‹ Louise-Marie-Adélaïde de Bourbon Penthièvre, duchesse d'OrléansChapitre 130 sur 168 · C'est l'avis de Talleyrand, de Malouet, de Taine, etc · texte numérisé non relu

C'est l'avis de Talleyrand, de Malouet, de Taine, etc

2. Cf. Les rapports d'un agent secret de Montmorin sur les agissements du duc d'Orléans. Aff. étr an g. France 400, f. 288, et Dard : Op. cit., p. 178.

s'est promenée tant de fois avec ce que la société de Paris comptait de plus élégant, il lui faut subir la promiscuité des orateurs de carrefour, des émeutiers de bas étage — voire même des poissardes.

Elles sont une force parisienne, ces poissardes, et quand les imaginations populaires s'exaltent et voient un libérateur dans le prince indolent du Palais-Royal, elles chantent :

Vive Louis XVI, Vive ce roi vaillant, Monsieur Necker, Notre bon duc d'Orléans.

Aussi bien, quand on parle déjà de lui comme généralissime ou même comme roi, les « Orléanistes» ont-ils l'habileté de répandre un libelle assez perfide ^ On prête aux poissardes le langage qu'elles auraient pu tenir dans la circonstance, et le pamphlet répandu à profusion dans le peuple vaut d'être entièrement cité. On y trouve un nouveau témoignage de l'extrême affection de ce peuple pour la duchesse d'Orléans — une Française — alors que les traits les plus cruels sont dirigés contre la malheureuse qui, aux yeux de beaucoup, est déjà l'Autrichienne.

En leur qualité de « dames », les poissardes regrettent le temps de la loi salique « imprimée du « temps de Pharlamont », et elles ajoutent :

I. Réclamation de toutes les poissardes, avec un petit mot à la gloire de notre bonne duchesse d'Orléans. Paris, chez Guillaume Junior, libraire, quai des Grands-Augustins (1789).

« N'est-i pas vrai quej'avons des princesses comme par exemple noire bonne duchesse d'Orléans, qui sont des femmes sur laquelle i n'y avons pas la moindre chose à leur reprocher et qui avions de la vertu sans comparaison, comme not' bonne sainte Geneviève? C'est vrai dà, ce que j'disions là, Messieurs les États Généraux.

a Pourquoi donc que les rois de France ne pouvions jamais se marier par fait de mariage avec des Françaises? Ce n'est pas qui j'y prétendrions, nous. J' savons ben qui faut de la grandeur et de la richesse. Mais y a-t-il donc pas, dans not' France, des femmes grandes et riches comme ailleurs ? Faut-il donc quej'alions tout chercher cheu l'étranger? Ce n'est pas l'embarras. Y a de braves gens partout et je n'prétendons faire le procès à personne. A la bonne heure que ça s' fasse chez notr' Saint-Père-le-Turc, qu'il envoie chercher des Sultanes dans la Géorgienne et la Circassienne ; c'était un payen, un hérétique qui n'étions pas chrétien, et puis, çavions tant d'autres usages que ça fait frémir. Mais un bon roi de France qui aimions son peuple comme ses enfants, n'y pouvions-t-il pas trouver queuque gentille femme vertueuse qui lui plaisît dans une si grande famille?... V'ià ce que j'avions à vous dire, Messieurs les Etats Généraux ; c' n'est pas quej' prétendions vous faire la volonté, l'Bon Dieu nous en garde. ^Nlais j' vous dégueulons ça tout comm' je 1' pensons... »

Sur l'ordre de son mari, la duchesse d'Orléans retiendra à souper, le i5 juillet, au lendemain de la prise de la Bastille, un envoyé de l'Hôtel de

Ville et elle invitera les gentilshommes et les dames de sa suite à porter avec allégresse « la santé des bons citoyens de Paris et des courageux vainqueurs de la Bastille » K Quels sont alors les sentiments qui l'animent? Le recul des temps ne permet guère de scruter sa conscience et de pénétrer son âme. Le vent d'enthousiasme qui souffle sur le Palais-Royal, où bientôt sa fille portera comme broche une de ces fameuses pierres de la Bastille vendues par l'industrieux Palloy, a-t-il passé sur sa tête? Gela n'est guère probable. M. de Paroy nous dit bien nettement ce que tous ses contemporains nous font entendre. Malgré l'échange de quelques paroles vives, elle est tout à fait attachée à la Royauté et elle la défend quand elle peut -.

Et, d'ailleurs, en face des événements qui se précipitent, la duchesse d'Orléans voit maintenant clair. Nous avons le témoignage précis de M^^^ de Genlis sur l'attitude de la princesse, précisément au cours des mois qui suivirent la prise de la Bastille. « Mon indignation sur certains abus qu'il était si facile de réformer, écrit-elle, m'inspira une sorte d'enthousiasme pour le commencement d'une révolution dont je ne sentis aucune des conséquences, et qui me parut même faite pour affermir la durée de la Monarchie. L'imagination n'égara point M^^ la duchesse d'Orléans ; elle ne s'abandonna point à des rêves romanesques; elle jugea mieux que moi ; elle sut lire dans l'avenir ^ »

1. Les Élections et les Cahiers de Paris en lySg, t. III, p. 555.

Page 1