assaini toutefois par l'air vivifiant et salubre de la campagne voisine. C'était l'abbaye royale de Montmartre.
Fondée par la reine Adélaïde femme de Louis VI le Gros, la vieille abbaye avait eu ses jours de décadence et de réforme. Les temps étaient passés où le désordre y était si grand que les pauvres
1. FoRTAiRE : Op. cit. Delille : Journal de la Vie de S. A. R. la duchesse d'Orléans douairière. Paris, 1822. Bien qu'il soit écrit sur le ton de l'apologie perpétuelle, cet ouvrage d'un secrétaire intime de la princesse est une source excellente.
2. L'entrée d'une princesse de l'âge de M^^ d'Yvois au couvent avait d'ailleurs des précédents. En 1788, Louis XV envoya à l'abbaye de Fontevrault ses cinq iilles. Madame Adélaïde était âgée de six ans, Madame Victoire de cinq ans, Madame Sophie de quatre ans, Madame Félicité de deux ans, et Madame Louise n'avait pas même un an. Elles n'y reçurent jamais la visite de leur royale famille.
religieuses étaient contraintes pour vivre de mener paître leurs vaches sur la butte', tandis que leur abbesse, M°^^ de Beauvilliers, de mémoire un peu trop gaie, témoignait à Henri IV une bienveillance allant peut-être jusqu'à l'excès. Depuis lors, lèvent du jansénisme, dont on a dit parfois trop de mal, car il eut, au moins, de salutaires effets sur les mœurs conventuelles, avait souftlé là, et une sage administration avait remis le bon ordre dans les affaires de la maison, dont l'abbesse était toujours choisie parmi des femmes de condition, prudentes et sages. Grâce à l'une d'elles, véritable femme d'affaires, M^^ de Rochechouart-, le couvent s'était relevé de ses ruines dès le début du xaiif siècle, au point d'offrir cinquante ans plus tard, aux yeux du duc de Penthièvre, l'aspect d'une maison honnête, bien tenue et sans luxe excessif.