I. MoRioLLES : Op. cit., p. i
Certes, le prince vivait comme un saint. Il imposait, par la dignité de ses mœurs et par son maintien grave à l'habitude, le respect à Louis XV lui-même. Et quand le roi le voyait venir au milieu de ses courtisans, dont les plaisanteries étaient souvent risquées, il s'écriait : — Taisonsnous, voici M. de Penthièvre.
L'atmosphère de la maison paternelle devait sembler à la duchesse d'Orléans bien différente de celle du Palais-Royal... Tous les huit jours, le duc de Penthièvre communiait — « même à la guerre ». Mais, par humilité, il communiait en dehors des dimanches et des jours de fête, afin qu'on ne le remarquât point. « Il avait besoin, nous dit son confesseur, l'abbé Lambert, d'être rassuré sur la crainte de déplaire à son Maître... car il n'eut jamais ou ne dut jamais avoir celle de l'avoir offensé. »
« Il m'a plusieurs fois répété, écrit encore l'abbé Lambert, qu'il ne se regardait que comme dépositaire de sa grande fortune et comme l'économe constitué par la Providence pour administrer des secours aux nécessiteux. »
Citer ici les actes de charité de M. de Penthièvre, examiner l'emploi du million annuel qu'il donnait aux pauvres, rappeler des anecdotes qui, sur ce chapitre, sont innombrables et monotones; raconter comment Louis XV le trouva un jour, en cuisinier, faisant lui-même la soupe des pauvres d'un de ses hôpitaux, afin qu'elle soit bonne, comment il disait aux mendiants : « Je vous remercie », lorsqu'il faisait la charité, serait sortir des bornes de
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cette étude Restons donc dans un des châteaux du prince et prenons-le au réveil :
Le bon duc de Penthièvre a un défaut. Il est coquet, et il lui serait très pénible de se montrer à quiconque en « petit déshabillé du matin ». Il a perdu ses cheveux assez jeune, et chaque matin il se fait soigneusement ajuster un faux toupet. Gela est un grand mystère, et personne ne doit assister à sa toilette avant qu'il soit posé. Sur l'article du vêtement, il est très magnifique, et les comptes de sa maison sont là pour en faire foi ^ . Citons quelques chiffres : En 1^65, il dépense pour sa toilette 10 900 livres, 9.609 livres 9 sols 4 deniers en 1766, 11.242 livres 14 sols l'année suivante et 8.820 livres i5 sols II deniers en 1768. Ces dépenses comprennent les comptes du tailleur, variant de 6 à i.5oo livres par quartier, payés avec une ponctuelle exactitude, ainsi que le brodeur, le marchand de bas, le ceinturier, le pelletier, le marchand de peaux, le marchand de dentelles, le chapelier du Roi, le maître cordonnier, le brodeur, la blanchisseuse et le marchand de soie.
N'empêche qu'il sait être économe. Il ne se perd point dans ce qu'il appelle la « menuaille ». Mais, ponctuel en tout, il avise à ce qu'aucune dépense soit inutile ; ses pauvres en souffriraient. Aussi, ne recule-t-il pas à faire remettre à sa taille des « vieux habits et des vestes des quatre saisons », quand, après des malheurs successifs, il a sensiblement maigri.