I. Bachaumont, 5 juin
DUCHESSE D'ORLÉANS i:3
descendant dans les belles plaines de Lombardie, elle vit les guirlandes de pampre qui réunissaient les arbres de la contrée, elle s'émerveilla :
— En vérité, fit-elle, mon grand-père est trop aimable.
Et l'on connut par cette exclamation que, dans les vignes cultivées comme aux temps lointains où les chantait Virgile, la duchesse de Chartres avait cru voir les ornements d'une fête ordonnée par le duc de Modène.
Ce prince marqua beaucoup de satisfaction à recevoir sa petite-fille. C'était un étrange vieillard de quatre-vingts ans. Il était aveugle et il se faisait couvrir le visage de rouge et de blanc, ce qui attirait plus encore l'attention sur son nez, de proportions extrêmes, et sur ses sourcils, peints du plus beau noir d'ébène. Il vivait à Modène, au «ein d'une petite cour un peu somnolente et fossile, avec son fils, le prince héréditaire, sa fille l'archiduchesse iNIarie et deux vieilles sœurs non mariées, modèles de toutes les vertus conservées dans un pieux célibat K
Après quelques jours de fêtes et de divertissements, la « comtesse de Joinville », ayant suffisamment joui de sa famille, partit pour Mantoue, puis elle s'arrêta à Venise, pour le mariage du Doge et de la mer. Mais c'est à Rome que l'attendaient le meilleur accueil et les plus heureuses surprises.
Le cardinal de Bernis, avec lequel M. de Penthiè-
I. François III, duc de Modène, mourut d'une fièvre maligne à Varese le 22 février 1780. On trouve de longs détails sur sa maladie aux Affaires étrangères, Modène, Correspondance.
vre est en grand commerce d'amitié, la reçoit magnifiquement dans le palais Sciarra, qu'il a fait meubler pour elle. Elle conserve le plus strict incognito. Si elle se déclarait princesse française, il lui faudrait en effet offrir de nombreux cadeaux, dont la dépense serait excessive, et, de plus, elle risquerait de compromettre la dignité des princes du sang, qui prétendent aux prérogatives des archiducs. Or, à Rome, on hait la France, et l'ignorance de notre dynastie est telle qu'on sait à peine qui est le duc de Chartres.
Une sympathie naît rapidement entre le cardinal et la princesse. Plus tard, quand tout sera perdu pour elle, jusqu'à l'honneur de son nom, elle se souviendra de ce vieillard qui a été son hôte, et dans une plainte éloquente elle lui dira ce qu'elle a souffert ^
Et dès qu'ils se connaissent, le cardinal écrit, pour faire l'éloge de sa fdle, au duc de Penthièvre qui lui répond d'Anet, le 8 juin 1776 : « Je suis inliniment sensible à ce que Votre Eminence veut bien me mander au sujet du voyage de ma fille à Rome. Il ne m'était pas possible de l'en instruire, n'étant pas non plus dans le secret. Elle m'en a parlé pour la première fois dans une lettre qu'elle m'a écrite l'avant-veille de son départ de Gênes. »
Et le mois suivant, le duc de Penlhièvre écrit encore :