‹ Louise-Marie-Adélaïde de Bourbon Penthièvre, duchesse d'OrléansChapitre 159 sur 168 · M"" DE Genlis : Mémoires, t. IV, p · texte numérisé non relu

M"" DE Genlis : Mémoires, t. IV, p

2. Bien au contraire, dans les lettres que la princesse écrira à ses lils après sa séparation, lettres pleines de tendi'esse dans lesquelles elle mendie la conllance de ses enfants, elle ne prononcera pas un mot qui puisse les influencer contre leur père et elle les engagera à lui montrer une égale coniiance. Il y a là la preuve d'une grande dignité de femme et de mère. II sera plus amplement tiré parti de ces lettres dans la suite de cet ouvrage.

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En apparence, M^^e de Genlis se soumet et elle promet de ne plus venir dîner au Palais-Royal et d'y envoyer ses élèves seuls. Dans ses Leçons d'une gouvernante, elle apparaît résignée, vaincue, s'inclinant sous les « éclats » de M'"^ d'Orléans. Mais, écoutons maintenant M™»? d'Orléans elle-même et lisons cette lettre inédite dont les révélations sont très suggestives ' :

« ... Il vient de m'arriver la chose la plus inconcevable, la plus imprévue, écrit la princesse à son mari, vous savez que ma fille m'avait dit que M"i^ de Sillery comptait venir dîner aujourd'hui, que je lui avais répondu suivant nos conventions, etc. Quand je vous parlai de cette histoire, vous la traitâtes de radotage, etc., et en effet, j'avais bien cru aussi de même que c'en était un de la part de la petite, car nos conventions étaient si claires qu'il me paraissait impossible que M°^e de Sillery put y manquer d'une manière si manifeste. Eh bien, malgré ce que vous me dîtes encore alors, cher ami, c'est cependant ce qui arrive. Mes fils viennent de me dire dans l'instant que, quand même j'irais chercher ma fille, elle viendrait de son côté, qu'ils étaient chargés de sa part de m'en prévenir... C'est de mes douceurs et de mon honnêteté qu'elle a abusé au point de vouloir me forcer à la recevoir, mais cela ne sera pas... Je vous assure que j'ai eu un mérite extrême, mon cher ami, à ne pas faire une sortie sur cette

I. Cette lettre, extraite comme les autres du fond d'Orléans (Biblioth. de l'Institut), doit être placée au début de l'année 1:91-

femme à mes enfants. Qu'est-ce que c'est que cette persécution? Ce manque de foi? Est-ce comme cela qu'elle prétend me faire revenir? Comment I Je conçois à recevoir ses lettres, à causer avec elle de mes enfants, je la remercie, je l'embrasse, et voilà à quoi mes bons procédés m'ont conduite? J'ai eu bien du mérite à me contenir, et c'est bien pour vous, cher ami, mais ce que je n'ai pas dit à M^^ de Siilery par attachement pour vous, j'espère que vous lui direz par égard pour moi... Ceci ne peut se supporter, et vous voyez combien on peut compter sur une personne de cette espèce... Je me faisais une fête d'avoir mes enfants, de les mener à une partie que j'avais arrangée pour eux... voilà tout culbuté... M^^ de Siilery méritait bien que je lui écrivisse pour lui dire que... il n'était pas possible qu'elle oubliât si tôt les points dont elle était convenue avec vous, mais elle abuse du pouvoir que vous avez sur moi, de la tendresse qu'elle sait que j'ai pour vous... »... Sans doute le prince ne tint-il aucun compte de cette lettre. Quelque temps plus tard\ la duchesse d'Orléans lui écrivit encore. Et avec quelle délicatesse, quelle douceur elle s'efface, cette femme qu'on accuse de vouloir détourner ses enfants des principes de leur père.

«... Ce que je désire est d'être consultée sur ce qui regarde l'éducation de mes enfants, et je me flatte bien que nous serons souvent d'accord, mais

I. Il semble bien en effet que la lettre non datée qui suit ait été écrite après celle qui est publiée ici dans ses parties essentielles.

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quand cela ne sera pas après vous avoir fait mes représentations et vous avoir dit mes raisons, je me soumettrai et ce sera moi qui vous répondrai que votre volonté sera exécutée. Je désire en être l'instrument... C'est pour moi un devoir et un besoin... Vous semblez craindre que je ne communique à mes enfants mes opinions, vous vous trompez bien, je les aime trop pour cela' et je -sens que ce serait faire leur malheur que de leur donner de l'humeur contre un état de chose qui s'établit et sous lequel ils sont destinés à vivre ; mais je ne les porterai jamais à l'exagération, et je leur conseillerai d'avoir une opinion à eux. »

Dans l'intervalle de ces lettres, il est incontestable que la duchesse d'Orléans demande conseil à son père et que IVW de Lamballe est toujours l'intermédiaire entre les partis -. Elle reçoit toujours d'eux le conseil de demander une séparation de biens ^ mais, certes, elle ne songe pas plus à

1. Soit qu'elle écrive (en 1791), après la séparation, à son cher Valois en se plaignant doucement de son silence, soit qu'elle adresse à son « petit coquin » de Beaujolais des lettres charmantes, elle dit à ses enfants qu'elle n'a vécu que pour eux.

2. D'Eu, la duchesse d'Orléans, écrivant à son mari, fera encore allusion à « la demande en séparation que mon père a prié ma belle-sœur de lui proposer ».

3. Quelques mois plus tard, arrivée depuis peu chez son père, elle écrira à son mari « évoquant des souvenirs antérieurs » et lui parlant « de la séparation que je vous ai demandée et à laquelle vous avez consenti ». Le 23 mai 1791 il lui coûtera « infiniment » de demander cette séparation à l'amiable. « ... Le dérangement connu de vos affaires, les engagements que vous m'avez fait prendre pour des sommes supérieures à celle de ma dot, votre propre intérêt, celui de nos enfants, tout, écrira-t-elle au prince, exige une séparation de biens. »

quitter son mari que son père ne songe à la recevoir définitivement.

Le choc trop violent que les derniers événements révolutionnaires et que les malheurs de sa fille ont causé au duc de Penthièvre a un peu affaibli ses esprits. Il ne saurait prendre sur lui des responsabilités aussi graves, et d'ailleurs la pensée ne lui vient pas encore de désunir — de corps — deux époux entre lesquels n'ont pas été prononcées jusqu'ici des paroles irréparables. Ce qui le préoccupe toutefois beaucoup, c'est l'atmosphère dangereuse au point de vue religieux dans laquelle vivent sa fille et ses pelits-enfants. Il est très troublé du « schisme » qu'il appréhende en France et il prévoit, non sans raisons, les pires événements à cet égard. « Préservez notre pays du schisme ! écrit-il au cardinal de Bernis, le 4 juillet 1790 ; le pape est un homme prudent, je mets une grande confiance dans sa sagesse! » Et quand il se sera réfugié à Eu, il lui écrira encore sous le coup d'une tristesse profonde^ : « Je souhaite bonne année k Votre Éminence, elle sait combien je désire son bonheur ; le mien est fort compromis, j'adore ce que la Providence ordonne ou permet. Ma santé est toujours fort souffrante... « Si nous étions assez malheureux pour que le schisme s'établît, pourriezvous me procurer le moyen d'exercer le culte chez moi dans l'orlhodoxie catholique, sans être forcé à m'expatrier. » Puis encore - : a Monsieur le cardinal,

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