I. Frédéric Massox : Le Cardinal de Demis. Pion, il p
« Je rends un million de grâces à Votre Eminence de l'attention qu'elle a eue de me donner des nouvelles de ma tille. La bonne opinion qu'elle a pris de cette jeune personne me fait grand plaisir. C'est une enfant bien née, qui ne fera rien de mal de son propre mouvement. Malgré la mode, je voudrais que son voyage eût été arrangé d'une autre manière... ^ »
Passons sur les divertissements nombreux qui furent offerts à la duchesse de Chartres dans la ville de Rome, sur sa présentation au Vatican, sur la belle fête que lui donna le prince de Palestrina, chez lequel elle rencontre la duchesse de Cerifalco, sa fille, qui, pendant neuf ans, a été enfermée dans un souterrain par son mari, sur ses visites aux monuments de la Rome antique, qui doivent singulièrement augmenter son goût pour les arts et développer son esprit, et transportons-nous avec elle à Naples.
Là se place un événement dont les suites lointaines seront considérables, puisqu'elles feront monter un jour la reine Marie-Amélie sur le trône de France.
A Naples, la princesse et ses dames sont présentées à la Cour dans le plus déplorable des costumes. Des brigands leur ont volé les paniers contenant leurs (( robes parées ». Ce larcin, d'ailleurs, sera bientôt réparé par la bonne grâce du roi, qui obtiendra la restitution, car sa police est dans les
I. LeUres inédites du Cardinal de Bernis. Communication de M. Frédéric Masson, de l'Académie française.
meilleurs termes avec les filous, qu'elle tolère ; mais, en attendant cette issue, la duchesse de Chartres doit faire ses révérences avec des vêtements d'emprunt : robes trop courtes et paniers trop grands. Ce désobligeant appareil n'indispose pas la reine Marie-Caroline. Tout de suite elle sent naître en elle pour la visiteuse une de ces sympathies passionnées qui lui sont assez habituelles. En peu de jours, la réciprocité s'établit et une affection mutuelle se crée, dont ni le temps ni la distance ne sauront plus tard avoir raison. Entre la douce princesse et la souveraine, si fameuse par sa nature ardente et virile, son tempérament insatiable, un tel sentiment étonne.
Mais il faut le dire, la sœur de Marie- Antoinette n'est pas encore — en apparence tout au moins — la reine un peu farouche connue par ses relations avec Acton et Lady Hamilton, et par les réactions sanglantes qui suivront la révolution napolitaine : « Cette princesse, nous dit ;^Ime (le Genlis, ressemblait beaucoup à la reine de France ; elle avait moins d'éclat et de noblesse ; mais sa physionomie était extrêmement douce ; ses manières étaient remplies de grâce, elle avait des talents, de l'esprit et de l'instruction ^ » De telles apparences séduisirent la duchesse de Chartres. Elle goûta le charme de cet intérieur royal dans lequel la reine jouait sans cesse avec son fils, dont la nourrice était vêtue en simple paysanne de la Calabre, tandis que le Roi — un excellent
I. M'"* DE Genlis: Op. cit., t. III, p. 60. Delille : Op. cit., p. 3i.
homme assez nul et d'instruction médiocre — lui chantait, par galanterie, de vieilles chansons françaises. L'incomparable beauté du ciel napolitain et l'attrait du nouveau, les honneurs qui lui furent rendus chaque jour firent le reste, et quand elle quitta Naples après un rapide séjour, la princesse était si charmée qu'elle promit à la reine de lui écrire tous les quinze jours. Elle tint sa promesse, affirme-t-on. Marie-Caroline elle-même se montra fidèle à un engagement plus grave :
— Mon souhait le plus cher, dit-elle à la duchesse au moment du départ, est que le ciel m'envoie une fille afin de pouvoir la donner un jour en mariage à M. le duc de Valois.
La duchesse d'Orléans ne devait jamais oublier ces paroles...
Après un nouvel arrêt de la princesse à Rome, il faut noter sa visite à Parme, où, là encore, elle fut reçue par une sœur de ]Marie-Antoinette, cette infante de Parme, si extraordinaire — et si distante de sa sœur, la reine de France — qui n'aimait que la chasse, les plaisirs masculins et les longues chevauchées à travers les bois solitaires. Son mari, le duc de Parme, on l'a vu, s'était mis jadis sur les rangs pour épouser celle qui était alors M^^^ de Penthièvre, mais ce mariage consanguin eût été sans doute fâcheux, car la duchesse de Chartres elle-même fut frappée de voir qu'en raison de cette étonnante persistance du type Bourbon, il lui ressemblait autant qu'un frère ^
Enfin, le retour en France fat marqué par une