I. Bibliothèque de V Institut, Fd d'Orléans. Lettre Y
même de vous mettre en fureur je ne puis pas ne pas vous rappeler que je vous ai dit dans mon bain qu'il était impossible que j'eusse une explication satisfaisante avec M^^^ de Sillery ; je vous l'avais déjà dit le jour que vous m'en parlâtes pour la première fois, je vous l'avais déjà dit à votre retour d'Angleterre, au moment où nous étions convenus que jusqu'à ce que ma fille fût réglée, j'aurais une conduite que vous-même avez approuvée et dont je ne me suis pas écartée un seul instant, je n'ai jamais cessé de vous répéter la même chose et si vous ne l'avez pas entendu ce n'est pas de ma faute, car je vous l'ai dit à différentes reprises, et de toutes les manières possibles. Le papier que j'ai lu à M^'^^ de Sillery était même plus modéré que je vous avait dit ; ce qui prouve ma bonne foi, c'est de l'avoir écrit, car j'aurais pu forcer M°^^ de Sillery à ce qui est arrivé avec des formes différentes ; mais j'ai mieux aimé, me méfiant de ma vivacité et voulant vous rapporter exactement ce que je lui aurais dit, le mettre par écrit (la réflexion m'avait d'ailleurs fait ajouter des choses mieux pour elle, et que la manière dont j'en ai été reçue tout en entrant dans sa chambre m'aurait dispensée d'avoir si je ne m'y étais pas décidée pour vous), j'étais de si bonne foi, je vous le répète, que je vous l'aurais montré avant d'aller à Bellechasse si vous aviez été à Paris...
« Si Mnie de Sillery avait été honnête elle m'aurait répondu qu'elle ne voulait pas être un sujet de désunion et de malheurs pour moi, qu'elle me rendait mes enfants, qu'elle prendrait tous les moyens
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pour que ma fille ne se doute pas de celte séparation... Tout aurait été dit et f aurais été à ses pieds... Au lieu de cela elle s'est mise en fureur, a prétendu qu'elle tenait de vous que je disais que je n'avais jamais eu d'amitié pour elle, son ton est devenu moqueur et a fini par être extrêmement malhonnête... Elle pouvait se montrer généreuse et me prouver ce qu'elle m'avait dit souvent : « que mon sort l'intéressait », mais elle s'est livrée à une conduite bien différente en s'écartant absolument des principes qu'elle s'est toujours piquée d'avoir. Rappelez-vous aussi que lorsque je vous dis que j'aimerais mieux n'avoir pas d'explication, souffrir en silence, et attendre tout du temps, vous me répondîtes que cela ne se pouvait plus, que vous aimiez mieux tout à présent, qu'il n'était pas dans votre caractère d'être pour moi comme (,^ous Vêtiez, que c'était contre votre sentiment, mais que vous y étiez forcé, que vous ne pouviez plus supporter d'être accusé de faiblesse, de fausseté (ces dernières paroles me firent un grand effet)... Vous allez voir combien peu mon intention était de changer le plan de leur éducation, de les écarter de vos principes, par le plan que je comptais vous proposer, c'était d'abord de conserver toutes les personnes qui sont auprès d'eux, de faire continuer le journal de M. le Brun, de nous faire apporter tous les matins celui de la veille, afin que nous en fissions la lecture ensemble si vous vouliez, je comptais aussi vous dire que vous me donneriez ce que vous trouveriez convenable pour leur table et qu'en consé-
quence je me chargerais de tout ce détail qui deviendrait bien moins cher... »
Ici la princesse entre dans le récit des réformes qu'elle aurait voulu faire. Sachant que son mari craint un entourage dont les idées sont trop distantes des siennes, elle aurait fait le sacrifice de toujours dîner seule, de sorte que, quand ses enfants seraient venus chez elle une ou deux fois par semaine, le prince les aurait trouvés sans cette société qui lui déplaît...
Elle implore en des accents touchants, elle espère encore un peu atteindre le cœur du père par ses enfants qu'il aime et le ramener à elle. « Nous apprendrions ensemble nos enfants... à nous en faire aimer... »
Puis, un dernier cri d'angoisse, de détresse : « Mais, si je dois croire votre lettre, toutes ces considérations ne sont plus rien. Si vous n'écoutez pas la voix de l'amitié, celle de la nature, vous renoncerez à votre bonheur et j'y renoncerai pour moimême. Pensez-y, réfléchissez et ne vous hâtez pas de décider du sort de toute notre vie !. . . »
Quelques jours après, nouvel appel suppliant : « J'ai demandé seulement que vous me laissiez ce que toute mère ne peut pas ne pas avoir ^ ! »
On le voit d'après le ton de ses lettres, jusqu'ici, malgré ses infidélités nombreuses, la duchesse d'Orléans a pu croire à un reste d'affection de la part de son mari. Elle sait que s'il est chez lui