‹ Louise-Marie-Adélaïde de Bourbon Penthièvre, duchesse d'OrléansChapitre 129 sur 168 · Ce dialogue est rapporté textuellement par Governor Mor · texte numérisé non relu

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la table est toujours mise, permettent à la princesse de ne pas découvrir cette manœuvre, et on abuse de sa candeur dans des proportions véritablement excessives.

On assure même que la malheureuse princesse fut inconsciemment la cause d'un des plus graves incidents de l'époque :

Alors qu'au début de la tourmente, la multitude, en un jour trop fameux, se pressait dans les rues de Paris, cherchant une proie pour assouvir ses colères qui montaient, un détachement de cavalerie fermait malaisément le passage d'une rue aux émeutiers. La duchesse d'Orléans arrive alors en carrosse, revenant du Raincy. Le commandant lui impose la consigne, ^lais la princesse a ses moments de hauteur et, comme son père, elle tient, en public, à ces privilèges, qui sont si chers à la Maison de Bourbon.

— Une princesse, dit-elle, doitpasserpartout oii elle veut.

Le commandant obéit. Aussitôt que la ligne est ouverte à son carrosse, les émeutiers s'écrient : « Vivent le duc et la duchesse d'Orléans », et ils suivent la voiture avec une impétuosité que la troupe ne peut maîtriser. . . Leurs flots grossissent. . . Leur fureur s'accroît... Une heure plus tard, ils pillent les magasins du malheureux Réveillon.

Les magasins de Réveillon! Cette honnête maison oiiTon fabrique du papier peint, c'est tout sim-

I. Cf. Journées mémorables de la Révolution Française. S. N. Paris, 1829. Mémoires du comte d'ALLO^viLLE,etc., p. Sa.

plement rancienne Folie-Titon. Les premières fureurs populaires, dont les suites mèneront « l'Égalité » à l'échafaud, se déchaînant là même oii le duc d'Orléans, après y avoir mené trop joyeuse vie, a fait « initier » sa femme à la puissante francmaçonnerie... L'histoire a de ces rapprochements curieux et saisissants.

L'anecdote a été plusieurs fois contée et elle paraît indiscutable. La « trouée » opérée par le carrosse de la princesse est-elle simplement due au hasard? Le duc d'Orléans, comme on Ta dit, avait-il fomenté l'insurrection, et la princesse, complice involontaire, avait-elle obéi à ses ordres \ sans en prévoir les conséquences, en traversant Paris aune heure par lui prescrite ? C'est là encore un des points obscurs de cette fameuse « conjuration d'Orléans », qui demeure encore si mystérieuse.

Mais là ne s'arrête pas son rôle. Il y a mieux. La princesse est obligée de se prêter aux allures démocratiques de son mari. Pendant les trois semaines qui précèdent le 14 juillet, ce ne sont au Palais- Royal que feux de joie, illuminations dans la nuit, réjouissances dans la journée, « qui tiennent de la folie ». Les « gens sages » ne peuvent plus pénétrer dans le jardin, où vainement le maréchal de Broglie somme le prince de rétablir l'ordre K Et, sous ces mêmes allées où la duchesse d'Orléans

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