I. M"e deGenlis : Op. cit., t. III, p
dernière escale à Turin, où les voyageurs demeurèrent pendant une semaine à la Cour, heureux d'y retrouver Madame Clotilde, celte excellente sœur du roi Louis XVI, que les Français ironiques avaient plaisamment surnommée le « Gros Madame ».
Là aussi, la duchesse de Chartres se lia avec la princesse de Carignan, mère de sa belle-sœur, la princesse de Lamballe, qui lui fit grand accueil K L'infortunée princesse se sentait très malade. Elle exposa longuement à la duchesse de Chartres son état de santé... ses forces déclinaient... la mort
I. C'est à ce voyage d'Italie que se rapporte l'absurde fable de Maria Stella qui n'a point sa place ici, puisque ce roman ne vit le jour qu'en 1824, après la mort de la princesse, bien entendu. On connaît les faits : Maria Stella, qui épousa lord Xewborough, puis le baron Sternberg, était la fille d'un pauvre geôlier de Modigliana, aux environs de Modène. Elle prétendit avoir été échangée au moment de sa naissance contre un garçon, né le 17 avril i""3. Selon sa version, c'est cet enfant qui aurait été fils du geôlier, taudis qu'elle-même était fille du « Comte de Joinville », grand seigneur voyageant alors en Italie. De là à dire que le futur roi Louis-Philippe occupait sa place, il n'y avait qu'un pas à franchir. Elle le franchit et, comme certaines imaginations préfèrent le roman historique à Ihistoire telle qu'elle est, elle eut ses défenseurs et ses chauds partisans. On rappela qu'un enfant avait déjà été substitué au premier-né de la duchesse d'Orléans, que le duc de Valois (Louis-Philippe) avait été ondoyé « dans une pièce obscure », preuve que c'était bien le fils du geôlier Chiappini, né six mois avant le faux duc de Valois et caché au Palais-Royal. Une nouvelle preuve encore : Le duc de Valois paraissait très gros pour son âge aux Parisiens qui le voyaient dans son berceau : Nécessairement, puisqu'il avait six mois de plus que l'enfant né au Palais-Royal... le((uel n'était autre que l'infortunée Maria Stella! Sans entrer dans la discussion de cette affaire qui passionna l'opinion publique, disons simplement que la duchesse de Chartres alla pour la première fois en Italie en 1776, et le duc de Chartres en 1782. Cf. pour plus de détail : Les Mémoires de Maria Stella, La vie de Louis- Philippe, par Alexandre Dumas, 1. 1, pp. 6-7, les Mémoires de M. Dupin, 1. 1, pp. 356 et ss., les travaux du vicomte de Reiset, etc.
allait venir. Ne pourrait-elle plus revoir sa fille à Turin? Yaiiiement elle supplia. Malgré son bon cœur, M^^ la duchesse de Chartres dut lui répondre que la Cour de France était inexorable dans son protocole et que ^l^^^ de Lamballe ne pouvait quitter la Reine '.
En revenant en France, la princesse fut très émue. Quand, au Pont-de-Beauvoisin, elle vit la borne qui marquait la frontière, elle « fondit en larmes ^ ».
Heureuse de revoir son pays, elle y rapportait d'inoubliables souvenirs. Partout, elle avait été fêtée et choyée, mais — ce que nous n'avons pas dit — c'est que les étrangers seuls ne s'étaient pas mis en frais pour la recevoir. Si le temps nous l'avait permis, nous aurions insisté non seulement sur l'hospitalité du cardinal de Bernis, mais aussi sur celle de M. de Clermont, notre ambassadeur à Naples, sur celle de M. de Flavigny, notre ambassadeur à Parme, et sur bien d'autres. Une remarque nettement se dégage des faits quand on lit les récits de voyages de nos compatriotes au xviii^ siècle, c'est le fasle incomparable déployé par notre corps diplomatique, sa bonne grâce, son affabilité dans l'accueil, ce je ne sais quoi, enfin, qui nous permet de parodier une phrase célèbre et de dire que si, au xviii^ siècle, « l'urbanité était reine en France », l'urbanité française était reine en Europe.