‹ Louise-Marie-Adélaïde de Bourbon Penthièvre, duchesse d'OrléansChapitre 157 sur 168 · I. L'entiée aux Jacobins · texte numérisé non relu

I. L'entiée aux Jacobins

même soin de faire dire que je suis très fâchée que que mon fils aille aux Jacobins, et peut-être exigera-t-ilque je lui dise mon opinion à lui-même, afin qu'il ne puisse pas me reprocher un jour de ne l'avoir pas averti.

c( Vous êtes convenu vous-même, mon cher ami, qu'il y a de grands inconvénients.

« Examinons-les nous-mêmes, et voyons si les avantages peuvent les compenser. Encore une fois, si les Jacobins étaient composés de députés seulement, ils seraient moins dangereux, parce qu'ils seraient connus par leur conduite à l'Assemblée et que l'on pourrait prévenir mon fils ; mais, comment le mettre sur ses gardes vis-à-vis d'un tas de gens qui y ont la majorité et qui sont bien propres à égarer un jeune homme de dix-sept ans? Si mon fils en avait vingt-cinq, je ne serais pas tourmentée, parce qu'il pourrait distinguer lui-même. Mais, à dix-sept ans, jeté dans une société de ce genre, en vérité, mon cher ami, cela n'a pas de raison! Et que ce soit nous, que ce soit ses parents qui, pour finir son éducation, l'envoient aux Jacobins, me paraît et paraîtra sûrement à tout le monde une chose inconcevable et qui me ferait, en vérité, regretter qu'il fut sorti des mains de M^^ de Sillery.

« C'est pour qu'il apprenne à parler que vous voulez passer par-dessus tous les dangers que vous ne pouvez pas ne pas envisager pour lui ; et vous me dites, mon cher ami, pour me faire voir ces avantages comme vous, qu'un fameux orateur anglais ne le serait pas, s'il n'avait appris à parler de bonne heure !

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« Je vous répondrai à cela que c'est sûrement en assistant aux séances du Parlement, aux assises, aux plaidoyers, qu'il a appris cet art et que mon fils aura les mêmes facilités en allant aux Jacobins. Qu'il suive l'Assemblée nationale et les séances des nouveaux tribunaux, quand ils seront établis, et, pour peu qu'il ait de dispositions il y apprendra à parler tout comme on apprend en Angleterre. D'ailleurs, pourquoi n'attendrions-nous pas la nouvelle législature? Ce n'est différer que de quelques mois ; et peut-être, à cette législature, appréciera-t-on les Jacobins, comme il en a déjà été question... »

Les termes de la lettre sont bien touchants, bien délicats, on sent que la timide princesse est encore « tout amour », qu'elle voudrait oublier le passé et que, dans l'instant où elle écrit, elle a rejeté loin d'elle jusqu'à cette idée de séparation de biens qui lui a été conseillée. Il suffirait d'un mot du duc d'Orléans pour les ramener l'un à l'autre. Mais ce mot il ne le prononce point. Il passe outre et, le 22 octobre 1790, son fils est présenté aux Jacobins.

P2t, d'ailleurs, lui-même ^ où reçoit-il cette lettre et celles qui suivront? On ne sait trop. Depuis son retour il erre, il se cache, tantôt à Monceaux, tantôt chez M'»e de Buffon,... en de très rares instants au Palais-Royal, près de la princesse.

Dans sa solitude, la duchesse d'Orléans cherche à ramener à elle ses enfants — quand on veut bien les lui donner à souper. Timidement, elle les interroge un jour sur leur « gouverneur ». — Estil vrai que vous aimiez tant M^e de Sillery?

11 faudrait que je fusse bien ingrate pour ne la

pas aimer de toute mon àme ! répond vivement M"e d'Orléans. Et Chartres et Montpensier font à peu près la même réponse ^

Mais, si maintenant le duc de Chartres va échapper par son âge à la tutelle de son « amie » M^^ de Genlis, celle-ci prend sa revanche avec ses autres élèves. Elle les compromet en de fâcheuses fréquentations. Elle conduit, le i^^ juin 1790, M^^ d'Orléans aux Cordeliers.

Cette fois, la coupe est pleine.

]VJme d'Orléans demande la démission de sa rivale. De nombreuses lettres sont échangées entre elles -. Le « gouverneur » semble céder et offre cette démission, le 10 juillet 1790. Bien entendu, le duc d'Orléans ne l'accepte pas et lui promet d'amener une réconciliation. M^^ d'Orléans, qui aime beaucoup mieux M^"*^ de Genlis que la duchesse, apprend que sa gouvernante est menacée et elle tombe dans un état des plus inquiétants. Que fait donc la pauvre mère? Soucieuse de la santé de sa fille, elle cède encore et, triomphante, M^^ de Genlis pose ses conditions. Elle conduira ses élèves, trois fois par semaine, dîner au Palais- Royal, et Mnie d'Orléans la recevra avec tous les égards qu'elle mérite.

Ces trois réunions avec leur mère sont en vérité bien suffisantes !

Écoutons plutôt M^^ de Genlis, qui joue les vic-

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