Moriolles : Op. cit., p
Rctmbouillet a été trop souvent décrit pour qu'il soit besoin d'y revenir'. On évoque aisément le charme disparu de cette résidence princière, dont les abords très fréquentés, avec ses nombreuses boutiques, ses auberges du Cygne, de la Truie qui tile et de la Croix blanclie, devant lesquelles les postillons royaux faisaient claquer leur fouet, formaient un ensemble pittoresque, vivant et joyeux ; on connaît le grand château flanqué de cinq tours et magnifiquement meublé, les écuries ornées de deux cent quatre têtes de cerfs tués dans les domaines, les quinconces de tilleuls qui abritaient les jeux des jeunes fils de la duchesse d'Orléans -, les avenues d'ypréaux et d'ormes qui formaient aux promenades du prince et de « ses filles » une splendide voûte de verdure, les miroirs d'eaux sur lesquels glissait le grand cygne dont Florian nous a dit :
Sa grande aile Fentraîne ainsi qu'un lent navire, II dresse son beau col au-dessus des roseaux, Le plonge, le promène allongé sur les eaux, Le courbe gracieux comme un profil d'acanthe Et cache son bec noir dans sa gorge éclatante,..
Tout cela était d'un charme très doux. C'était
1. Arnaud : La princesse de Lamballe. Lorin : Florian chez le duc de Penthièvre (Mémoires de la Société archéologique de Rambouillet, t. X). Lorin : Rambouillet. La ville. Le château (Idem, t. XIX). Sur les améliorations faites à Rambouillet par le duc de Penthièvre, on peut aussi consulter : Dblandine : Le Luxe des palais... ou Rambouillet. Paris, 1823. Moitié : Le château de Rambouillet, 1800.
2. La duchesse d'Orléans y venait tous les ans avec M°»2 de Genlis. Lorin : Op. cit.
un de ces paysages si ordonnés et si fins tels qu'on les rencontre seuls sous le ciel tendre et pâle de
rile-de-France Mais, bien qu'il goûtât les
charmes de la nature, le duc de Penthièvre préférait à tout cela, en sa qualité de grand veneur de France, les inestimables avantages de la forêt giboyeuse qui entourait Rambouillet ^ Aussi bien, son chagrin fut-il profond, lorsqu'en 1788, le roi Louis XVI fit comprendre au prince son désir irrésistible, et depuis longtemps mûri, de se rendre acquéreur de cette belle terre. Le duc de Penthièvre résista un peu, soupira beaucoup, mais son bon cœur et son respect pour la Majesté l'emportant sous sa douleur, il céda.
Comme Louis XVI lui disait que « l'acquisition de Rambouillet importait au bonheur de sa vie », le prince lui répondit :
— Sire, Votre Majesté a prononcé le grand mot; Rambouillet n'est plus à moi. Permettez-moi seulement d'emporter les ossements de ma famille...
Le sacrifice était dur. L'odyssée fut lamentable. Par une sombre journée de novembre, le duc de Penthièvre quitte Rambouillet, escortant neuf cercueils, qu'il a fait exhumer de l'église pour les transporter à Dreux. Il y a là les dépouilles de son père, de sa mère, de sa femme et de ses six enfants... Une foule énorme suit le convoi... Ce sont les pauvres de M. de Penthièvre, qui marche tête nue sous la bise... De temps à autre, « le duc
I. Le duché de Rambouillet et le château que le duc de Penthièvre avait considérablement embelli furent vendus seize millions de livres.
fait arrêter la marche, les pauvres gens se précipitent autour de leur bienfaiteur, et l'on pleure en famille au bord du chemin^ ». Le voyage est si cruel au prince, qu'il « tombe un moment anéanti et comme près d'expirer »... 11 ne reviendra plus jamais à Rambouillet.
C'est alors qu'il achète aux Rohan-Guéménée le château de Châteauneuf-sur-Loire, ce joli manoir si souvent remanié depuis, mais que flanque encore une tour dans laquelle Florian vint souvent travailler-. A Châteauneuf, où la duchesse d'Orléans séjournera en 1789, le prince, immédiatement, commence de grands travaux et, pour l'amélioration du sort des paysans, il construit des quais, et il introduit la culture du ver à soie.
Châteauneuf est loin de Paris. Il préfère donc cette résidence à celle de Sceaux^ où, cependant, il fait des travaux immenses. Mais, en vérité, il est dur pour le palais où la petite duchesse du Maine a tenu sa cour si brillante, pour les jardins magnifiques qui font l'admiration de l'Europe, et, non content de surnommer Sceaux le « Grand Diable », il l'appelle encore son cloaque . Ce n'est pour lui qu'un relai commode, une station de plus pour pérégrinations, et son Journal d'étapes prouve qu'il y séjourne rarement plus de quinze jours. Il y donne pourtant quelques l'êtes, auxquelles sa fille