I. Collé : Journal Jdstorique, t. II, p
Versailles qui seront dès lors réservés au duc et à la duchesse de Chartres quand ils viendront faire leur cour, se presse une véritable foule. La plupart des courtisans sont en effet « priés». Sous le regard intéressé des assistants, la petite princesse arrive en robe de chambre, accompagnée de son mari qui est en grand habit, mais sans épée suivant Téliquelle, ce qui lui donne singulière mine. Alors le grand aumônier asperge le lit d'eau bénite; puis, la princesse, qui a été déshabillée par ses femmes, derrière des courtines tenues à bout de bras, se met au lit. Pendant ce temps, son mari s'est dévêtu à demi dans une pièce voisine. Il revient pour recevoir — suprême honneur — la chemise des mains du Roi. Il sort encore et enfin il revient en robe de chambre et en pantoufles, le bonnet de nuit à la main, et il se met au lit. Jusqu'ici les rideaux ont été tenus fermés sur la princesse, mais le comte de Pons S premier gentilhomme du duc de Chartres, et M'"<^ de Saluées, dame de M^i^^ de Penthièvre, les tirent alors d'un geste brusque avec un bruit d'étiquette, et cette fois, sans doute, les courtisans regardent d'un œil encore plus curieux, tandis que le roi « adresse ses compliments et ses souhaits aux mariés ».
I. Emmanuel-Louis-Auguste, comte de Pons-Sainl-Maurice, chevalier des ordres, lieutenant-général, homme dont il est fort question dans les Mémoires de M'"^ de Genlis. La famille de Pons fut toujours très attachée à la duchesse de Chartres devenue duchesse d'Orléans. Pendant la Révolution, nous verrons la comtesse de Pons accompagner IVP"^ d'Orléans en Suisse, tandis que sa nièce, la comtesse de Pimodan, née Pons, partagera la captivité de la duchesse d'Orléans (Communication de M. le comte de Pimodan, duc de Rarécourt).
DUCHESSE D'ORLÉAXS 63
...Enfin, quelques jours après le mariage, le duc de Pentlîièvre donna à l'hôtel de Toulouse une fête en l'honneur des mariés. S'il en faut croire Tronchin, il marqua publiquement qu'il avait oublié ses premiers griefs et que le rang privilégié de sa fille n'était pas sans flatter son amour paternel.
« M. le duc de Penthièvre, écrit en effet le docteur genevois, donna hier un souper immense. M'i^^ de Chartres entra la dernière et alla tout droit à son père, dont, avant son mariage, elle baisait toujours la main. Elle voulut la lui baiser encore, son père la lui refusa et voulut l'embrasser. M""^ de Chartres s'obstina et lui demanda sa main. Le bon père lui dit que cela ne se pouvait plus, qu'elle était la première princesse du sang. M"^ le duc d'Orléans accourut, prit la main du père, la fit baiser à sa fille et ajouta que cela serait toujours ainsi. M^^e de Chartres sauta au cou de M. le duc d'Orléans après avoir baisé la main de son père et versa des larmes de reconnaissance. Tous trois pleurèrent et s'embrassèrent ^ »
I. Théodore Tronchin (1709-1781), d'après des documents inédits, par Henry Tronchin. Paris, 1906. Lettre du 20 avril 1769,