Bachaumoxt, ; août
2. Cf. Correspondance secrète ô.q'Métrx. t. V, 289-292. Mémoires du duc des Gars, t. I, p. 184.
ceci est la plus sanglante injure — on l'accuse calomnieusement d'avoir été lâche à Ouessant. Alors, le duc de Chartres écrit au roi, et il commet une lourde erreur. C'est la première et non la dernière de ses maladresses : Il demande sur terre un commandement qui ne lui est même pas accordé de suite... Jamais il ne le pardonnera à la Reine, dont il croit voir là l'hostilité secrète.
La calomnie gagne. Elle se répand dans les classes les plus humbles, auprès desquelles la popularité du duc de Chartres, qui subit des fluctuations sans nombre, baisse alors singulièrement.
Et au fait, quel est-il donc ce duc de Chartres, si àprement discuté, vers cette époque de sa vie conjugale ?
Certes, il est très loin de n'avoir que des défauts. De ses qualités on ose à peine parler maintenant, parce que la figure du duc de Chartres nous apparaît si déformée par le vote régicide de Philippe- Égalité, qu'il est difficile de porter sur lui un jugement équitable, mais si l'on recueillait les opinions de ses contemporains — de ceux que n'influençaient point le parti de la cour, ou celui de M^^e de Montesson — on lui trouverait des défenseurs avant de le proclamer « un monstre ».
M. des Cars déclare qu'il était alors un aimable libertin. Le prince de Ligne va plus loin. Même après 1^93 il ose écrire : « Sa société jusqu'à la Révolution était tout ce qu'il y a de mieux en hommes. Nous l'avons vu exposer sa vie pour
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sauver celle d'un de ses gens ^ Nous l'avons vu renoncer à tirer et pleurer parce que l'un de ses coureurs, par étourderie se levant d'un fossé, reçut de lui quelques grains de plomb dans le cou. Je l'ai vu proposer de se battre en bon gentilhomme, très difficile en délicatesse sur le compte de bien des gens, hasardeux et de sang-froid dans un ballon, et de bon exemple à Ouessant, quoi qu'on dise ; par amour-propre trop circonspect et peQt-être avide de paris, avare en petites choses, mais généreux dans les grandes. ... Ses orgies étaient des fables. 11 était de bonne compagnie, même au milieu de la mauvaise. Poli avec un peu de hauteur pourtant avec les hommes, attentif, presque respectueux avec les femmes ; gai pour lui-même. De bon goiit dans les plaisanteries, il avait plus de trait que de conversation. Dans d'autres circonstances il aurait tenu du Régent. Il avait de son genre d'esprit... Quand on a été son ami — mot dont il connaissait la valeur — il faut le pleurer avant de le détester-. »
Voilà un chaleureux défenseur... un peu trop chaleureux peut-être. Le portrait est flatté, mais il n'est pas inexact et il explique l'amour durable de la princesse pour son mari. Il a des égards pour elle, et l'on pourrait dire de cet anglophile qu'il est avec elle très « gentleman ». Aussitôt après ses
1. A Villers-Cotterets, il sauva son jockey de l'eau en se jetant à la nage. II était alors en disgrâce. « Je savais bien qu'on verrait ce prince revenir sur l'eau », s'écria alors le M'^ de Bièvre.
2. Cf. dans la Revue politique (année 1882), pp. 29 et 3i, un article de M. de Lescure sur Philippe-Egalité.
essais si fameux d'aérostalion et sa chute à Meudon, il court vers sa femme pour la rassurer ; au retour d'Ouessant, ses premières paroles sont pour elle ; cherchant à la distraire, il se déguise un jour en ours — la farce manque peut-être de délicatesse — pour la surprendre chez M"^^ de Bourbon ; enfin, le duc de Penthièvre, pendant de longues années, se loue de lui comme gendre ^
Au reste, après la faillite de son bonheur, la princesse ne dira-t-elle pas à M. de Moriolles que son mari lui a paru très longtemps « le plus délicat et le plus tendre des époux »?- Non, décidément cela n'est pas si étonnant qu'on le pourrait croire. M. de Paroy, ami particulier de la princesse, déclare le duc de Chartres a ami des arts, aimable, gai », de société agréable ^ Tilly parle de même. « Dans sa maison régnait entre tous... écrit encore le prince de Ligne, un ton charmant d'affection et de simplicité familière très loin des mœurs d'ancien régime, tout près de notre famille moderne. Dans son intérieur adouci par sa bonté, égayé par son esprit, il charmait. »
On conçoit qu'une femme telle que la duchesse de Chartres ait été longue à la percer à jour et à découvrir ses défauts. N'a-t-il pas toutes les apparences du mari fidèle? Jusqu'à Mn^e de Buffon, nous ne lui connaissons pas de maîtresse... offi-
1. Bachaumoxt; ^i"" cI'Odeukirch ; Journal de Collé ; Jl/élanges du Prince de Ligne ; Lettres inédites du duc de Penthièvre, etc.