I. Tronchin : Op. cit., idem
DUCHESSE D'ORLÉAXS 69
appartements dans le courant de l'automne 13769 K Ce n'est pas au contact de ses entours qu'elle apprendra à développer sa personnalité, et, d'ailleurs, elle n'aura point dans cette atmosphère une de ces situations nettement indépendantes qui permettent à un caractère de s'accuser.
Quel fut donc ce caractère ?
Le moment est venu — quitte à anticiper sur les faits — de faire halte un moment dans l'histoire de la duchesse de Chartres, pour la considérer en elle-même et pour dire ce qu'elle fut. L'œuvre assurément est téméraire. Incapables de porter en quelques pages un jugement certain et précis sur nos contemporains, nous sommes encore plus inhabiles lorsqu'il s'agit d'exhumer de la poussière des siècles l'image d'un personnage d'autrefois, et surtout lorsque ce personnage se présente sous la forme un peu insaisissable, « ondoyante et diverse » d'une femme.
Disons-le de suite, la duchesse de Chartres est une de celles dont les traits assez indécis nous apparaissent plutôt comme ceux d'un pastel aux tons atténués que ceux d'une gravure à la manière forte.
C'est, comme on l'a dit dans l'introduction de ce présent volume, une créature très douce et nécessairement un peu pâle.
La physionomie d'ailleurs indique assez chez elle les lignes prédominantes du caractère et mérite, de retenir notre attention.
I. Ces appartements sont situés dans l'aile latérale de la première cour donnant sur la rue de Valois. Vatour : Le Palais- Pxoyal. Paris, i838, p. 181.
En eslimanl W^^ de Penthièvre à son gré, le duc de Chartres a prouvé qu'il était homme de goût. On a dit d'elle que « c'était un modèle de perfection * ». Il y a là de Thyperbole, mais elle est mieux que jolie. Elle est charmante. L'ovale du visage est très pur, la transparence du teint laiteux — cette transparence qui est souvent l'indice d'une santé fragile — laisse voir « l'azur entrecroisé des veines sous la nacre de la peau^ », la bouche, d'un impeccable dessin, est presque toujours souriante et les yeux surtout sont d'une extrême beauté. A comparer les différents portraits de la duchesse de Chartres, on peut lire dans ces yeux d'un bleu profond et limpide l'histoire de sa vie. Le regard manque de vivacité. Toujours on y rencontre quelque chose de candide et de très franc qui exerce une invincible attirance, mais l'expression un peu languissante et mélancolique dès le début devient de plus en plus douloureuse jusqu'au jour où elle s'accuse d'une manière effrayante dans ce portrait de 1790, qui nous la montre ^ « brisée de tristesse, les yeux agrandis par les larmes, un pli de dégoût aux lèvres ' ».
Le visage est encadré par des cheveux admirables qu'on devine blonds sous la poudre et qui, lorsqu'ils sont dénoués, affirment ses femmes, descendent jusqu'à terre.