Delille : Op. cit., p
5. 3/'"' de Lamballe, Berlin, p. 67, M"'*^ d'Obeukircii, loc. cit, 4. Ce témoignage est celui de l'auteur des mémoires dits de Besenval. Selon lui, la scène aurait eu lieu alors que M. de Penthièvre parlait à sa lille du comte d'Artois. Quant au reste, son témoignage est en tous points semblable à ceux des auteurs précités. Bien que très informés sur la Maison d'Orléans, ces- Mémoires ne doivent être cités qu'avec prudence.
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Le duc de Penlhièvre, résigné, fit alors parler au roi par M. de Choiseul, mais le consentement de Louis XV fut difficile à obtenir. « Quoi qu'on en ait dit, écrit M^e dOberkirch, et qu'on en dise tous les jours, le roi Louis XV avait le sens droit ; il sentit quel puissant levier était une pareille fortune entre les mains du premier prince du sang et ce qu'il pouvait en faire s'il avait l'esprit de révolte. Il refusa d'abord, et M. de Choiseul eut beaucoup de peine à l'y amener :
— Songez donc, disait le roi, que mes petits-fils^ le comte d'Artois et le comte de Provence, sont loin d'une pareille fortune, et que vous allez rendre MM. d'Orléans bien plus riches que les aînés.
— Sire, les aines ont la couronne, qui les place toujours hors de toute comparaison.
— Prenez garde de donner aux cadets le moyen de la leur enlever. Monsieur le duc ^
Le roi refusa longtemps ; il ne céda qu'aux instances de M. le duc de Penthièvre, pour lequel il avait une amitié de jeunesse ; encore son consentement fut-il accompagné de restrictions et d'observations répétées.
— Vous avez tort, mon cousin, dit-il, le duc de Chartres a un mauvais caractère, de mauvaise» habitudes; c'est un libertin, votre fille ne sera pas heureuse. Ne vous pressez pas, attendez!
I. Baronne d'OBERKiRcn : Op. cit., t. I. p. 202. II convient de remarquer qu'en plaçant ces paroles dans la bouche de Louis XV, Mme d'Oberkirch écrivait en pleine Révolution et que ses souvenirs du passé pouvaient être influencés par les événements présents. Cependant, elle avait bien compris a l'esprit » de
La princesse, elle, était pressée. Son père l'adorait, il céda... Après avoir vainement demandé un « noviciat de sagesse » du prince, Louis XV, dit-on s'écria avec dépit : « Elle veut de lui? à la bonne heure M »... Depuis ce temps-là, ajoute M'"^ d'Obei kirch, le père et la fille ont dû souvent se rappe 1er les paroles du vieux roi -. »
^|nie d'Oberkirch nous a appris le principal mo bile de l'attitude du duc de Penthièvre. Père faible « il adorait sa fille » et comme, le dira plus tard en termes plaisants un pamphlet révolutionnaire, « il était charmé de ne point voir sa demoiselle s'expatrier^ ». D'autres motifs — secondaires assurément — le réconcilièrent avec ce projet de mariage. Il avait été flatté, on l'a dit, des premières avances du duc d'Orléans :
Nous avons vu que sa naissance lui pesait et que la piété chez lui n'avait pas suffi à étouffer des tendances un peu vaines, mais très excusables. Il y a même quelque grandeur et quelque souci de moralité dans le désir perpétuel des Légitimés de racheter par tous les moyens la honte de leur origine.
Louis XV et de Versailles, comme il apparaît par le contexte de ses mémoires, et ce dialogue entre Louis XV et Ghoiseul n'a rien d'invraisemblable.
1. Princesse de Lamballe, par M. de Vouziers. Je cite cet auteur peu connu, car j'ai eu souvent l'occasion de vérifier l'assertion de ses dires. 11 écrivait en i8i4, et il avait certainement connu l'ancienne Cour.
2. M^"*^ d'Oberkirch ajoute plus loin (t. II, p. loi) en parlant de ce mariage : « Ce fut la seule fois peut-être que le père et la lille ne furent pas d'accord. »
3. Vie secrète de la duchesse d'Orléans (1790). Cf. plus loin.
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Or, n'était-il pas flatteur pour M. de Penlhièvre de devenir le beau-père du duc de Chartres? Car enfin — sans compter cette bâtardise — il était luimême assez loin du trône, et sa situation était intermédiaire entre celle de prince du sang et celle de grand seigneur...
A cette époque où les questions de naissance jouaient un rôle aussi considérable, le duc de Penthièvre comptait peu de parents dans les familles royales ^ :
Son frère utérin avait épousé une Carbonnel Canisy, laquelle était de bonne maison, mais point même ducale. Du côté de sa mère, il avait vingt oncles et tantes — Noailles — mariés dans les maisons de Gramont, d'Estrées, de Coëtquen, de La Vallière, de Beaumanoir, Rousselet de Château- Renaud, Le Tellier de Courtanvaux, Mancini, etc., ce qui lui créait en alliances à l'infini avec des maisons de haute ou de bonne noblesse...
Mais c'étaient là des familles de « sujets » du roi de France et non de souverains. Par sa bisaïeule, Anne Boyer -, dame d'atours de la reine Anne d'Autriche,
1. Louis de Pardaillan, duc d'Antin et d'Épernon (1707-1743), frère aîné du duc de Penthièvre (par sa mère), épousa Gillonne de Montmorency, dont il eut un lils et trois iilles : l'abbesse de Fontevrault, la marquise de Civrac et la duchesse de Crussol, avec lesquelles le duc de Penthièvre et la duchesse d'Orléans entretinrent toujours des relations très affectueuses. Le frère cadet du duc d'Antin, Antoine, marquis d'Antin (1-09-1741)» n'eut pas d'enfants de son mariage avec Françoise-Renée de Carbonnel Canisy.
2. Anne-Louise Boyer, fille d'Antoine, seigneur de Sainte- Geneviève-des-Bois, mariée en i645 à Anne, duc de Noailles, morte avec une grande réputation de piété, en 1697.
Par l'illustre maison de Xoailles, le duc de Penthièvre se rat-
il n'eut pas été nécessaire de remonter loin pour trouver la roture... et voilà que sa fille allait s'asseoir près des marches du trône et occuper une des premières places du royaume! Il est très légitime que l'amour-propre paternel du duc de Penthièvre ait trouvé quelque consolation dans cette aimable perspective.
Reste maintenant à expliquer la passion de la candide petite pensionnaire de Montmartre pour le débauché qu'était le duc de Chartres. Les mémorialistes se sont chargés de nous éclairer sur ce point :
Elle ne l'avait vu qu'une fois. Elle l'avait rencontré chez son grand-oncle le prince de Conti au cours d'un jour de fête qui coïncidait avec une de ses « sorties ». Il avait été aimable, empressé, il ne l'avait pas quittée un instant... Il avait sollicité l'honneur de la reconduire à son carrosse. Là, il l'avait saluée d'un air à la fois noble et soumis. Cela avait suffi. Un regard du prince avait embrasé le cœur de la jeune fille d'un feu qui n'était pas près de s'éteindre ', et elle était rentrée à Montmartre, disant à M"^ de Montigny qu'elle ne se marierait jamais parce qu'elle aimait M. de Chartres.
Cette victoire d'ailleurs n'est point faite pour étonner. Le duc de Chartres n'était-il pas un de ces irrésistibles conquérants dont parlaient
tachait cependant à une famille souveraine. Sa grand'mère, la duchesse de Noailles, née Bournonville, descendait, par les d'Egmond, de Sabine de Bavière, sœur du Palatin Frédéric III. I M"* d'Obkrkirch : Loc. cit. Besenval, idem. Talleyrand dans ses mémoires écrit que cet amour « remplit » la vie de la princesse.
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avec admiration les femmes de Paris, et sur lequel chuchotaient peut-être avec quelque trouble les petites pensionnaires de Montmartre? Il donnait le ton, il avait été l'un des premiers à prononcer ce mot de sport qui amusa si fort Louis XV lorsqu'il l'entendit, il se distinguait comme les Anglo-Saxons par sa compétence en matières hippiques et sa fougue aux exercices du corps. Ces exercices du corps — il ne l'ignorait pas, lui qui depuis l'enfance cherchait tant à briller et à séduire — mettaient en relief sa taille élevée, svelte et bien prise. Enfin il était beau, et le « sombre éclat » de ses yeux bleus et languides jetait assez le trouble dans le cœur des femmes pour leur faire oublier les fâcheuses rougeurs de son teint gâté par l'impureté. Il n'en fallait pas plus pour bouleverser lame et les sens d'une jeune fille très passionnée, et, sans doute, infiniment curieuse d'amour.
Quels avaient été les sentiments du duc de Chartres vis-à-vis de M^^ de Penthièvre la première fois (ju'il l'avait rencontrée? Manifestement, il avait cherché à lui plaire. Avait-il alors des vues sur elle ? Peut-être. N'en avait-il pas sur toutes les femmes?. .. La conquête d'un cœur tout jeune ignorant l'amour n'esl-elle pas une de ces victoires qui plaisent particulièrement aux blasés et qui parfois même les remettent sur la voie droite? Et quand on avait parlé mariage, le duc de Chartres n'avait soulevé aucune objection. Il y a même tout lieu de croire que — sans pour cela se désintéresser en aucune manière du chiffre de sa fortune — il aima très sincèrement la jolie M"e de Penthièvre.
Ce mariage lui apparaissait en tous points supérieur à celui que son père aurait voulu lui imposer deux ans auparavant en lui faisant épouser la princesse Gunégonde de Saxe S âgée de sept ans de plus que lui. La perspective de cette union, qui l'aurait rendu l'oncle du futur roi Louis XVI manquait de charmes pour un tout jeune prince. II avait été très heureux lorsque la Dauphine - l'avait éconduit, estimant qu'un roi seul pourrait épouser Gunégonde, sa sœur — qui, d'ailleurs, mourut plus tard chanoinesse et quelque peu ridicule — et depuis lors, il avait assez joyeusement mené la vie de garçon, pour s'en estimer las ^
On affirme même que, pour accélérer ses noces et contracter une union vraiment avantageuse du côté de la fortune, il aurait sciemment poussé le prince de Lamballe dans la débauche, afin de le faire marcher à la mort. Sur la foi de quelques mémorialistes % certains historiens Font dit et redit à satiété. En vérité, le duc de Ghartres n'était point un monstre et — devenu duc d'Orléans — il a de lui-même suffisamment chargé sa mémoire pour qu'on ne lui prête pas un nouveau crime, dont l'odieux même détruit la vraisemblance. Agé de vingt ans, entièrement livré à ses plaisirs, impulsif el irréfléchi, il était assurément trop jeune de cœur et d'esprit pour nourrir d'aussi noirs desseins.