‹ Louise-Marie-Adélaïde de Bourbon Penthièvre, duchesse d'OrléansChapitre 22 sur 168 · I. Baronne d'Oberkirch : Mémoires, Bruxelles, i854, t. I · texte numérisé non relu

I. Baronne d'Oberkirch : Mémoires, Bruxelles, i854, t. I

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ver le duc de Penthièvre. Mais, à son tour, celui-ci « fit le difûcuUueux », Estimant que le duc de Chartres était trop joyeux compagnon pour devenir un bon mari, il opposa un refus catégorique..., encore qu'il fût assez flatté de cette proposition venant des marches du trône. Cela n'était point pour lasser l'infatigable abbé de Breteuil, qui chercha, de concert avec le duc d'Orléans, l'homme susceptible de mieux influencer M. de Penthièvre ^ ...Bientôt leur choix est fait. On ne peut mieux trouver que le maréchal de Puisieux ^ Ce vieillard, ami de la Maison d'Orléans, exerce sur le duc de Penthièvre une influence qui est due à leur similitude de caractères. M. de Puisieux est un mélancolique, r « homme le plus ennuyé de France », et sa réputation de piété, de droiture et d'intégrité est inattaquable. Confiant dans la conversion que le mariage peut amener chez le duc de Chartres, il assume la mission de parler à M. de Penthièvre. Grand com.bat dans l'àme du Prince. Sa nature timide, indécise et malléable, est mise à une cruelle épreuve. Cette fois il est moins catégorique dans son refus... Pourquoi n'accepterait-il pas des négociations qui n'entraînent encore aucun engagement formel? Dans cet état d'esprit et avec

1. M""^ DE Genlis : Mémoires, passini. — M">*^ d'Oberkirch : Mémoires, I, p. 202. Archives nationales, R* 826.

2. Le marquis Bruslart de Puisieux, oncle de M. de Genlis, ambassadeur de France en Suède, puis minisire des AfTaires étrangères de Fiance en Suède, avait été surnommé par le maréchal d'Estrées « le juge du point d'honneur des affaires contentieuscs ». Cf. M "^ de Gkxlis : Mémoires, II, p. 140.

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son ordre habituel, il va jusqu'à confier au duc d'Orléans un état bien exact de sa fortune auquel il joint son testament. Et il assure à sa tille une rente de 5o.ooo écus en dot. Le duo d'Orléans calcule, suppute, hésite... Mais, tout à coup, il s'indigne. En effet, il vient d'apprendre qu'une amélioration inattendue s'est produite dans l'état de M. de Lamballe. Est-il bien certain que ce jeune prince va mourir? Dans ces conditions si fâcheuses, 5o.ooo écus de rentes ne sont qu'une « misère ». M. le duc de Penthièvre ne pourrait il pas augmenter la dot?

M. le duc de Penthièvre, on le sait, pèche par excès plutôt que par défaut de bonté. Il ne se fâche point, ne voulant mécontenter personne, et il se contente de dire doucement : « Mon tils vit, il est condamné... Dieu, il est vrai, peut faire un miracle et me le conserver. » Mais il n'augmente pas la dot, estimant sans doute que sa fille vaut mieux que d'être achetée. Ajoutons que ces misérables calculs, dont la mesquinerie doit blesser sa belle âme et lui laisser peu d'illusions sur les bas-fonds du cœur humain, se jouent autour du lit d'un moribond dont il sent cju'on attend avec impatience le dernier souffle.

M. de Lamballe a subi une opération humiliante et dangereuse à l'hôtel de Toulouse. Avec mille précautions on vient de le transporter à Louveciennes. Il souffre beaucoup. Ses nuits sont terribles, coupées de longues léthargies. La terreur est peinte dans les yeux fixes de cet adolescent qui

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sent venir la mort •. On espère cependant contre tout espoir. L'air vivifiant de la campagne, les premières effluves du printemps — nous sommes en avril — n'aideront-ils pas la nature à sauver un être si jeune? En effet, légère et trompeuse, l'amélioration persiste. Elle persiste au point que le duc d'Orléans, non sans quelque cynisme, rompt toutes les négociations -. Cette fois, outragé doublement dans ses affections paternelles, le duc de Penthièvre sent sourdre chez lui la violence héréditaire des Bourbons. Le duc de Choiseul partage sa colère, et tous deux déclarent qu'ils n'auront plus jamais affaire avec la maison d'Orléans.

Le prince de Condé revient alors à la charge, et il demande encore à Choiseul de proposer son fils pour Mlle de Penthièvre. ^lais, jaloux de venger les Penthièvre, Choiseul vise plus haut. Il demande au roi de parler à M. de Penthièvre en faveur du comte d'Artois pour sa fille. Malgré les désordres de sa vie privée, Louis XV poussait très loin le sentiment de la dignité de la Maison de France, et il souffrait de la haute situation faite par Louis XIV aux Légitimés. Il répondit que jamais son petit-fils n'épouserait « pour de largent » une fille de race illégitime '.

Sur ces entrefaites, le prince de Lamballe mourut à Louveciennes le 6 mai, après une longue et douloureuse agonie.

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