s AU VAL : Histoire de Paris
La première abbaye de Montmartre était située en haut de la butte près de Téglise Saint-Pierre. Elle devint plus tard la maison conventuelle, résidence de l'abbesse. Louis XIV édifia un second monastère à mi-côte sur le versant descendant vers Paris, « entre le chemin de Paris et un mur voisin de l'enclos du Calvaire ». La résidence de l'abbesse y fut réunie (Chéron- NET : Histoire de Montmartre, i843).
2. M^^ de Rochechouart avait obtenu le i4 février 1718, des bonnes grâces de la duchesse d'Orléans, dix actions du système de Law, qui produisirent 8.902 livres en papier pour payer les dettes de l'abbaye (Ghéronnet : Op. cit.). L. Emilie de la Tour d'Auvergne (1727-1737) lui succéda. Leur souvenir et celui des abbesses qui suivirent sont restés longtemps vivants à Montmartre. Mais, à l'heure actuelle, les Parisiens sont rares qui songent que les rues de Rochechouart, de La Tourd'Auvergne, de La Rochefoucauld et de Laval rappellent les dernières abbesses de Montmaitre et que la rue de la Tourdes-Dames traversait le champ dans lequel était édilié leur colombier.
L'abbesse alors en charge était tout à fait digne de lui plaire et de lai inspirer confiance. Issue d'une forte race, qui brillait alors dans l'Église comme dans le siècle, Catherine de La Rochefoucault-Cousage était en exercice depuis le 8 juillet 1^37 ^ C'était une femme d'expérience, religieuse par inclination, c'est-à-dire pieuse; très ferme, un peu sévère, nettement opposée aux plaisirs mondains et à l'esprit philosophique. Par ailleurs éducatrice aussi habile qu'on pouvait l'exiger alors et administratrice de premier ordre -.
Le duc de Penthièvre lui remit donc sa fille, certain qu'auprès d'elle M^i^ d'Yvois ne saurait, dans la suite, rencontrer de mauvais exemples. Il ne forma pas de « maison » à l'enfant et, gardant iNl^^ de Saluées auprès de lui, il n'envoya à Montmartre que M^^ de Sourcy, qui s'enferma bénévolement dans le cloître. Une seule personne fut attachée au service de la petite pensionnaire en qualité de femme de chambre : ce fut Mlle Marie- Jeanne de La Noue, dont la famille devait plus tard lui donner bien des preuves de dévouement. W^^ de La Noue ne la quitta point. Elle mourut à Montmartre, l'année même où la princesse en partit, et son attachement à
1. Catherine de La Rochefoucauld appartenait à la branche des comtes de Cousages, détachés des seigneurs de Chaumont, rameau de la branche de Barbezieux, issue d'un lils cadet de François comte de La Rochefoucauld. Elle était la tante du comte de Cousages, vice-amiral de France sous Louis XVI, l'un de nos bons marins français. Elle est enterrée à Saint-Pierre de Montmartre.
2. Chéronnet : Op. cit. Communications de M. le comte Aimery de La Rochefoucauld.
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sa maîlresse et aux « Dames » — c'est ainsi qu'on nommait à Montmartre, où elles étaient très estimées, les bénédictines du monastère — lui valut les honneurs de Finhumalion dans leur église ^
L'éducation publique présente parfois pour les princes certains avantages sur l'éducation privée. Le contact de camarades leur donne une plus juste connaissance de la vie, et n'en fait point d'éternels isolés comme ceux qui sont élevés loin du monde, par des gouverneurs et par des gouvernantes. Il est très probable qu'à Montmartre, M"e de Penthièvre — c'est ainsi qu'on l'appela dès lors — conçut le culte de l'amitié qui devait la caractériser pendant sa vie tout entière, et elle commença là à former des liens très doux avec des jeunes personnes bien nées, mais de condition inférieure à la sienne. Plusieurs de ses compagnes demeurèrent plus tard ses amies. Notons parmi celles qu'elle connut au couvent lorsqu'elle eut atteint l'âge raisonnable : Mlles de Montmorency Laval, de Saint-Simon, de Breteuil, Joly de Fleury, d'Aigremont, de Beaumont, Talon, Hocquart, de Montferrand, de Combreux, du Dreneuf, de La Grange, de Yarennes, de Cayla, de Boubers, de Thieuville, de Saint-Cha-
I. On lit dans le Registre des actes mortuaires de V Abbaye de Montmartre (Collection Pahent de Rosax, Manuscrit, t. LII, f*' 33a, mairie du XVI' arrondissement de Paris) cette mention : « Le 12 juillet 1769 [mort de] M''^ Marie-Jeanne La Noue, femme de S. A. S. M''^ de Peinthièvre (sic). Elle a été enterrée dans notre cloître de Montmartre, lieu de notre sépulture. » M"^ La Noue ou de La Noue devait appartenir à la famille de La Noue qui, pendant la Révolution, reçut la duchesse d'Orléans à l'abbaye de la Joye, près Nemours.
mans, etc '. Parmi les élèves du monastère, beaucoup appartenaient à la noblesse moyenne. Le prix de leurs pensions variait de 200 à 600 livres par an, tandis qu'à Panlhemont on ne payait jamais moins de 800 livres.
Une des pensionnaires les plus fortunées ^ de Montmartre était M^i^ de Montigny, qui, âgée de deux ans de plus que M^^ de Penthièvre, entra en même temps qu'elle au couvent. A peine balbutiaient-elles toutes deux leurs premières leçons, qu'elles devinrent inséparables. Ce fut plus tard, entre elles, une de ces affections rares, cimentées au temps des absences par une correspondance quotidienne S et que seule la mort de la princesse devait dénouer après soixante ans au moins d'existence. Aucun nuage sérieux ne troubla jamais ce sentiment mutuel. M^e de Montigny était douce, bonne, et déjà aussi dévouée qu'une enfant peut l'être à sa petite amie \ Elle était la confidente de ses chagrins et de ses plaisirs innocents, comme elle le sera plus tard de ses joies et de ses déboires
1. Ces élèves étaient pensionnaires à Montmartre de 1760 à 1770 environ (F. de Guilhkrmy : Montmartre, 1906. R. P. Jox- QUET : Montmartre, s. d., et Journal des recettes de V Abbaye de Montmartre. Collection manuscrite Parent de Rosan, t. LU).
2. Compte des recettes de l'abbaye de Montmartre, 1765-1770. Archives de la Seine, C. 537.
3. Mlle de Montigny payait 700 livres par an. C'est, après la pension de M^i^ de Penthièvre, le chiffre le plus élevé des pensions (même source).
4. Cette correspondance a malheureusement dû être détruite, mais le souvenir en subsiste dans la postérité deM^'^ de Montigny, qui devint plus tard baronne de Talleyrand (Communication de M. le comte d'Antioche).