‹ Louise-Marie-Adélaïde de Bourbon Penthièvre, duchesse d'OrléansChapitre 77 sur 168 · I. Mercure de France, septembre · texte numérisé non relu

I. Mercure de France, septembre

l'écusson de Son Altesse Royale deux autres couronnes de roses, figurant les jumelles nouvellement nées *.

Elles étaient très ehétives, ces petites jumelles, venues au monde à sept mois et demi. Non sans quelque réalisme, M^^^ de Genlis écrit à leur sujet : « Elles étaient d'une faiblesse extrême. Il y avait une particularité très extraordinaire dans leur état. Elles vinrent au monde toutes les deux avec les pieds noirâtres, comme meurtris, et sentant excessivement mauvais, ce qui dura plusieurs jours. Mais, peu à peu, celte espèce de putréfaction partielle se dissipa. »

On les confia à M^^^ de Rochambeau pendant qu'on bâtissait Bellechasse. Puis, quand l'heure de la séparation fut venue, la duchesse de Chartres, le cœur déchiré, donna au Palais-Royal un grand dîner d'apparat en l'honneur de la nouvelle gouvernante. Et certes, ce soir-là, devant l'innocence de la pauvre mère qui fêtait la maîtresse de son mari, et lui abandonnait ses tilles au berceau, plus d'un sourire imperceptible et gouailleur dut se dessiner sur les lèvres des courtisans au cœur sec.

Dès que M^^ de Genlis, non sans ambition, mais non sans courage il faut le dire, se fut enfermée à Bellechasse, après avoir renoncé au monde, la duchesse de Chartres ne manqua pas chaque jour, au grand trot de ses chevaux de carrosse \

1. Grmmre de la coUection Hennin B. N., citée par R. Arnaud : M"* Adélaïde, p. 17.

2. Ses chevaux étaient « très vite ». Cf. Delille : Op. cit. y p. 21.

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de traverser la Seine et d'aller embrasser ses (illes. Son mari alla souvent — très souvent même — visiter les enfants et leur gouvernante, sans choisir, semble-t-il, les mêmes heures que la princesse, et le duc de Penthièvre, cinq ou six fois par an, dépassa le seuil du couvent, chargé de jouets et de friandises, tandis que le duc d'Orléans, subjugué par M'"e de Montesson, n'eut jamais la curiosité ni la tendresse d'aller voir ses petites-filles ^

Malgré les visites maternelles, la séparation était bien définitive. C'était le premier acte d'un drame intime très douloureux et très long. La princesse avait cédé, et elle devait un jour cruellement s'en repentir. Aujourd'hui, on lui enlève ses filles. Demain, on lui enlèvera ses fils, et jusqu'à la mort elle mènera maintenant la vie anormale d'une femme en quelque sorte déchue — et pourquoi ? — de la puissance maternelle. Une autre a pris sa place, a mis la main sur ses enfants et s'emparera de leur cœur. Kntre Mademoiselle d'Orléans, la seule qui survivra des jumelles, le fossé est nettement creusé.

Dans l'avenir, la duchesse d'Orléans et Madame Adélaïde — personne intelligente, sèche, de peu d'imagination — se retrouveront assurément; elles chemineront parfois côte à côte, elles seront en quelque sorte « parallèles », mais elles ne se rencontreront jamais dans cette union et cette conformité de sentiments qui devraient exister entre mère et fille.

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