M"* de BoiGNE : Op. cit., t. I, p
3. Cf. non seulement l'ouvrage de M. E. Dard, si souvent cité, mais les excellents articles de M. Britsch, déjà rappelés, notamment, celui du Correspondant du lofév. 1912.
portée, que, comme tousles jouisseurs, il vit dans l'instant présent, et que — d'intelligence ordinaire — il apparaît alors sous l'aspect d'un « pauvre homme » prêt à devenir un « triste sire » et puis bientôt un criminel presque inconscient, tant un « faible » perd vite la lucidité sur ses actes quand il est mal engagé dans la vie... Et tout cela est la suite d'éducation mauvaise, de principes faux et de chutes successives accélérées par les influences, qui, sans l'excuser, l'expliquent. Né dans une époque d'équilibre, il aurait sans doute glissé dans l'histoire aussi inaperçu que son père et son aïeul, et son image, que d'ailleurs ont singulièrement déformée les pamphlets pré-révolutionnaires ou post-révolutionnaires, serait demeurée un peu terne dans la galerie familiale, au lieu d'en être exclue, avec celle du connétable de Bourbon, pour être clouée au pilori de l'histoire.
Un homme d'aussi médiocre trempe était donc à bout d'efforts après les événements d'octobre. Sa rancune contre la Cour pouvait s'apaiser devant les humiliations de la famille royale. Elle était satisfaite. Si le Roi ou ses ministres avaient voulu obtenir du duc d'Orléans un rapprochement honorable, flatter son amour-propre, favoriser peut-être ses excessives inclinations vers les biens de fortune, si le duc de Penthièvre et la duchesse d'Orléans avaient eu plus d'emprise sur leur gendre et sur leur mari livré depuis un an aux ardélions, aux aigrefins, aux péroreurs de carrefour, peut-être la tourmente eût-elle été moins violente, peut-être d'irréparables crimes eussent-ils été évités..., ou atténués.
Peut-être... Les hommes sont pleins d'anomalies inexplicables, et quand on les veut montrer parfaitement conséquents avec eux-mêmes, on n'obtient que des images irréelles et simplistes, dignes de figurer de toute pièce au roman. Le duc d'Orléans, par ses tendances ataviques, appartenait certes plus à l'Ancien Régime qu'à la Révolution, et sans tourner au rouge comme il le lit « ni demeurer blanc comme il l'aurait pu faire », il se serait sans doute volontiers rangé définitivement parmi les tricolores..., ou constitutionnels, car, de bonne foi, on ne peut croire qu'il ait sérieusement visé le trône.
Et surtout — car aux grands effets les petites causes — le duc d'Orléans, las d'une Révolution qui « dérangeait ses plaisirs ' », se serait peut-être rallié à la Cour pour jouir en paix de l'amour qui l'absorbait alors et qui le rendait impropre à l'action quand il n'était point harcelé. M»^e de Buffon avait pris dans sa vie une place que chaque jour avait accrue, et que la duchesse d'Orléans avait définitivement acceptée.
11 est vrai que celle-ci n'encanaillait toujours point son amant. Elle vivait alors modestement dans une petite maison du fruit de son piopre revenu. Malgré tout, « les porles de la bonne compagnie se fermaient devant elle -». Car, bien qu'on en ait dit, la société du temps n'était point si tolérante quand l'adultère était indiscret et le scandale criant.