‹ Louise-Marie-Adélaïde de Bourbon Penthièvre, duchesse d'OrléansChapitre 42 sur 168 · Tronchin était médecin du duc d'Orléans · texte numérisé non relu

Tronchin était médecin du duc d'Orléans

c'est vingt-quatre jeunes filles de Villers-Gotterets, de quinze à seize ans, vêtues de blanc et de rose avec des houlettes à la main, accompagnées d'une musique charmante. Elles m'ont paru trop jolies pour n'avoir pas été choisies à quelques lieues à la ronde dans le royaume de Soissons^ »

Le lendemain, i^^ juillet, la ville de Soissons « fait une grande députation » à la duchesse de Chartres et le comte de Pons engage tous les courtisans « à se mettre sur leur beau ». La princesse reçoit les magistrats dans sa chambre. « Tout cela a bon air », mais le capitaine des arquebusiers de Soissons, qui doit prononcer un discours sur la terrasse, est si intimidé par l'affluence des spectateurs qu'il demeure court.

Le château de Yillers-Gotterets n'a jamais reçu assemblées si nombreuses. Beaucoup de femmes de la Cour refusent d'y séjourner pour des raisons que nous connaîtrons plus loin, mais celles qui viennent ne s'ennuient point auprès de la princesse. Quand on ne chasse pas dans la forêt, on courre le lièvre dans le petit parc qui avoisine le parterre, les femmes en cabriolet, les hommes à pied. Le soir, à l'issue du souper, « qui est de cent cinquante couverts sans compter les extraordinaires », il y a jeu, bal et concert. Sur la prière de M^^^ de Montesson, on joue, le 2 juillet, la Gabrielle d'Estrées de Sauvigny. « Le comte de

I. Troxchin : Op. cit., p. 824. On trouve aussi à la Chambre des Députés (Manuscrit 153-, fol. i4-23) dix compliments adressés au jeune ménage princier par les « Cadets », « bergères », religieux ou bourgeois de Yillers-Cotterets.

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Pons, écrit Tronchin, est très mécontent de ce choix. La pièce... est on ne peut plus déplacée chez l'airière-petit-fils d'Henri IV. Outre nombre de choses répréhensibles, il y a une sortie contre les prêtres qu'on jurerait dictée par Voltaire. M. le duc de Penthièvre aimerait bien mieux Aihalie ou Polyeucte, car il ne va jamais au spectacle, et c'est par une très grande complaisance qu'il se le permettra ici. Cet homme adorable mène la vie d'un ange ; si la sérénité en est le sceau, il Ta bien imprimée sur son visage '. »

Mais les divertissements sont bientôt interrompus par la mort de M. de Monlesson, dont la femme est l'actrice principale de Villers-Cotterets et du Palais-Royal. « Toute la machine du plaisir est démontée », nous dit encore Tronchin, qui — homme de science et citoyen de Genève — juge de haut et sans indulgence le frivole entourage des princes : « J'avoue, à ma honte, ajoute-til, que toutes ces grandes petites choses me touchent si peu que cette affliction m'a fait dire en moi-même : Ah ! talons rouges, que votre semelle est plate!... Ces gens-là sont sans ressources, un plaisir manqué les désespère. Il est vrai que toutes les afflictions de leur âme sont on ne peut pas plus courtes. Un rien les afllige, mais un rien aussi les distrait. C'est Tonde qui chasse l'onde. »

Tel est le milieu dans lequel la duchesse va vivre désormais. Ces gens de plaisir, elle va les retrouver au Palais-Royal, oii elle prend possession de ses

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