M""^ DE Genlis : Mémoires, 1820, t. I, p
la couvre de bijoux. Détail curieux : ces bijoux ne sont pas à elle. Son père les a empruntés au gardemeuble du Roi. Ce sont « une pièce de corps de diamants avec ses accessoires, des trousse-côtés et des trousse-queue, des boucles de soulier pompons, deux nœuds de manches, un collier avec pendeloques, un ruban de tête, de grandes girandoles et une aigrette avec quatre pendeloques ».
Dans cet appareil, la princesse est présentée au Roi et elle a soin de faire les révérences à reculons sans repousser sa robe en arrière avec le pied, ce qui est de mauvais goût. La plupart des princes sont là en grand habit. Le duc de Chartres profite de la circonstance pour faire sa demande officielle, car la présentation à la Cour est ce que nos ancêtres a[)pelaient, un peu crûment, la « déclaration de nubilité ». Le roi décide que le mariage sera annoncé le 2 janvier suivant, et il en fixera ultérieurement la date au 5 avril 13769 K
Ensuite la princesse remonte dans ses appartements, où on la déshabille suivant l'étiquette. Elle revêt une « robe de chambre », monte en carrosse avec M"^e de La [Marche et dans cette tenue elle va à Paris visiter ceux des princes qui n'ont pu venir à Versailles.
Le lendemain, cérémonie du baptême. Le roi, la reine et la famille royale se rendent en grande pompe à la chapelle du château, les deux huissiers de la chambre portent leur masse devant le roi, les
I. Nouvelles à la main de la Maison de Penthièvre. Bibliothèque Mazarine. Manuscrit 2.384-
évêques attachés à la Cour sont tous présents, les Cent Suisses sont là en grande tenue. La princesse, vêtue d'une tunique blanche de catéchumènCj s'agenouille sur un carreau de velours rouge près de M. de la Roche-Aymon, archevêque duc de Reims et grand aumônier. Celui-ci administre le sacrement à la jeune fille, qui a pour marraine Madame Adélaïde dont le « compère », on Ta vu, est le Dauphin. Elle reçoit les prénoms de Louise-Marie- Adélaïde. Puis, après la distribution des dragées faite à toute la Cour, elle se retire auprès de son père, qui l'emmène le lendemain à Rambouillet.
Elle part, mais derrière elle elle laisse un souvenir qui ne s'effacera point. A la Cour, sa beauté a été très remarquée ^ La renommée de sa grâce et de sa candeur en franchit bientôt les limites et se répand dans Paris, dans le peuple. Ce peuple, qui a toujours eu le culte de la beauté et qui ne s'effarouche guère du libertinage pourvu qu'il soit aimable et généreux, ne se scandalise nullement lorsque le bruit transpire du prochain mariage de la petite princesse avec le duc de Chartres. Ce prince — jusqu'ici — est un peu son enfant gâté. On l'admire quand il passe journellement dans le faubourg du Roule ou dans le faubourg Saint-Honoré. Le Parisien égrillard se considère un peu comme le complaisant de ses fredaines lorsqu'il promène en troupes tapageuses ses courtisanes jusqu'au merveilleux jardin de Monceaux, qu'on a