‹ Louise-Marie-Adélaïde de Bourbon Penthièvre, duchesse d'OrléansChapitre 67 sur 168 · I. Delille : Op. cit., p · texte numérisé non relu

I. Delille : Op. cit., p

plus excellent du monde, et précisément il possède un ours apprivoisé.

On sacrifie sur l'heure l'animal infortuné, et dans la nuit même, il est réduit en « bouillon d'ours », que la princesse apprécie infiniment.

Et, après dix jours de plaisirs variés, on entreprend — le 3 juin — le « périlleux voyage de la Corniche ».

Autres temps, autres mœurs ! La Côte d'Azur offre un aspect quelque peu diff'érent de celui de nos jours. Interrogé sur les dangers du voyage, un muletier répond avec flegme : « Je ne suis pas inquiet pour vous, Mesdames, mais à dire la vérité, je crains un peu pour mes mulets, parce que, l'an passé, j'en perdis deux qui furent écrasés par des gros morceaux de rocher, car il s'en détache souvent de la montagne. » Aux environs de Bordhigera — que M"i^ de Genlis appelle Bourdeguierres — les voyageurs estiment que le pays est aride et affreux, et leur jugement prouve une fois déplus combien nous sommes distants des hommes du xYiiF siècle dans nos appréciations sur la nature. Le confort, il faut le dire, n'est pas précisément celui de nos jours et n'incline point à l'indulgence. La duchesse de Chartres couche à Hospitalleta, entre ses deux dames, dans une chambre à blé sur un lit de feuillage. Le feuillage est sec, le blé s'éboule sur sa tête, les couvertures des muletiers remplacent insuffisamment les draps brodés du Palais-Royal. Tout cela en un mot manque un peu de charmes... Mais la princesse est jeune, elle voyage pour son plaisir, et peut-être, aux jours de

la prison et de l'exil, quand elle endurera les privations les plus cruelles, jettera-t-elle en arrière un regard de regret en songeant à la « feuillée » de l'Hospitalleta.

Nous ne suivrons pas la duchesse de Chartres dans toutes ses pérégrinations. M^^^ de Genlis, en effet, a tenu fort exactement le journal de ce voyage en Italie, dont certains détails seuls doivent être repris et dont il suffit par ailleurs d'esquisser les grandes lignes.

Jusqu'à Gênes, les débuts assurément en sont pénibles, s'il faut en croire Delille qui nous dit : <( On prépara des espèces de chaises à porteur pour Son Altesse et pour ses dames, et six hommes furent attachés au service de chaque chaise. Pendant cinq jours que dura le trajet de Nice à Gênes, la princesse et ses dames n'eurent pas d'autre logement et d'autre lit que ces chaises. » Enfin, on atteint, non sans peine, « Gênes la superbe », où tout de suite une princesse française donne le ton. Le premier jour, elle apparaît en demi-grand bonnet, « ce qui fait triompher les maris, ennemis des coëffures hautes et des panaches, et désole les femmes, qui se piquent de se parer à la Parisienne ». Mais le lendemain « elle se met in fiocchi et arbore les plumes », si bien que les dames sont dans l'allégresse et commandent ôo.ooo livres de plumes en France K

En arrivant dans le duché de Modêne, la princesse fit preuve de quelque naïveté, Lorsqu'en

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