Archives nationales, ibidem
4. Les relevailles eurent lieu en grande pompe dans la chapelle de la princesse, au Palais-Royal, le i^r novembre. Elle
1res se rendit à Forges, où elle prit les eaux pendant deux années de suite.
La jolie petite station thermale de Forges était, au XYii^ et au xyiii^ siècles, extrêmement connue. Alors qu'on se faisait une gloire de posséder une postérité nombreuse, les femmes accouraient volontiers à cette fontaine de Jouvence qui leur assurait, dit-on, des vertus prolifiques... Aujourd'hui, Forges est un peu délaissé...
Le duc de Chartres accompagna sa femme à son premier voyage et il la laissa en compagnie nombreuse : ]M"^e (Je Genlis, jN!"^© (\q Blot, le chevalier de Durfort, le comte de Clermont, l'abbé de Montauban.
Il y avait là, pour passer le temps, quelques distractions : le jeu, les tracasseries entre les « dames des eaux »', les promenades dans « une espèce de désert rempli de bruyères » ou dans les bois « pleins de fraises, de mûriers et de framboisiers sauvages » qui avoisinent la « riche abbaye de Bobec ». Au grand ébahissement des villageois, la princesse parcourait le pays dans « son beau carrosse doré avec six chevaux tout bigarrés d'argent » précédés de coureurs en habit écarlate, et parfois elle entrait dans les chaumières des indigents, à grand' peine d'ailleurs, car « les souliers à talons, les chapeaux et les plumes » l'obligeaient
reçut les « visites publiques » au sujet de ses couches « depuis la révolution de la quatrième semaine jusques et y compris la cinquième » Archives nationales, K. 546.
I. Cf. Deltllk, p. 17, et surtout V Idylle d'un Gouverneur de G. Maugras (Paris, 1904), dont on reparlera plus loin.
à se courber sous les portes basses K Les pauvres, en effet, jouaient à Forges un grand rôle dans sa vie, et son « coëffeur », M. Regnol, était chargé de rechercher les familles indigentes de Forges et des environs. Chaque matin, il faisait son rapport à la princesse, qui, pour elles, lui donnait les secours nécessaires.
Les séjours de la duchesse de Chartres lui furent d'autant plus faciles que, pendant deux ans, elle fut dispensée de « faire sa cour » à Versailles.
En 1771, au moment de la création du nouveau Parlement, le duc de Chartres, ainsi que la plupart des princes du sang, avait protesté et refusé d'assister aux lits de justice du Roi. Il en était résulté une disgrâce qui dura deux ans et qui était de très fâcheux augure.
Pendant cet intervalle, un événement survint qui, au Palais-Royal, rendit la situation plus difficile encore pour la duchesse de Chartres. Au commencement d'août, on annonça le prochain mariage du duc d'Orléans et de M^^^^ de Montesson.
Ce fut dans la société un toile général. Le duc de Chartres avait obtenu récemment de M'^® de Montesson la promesse de surseoir pendant deux ans à tout projet d'alliance. Devant cette violation de parole, il se montra fort courroucé et il fut cacher son dépit en Relgique. Il fut d'abord, à Belœil, l'hôte de son ami, le prince de Ligne, puis il se rendit aux eaux de Spa avec - « une partie con-
I. On trouvera dans les Veillées du Château, deM^^^ de Gen- Lis, t. III, p. 291, le récit d'une jolie anecdote, dans laquelle la duchesse de Chartres joue le rôle « d'ange bienfaisant ».
a. Mémoires du duc des Cars, 1890, 1. 1, p. 274.
sidérable de la plus grande compagnie de la Cour et de la ville ». Bien qu'il fût là, quelque peu charmé par la princesse Sangusko, une veuve à la tournure séduisante, qui attirait tous les regards ^, il adresse de Spa à sa femme, des lettres très affectueuses. Celle-ci était fort embarrassée sur la conduite à tenir vis-à-vis du duc d'Orléans pendant ses négociations matrimoniales. « Rassurés-vous bien, lui écrit le duc d'Orléans, le i^^" août 1778, et n'ayés aucune inquiétude. Sûrement, z7 ne vous en parlera pas, mais vraisemblablement, il fera ce qu'il pourra pour vous le laisser entendre et peutêtre bien, si vous rougisses ou si vous vous embarrassés, supposera-t-il que vous Favés compris sans qu'il vous le dise et continuera-t-il à vous en parler comme si vous le saviés. Voilà ce qu'il faut tâcher d'éviter et rassembler toute l'assurance, même l'efiFronterie qui est en vous, dût-il vous prendre pour ce moment-là seulement, pour la plus bête de toutes les créatures. Il ne faut pas le comprendre quelque chose qu'il dise... »
Le mariage est bientôt célébré à Paris. Mais jVjme de Montesson, qui, suivant l'histoire, a su amener le duc d'Orléans au conjugat en résistant à ses avances -, n'obtient cependant pas qu'il soit officiellement déclaré. Le Roi a exigé une union secrète,
I. Elle était également très courtisée par le prince de Nassau, qui l'épousa peu après.
a. Telle est la version historique. Saivant la légende recueillie par M. Roch {Histoire de Villers-Cotterets citée plus haut), qui descend de plusieurs familles attachées aux d'Orléans et qui a recueilli la tradition, M^^de Montesson n'aurait pas été aussi vertueuse, et ou indique encore, dans la forêt de Villers- Cotterets, certain carrefour qui serait de galante mémoire. Mais la tradition verbale dénature souvent les faits.
et une feuille de papier blanc devra recouvrir l'acte de mariage inscrit aux registres paroissiaux de l'église Saint-Eustache.
Dès lors, la ducliesse de Chartres fut obligée de supporter sa belle-mère, dont la faveur avait fait reléguer bien loin jNP^ Le Marquis. Suivant une habitude dont l'origine est assurément très ancienne, ceux-là mêmes qui avaient le plus crié contre le mariage furent les plus empressés à se rendre aux fêtes de Yillers-Gotterets :
Le duc d'Orléans et M^^ deMontesson, modeste d'ailleurs dans son triomphe, donnent, aussitôt après leur mariage, une série plus brillante que jamais de comédies, de bals et de chasses à courre. Tout ce qu'il y a de plus considérable dans le monde s'y rend. Quatre dames de qualité qui donnent alors le ton dans la société — ]\P^^e* de Luxembourg, de Boufflers, de Beauvau et de Gramont — sont les premières à accepter les invitations ; et sur les routes de Paris à Yillers on ne voit plus que carrosses aux blasons historiques, coureurs et laquais portant l'uniforme rouge à brandebourgs d'or « des voyages de Villers-Cotterets » qui leur donnent un air de « seigneurs étrangers^ ». L'engouement est tel que le duc de Penthièvre luimême quitte pendant quelques jours ses habitudes sévères pour prendre place au milieu des invités. Peut-être eùt-il mieux valu pour lui s'abstenir, car en écrivant à la comtesse d'Hunolstein, la duchesse de Fitz-James, présente à ces fêtes, parle de