‹ Louise-Marie-Adélaïde de Bourbon Penthièvre, duchesse d'OrléansChapitre 50 sur 168 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La cour du duc d'Orléans. — Mort d'un enfant. — Les voyages à Forges. — M'"^ de Montesson, — Difficultés familiales. — Animosité du duc de Chartres contre sa « belle-mère ». — Naissance du duc de Valois. — Les fêtes. — Mort de Louis XV. — La princesse francmaçonne. — Voyages de Hollande et d'Italie.

Au Palais-Royal, où elle va tenir le premier rang au retour de Yillers-Cotterets, la duchesse de Chartres fera ses débuts dans la vie mondaine d'une manière un peu difficile. Elle n'aura ni cour ni « chez soi », et l'état de subordination dans lequel le jeune ménage vivra vis-à-vis du duc d'Orléans, la situation un peu fausse de la branche cadette dont les moindres actes suscitent les critiques de la branche aînée, la jetteront dès le premier instant dans l'ombre des seconds plans, où la petite pensionnaire volontairement et sagement s'efface. Les circonstances favorisant sa nonchalance naturelle, elle ne réagit point contre sa timidité native et la passivité de son caractère. Disons-le de suite : sous la tutelle de son beau-père, puis sous celle de son mari, elle vivra pendant vingt ans d'une existence en quelque sorte négative et peu fertile en « gestes » notoires et en actes personnels.

Au Palais Royal même, sa présence exige beaucoup de prudence et de discrétion. Elle le comprend, car elle possède une appréciable qualité :

le tact. La vie du duc d'Orléans est de celles en effet qui ne vont point sans provoquer quelque gène chez une bru, surtout lorsque celle-ci est la tille du vertueux duc de Penthièvre.

Comme ce prince tenait de sa mère — née Bade — un physique un peu lourd qu'accentuait encore le légendaire embonpoint des Bourbons, on n'a voulu voir en lui qu'un « brave homme ». Cela va de soi. C est — on ne sait trop pourquoi — l'épithète dont l'esprit humain, un peu paresseux et propre aux généralisations hasardeuses, qualifie volontiers les individus corpulents. On répète volontiers qu'il était a bonasse » et d'esprit court. Il est permis de croire qu'à le mieux étudier on lui trouverait des facultés plus amples. Il avait eu des actions à la guerre et il avait donné des preuves de sa vaillance en Flandre et en Allemagne. D'Argenson, dont l'indulgence n'était pas la qualité maîtresse, a reconnu qu'il était « ferme, de bon sens, juste, droit, homme de parole et haut comme le doivent être les princes ' ».

Bien qu'il fut assez économe dans l'ordonnance de sa vie, il était charitable au point de donner Soo.ooo livres par an aux pauvres. Enfin il se montrait grand amateur de littérature, protecteur des arts et des artistes, comme tous les princes de sa branche -, et la parfaite bonne grâce avec laquelle il accueillait son monde l'avait fait surnommer le Roi de Paris.

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