E. Dard : Op. cit., p
2. Comte deBACouKT: Correspondance entre La Marck et MirabeaUy t. I, p. 73.
Mais Mme (i Buffon n'en avait cure. Elle aimait le prince éperdument. Le sentiment d'ailleurs était réciproque. Le jouisseur blasé qu'était le duc d'Orléans avait retrouvé un cœur très jeune, au contact do cette petite provinciale toute neuve. Entre eux s'était noué un roman d'amour étonnant, véritable idylle — hors la loi — dans laquelle tous deux cherchaient le repos et les faux semblants du bonheur domestique et bourgeois.
Bien mieux, M^e de Buffon s'était concilié, comme on l'a dit, l'affection des enfants du prince, auxquels elle écrira pendant la Terreur des lettres toutes en tendresses ^
Fallait-il que la pauvre duchesse d'Orléans fût lasse de M^^ de Genlis, pour accepter semblable situation et s'incliner devant la beauté d'une rivale! Car M°^® de Buffon était belle, comme nous l'a dit — avec d'autres — M°ie ^e Villeneuve-Arifat :
« Dans une promenade au bois de Boulogne, écrit celle-ci, nous rencontrâmes M. le duc d'Orléans... Il rendit avec infiniment de grâces le salut que lui fit mon père. Il en avait beaucoup dans sa belle tournure ,et de celle qui n'appartient qu'aux
1. M=»« «le Buffon, divorcée et connue sous le nom de M'»'^ de Cépoy, faillit mourir victime de son dévouement à Philippe- Egalité pendant la Terreur. Elle s'occupa, au péril de ses jours, des princcs incarcérés à Marseille, puis elle leur conlia un (ils naturel— le chevalier d'Orléans — qu'elle avait eu du prince. Talleyrand, plus tard, affirme M ™e de Boigne, voulut l'épouser, mais elle refusa un « défroqué ». Elle épousa le baron de Bussiere, et elle passa très modestement sa vieillesse à Saint- Germain-en-Laye, puis à Vilry -sur-Seine, où elle mourut, le i5. mai 1808 Cf. Lescurk : Article cité Revue politique, 1882. M^'^de Boigne : t. I, p. 237. Nauroy : Le Curieux, t. II, p. 208.
\princes. Sa toilette était recherchée, on voyait briller sur son frac amaranthe de magnifiques boutons d'acier. On sait qu'à cette époque c'était d'un grand prix. La bien agréable M°^e de Buffon était assise auprès du prince, qui conduisait lui-même son wisky. Elle portait une robe bleue, couleur bien assortie à celle de ses cheveux du plus beau blond, et à la blancheur de sa peau. Son chapeau semblait placé tout naturellement, quoique de côté, et dissimulait les marques d'une ancienne brûlure qui, au reste, n'était pas très forte, et ne l'empêchait pas d'être une fort jolie femme. Sa taille était charmante ^ »
C'est donc à ce roman que le roi Louis XVI — trop digne peut être pour faire des avances à un ennemi de la Reine — arrache le duc d'Orléans, au mois d'octobre 1789. Après les fameuses journées du 5 et du 6, on a promené son buste dans Paris, en criant : « Vive M. le duc d'Orléans ! » on a encore parlé pour lui de la lieutenance du royaume, « tout cela a l'air d'une conjuration formée contre la Reine- », et ces manifestations excessives désobligent le parti de Marie-Antoinette et même les familiers de M°^^ de Lamballe et de la
Il faut donc que le prince quitte Paris. C'est en Angleterre que le roi l'envoie, dans ce pays d'Outre-Manche toujours néfaste aux d'Orléans.
I. Marquise de Villexeuve-Arifat : Souvenirs d'enfance et de jeunesse (1780-92), publiés par Henri Gourteault, Paris, 1902, P- 79-
2 Paroy : Mémoires cités, p. i3o.
^72 ADÉLAÏDE DE BOURBON PENTH2ÈVEE
Le duc a compris lui-même, affirme un de ses commensaux, la nécessité du départ. Chez M. de Coigny, son ami, il a rencontré La Fayette, qui, jouant double jeu, l'engage à s'écarter avec « une mission particulière du Roi ». L'exil est masqué sous les phrases les plus honnêtes, et si jamais langage des cours fut trompeur, ce fut bien dans la circonstance.
Les instruclions du prince, soi-disant chargé de surveiller la cour de Londres, portent en effet ces mots : « Telle est la commission importante que le Roi confie au zèle, aux lumières et au patriotisme de son cousin le duc d'Orléans. Sa Majesté a reçu avec sensibilité l'offre que ce prince lui a faite de s'en charger. Elle a regardé cette offre, comme une nouvelle preuve de l'attachement qu'il a pour sa famille, comme de son dévouement pour les intérêts de l'Etat'. »
Bref, a dit M. Dard, « on renvoyait le duc d'Orléans aux Anglais, comme un traître à ses complices - ».
Personne ne fut dupe de cette phraséologie officielle. A Londres, tout le monde s'écria que le prince partait contre son gré, et M. de La Luzerne se donna vainement beaucoup de mal pour dissiper ces « absurdités »... C'est alors que la duchesse d'Orléans, sensible à l'affront et cherchant jusqu'au dernier moment à sauver les apparences, dut s'adresser à la femme qu'elle détestait maintenant