‹ Louise-Marie-Adélaïde de Bourbon Penthièvre, duchesse d'OrléansChapitre 80 sur 168 · Mémoires du comte de Paioj, pp · texte numérisé non relu

Mémoires du comte de Paioj, pp

DUCHESSE D'ORLÉAXS 149

cielle, et cela est considérable en son temps. Et quant aux aventures libertines, à la débauche honteuse, la duchesse de Chartres évidemment les ignore, ou elle les veut ignorer.

Mais ce qu'elle ignore aussi peut-être, c'est cette indolence et cette faiblesse qui mèneront son mari sur la pente fatale. Qu'on regarde un portrait du duc de Chartres à la pleine maturité de son âge, et, dans le nez, opulent et sensuel, dans l'arc relâché du menton qui se perd dans les plis d'un cou d'épicurien apoplectique, dans l'œil tombant et ce je ne sais quoi de las qui caractérise le visage, il semble qu'on lise les incertitudes de la pensée, les intermittences et les défaillances de l'énergie.

Et vraiment on devine bien là l'enfant gâté, languissant dans l'inaction, annihilé comme tous les princes de la branche cadette, embourgeoisé et mécontent de l'être, et aussi la résultante — avec toutes ses contradictions — d'un mariage entre la lascive Henriette de Bourbon Conti, aux instincts bas, et le « gros Philippe », aux goûts artistiques, petit-fils du Régent.

11 est temps, en vérité, que la duchesse de Chartres vienne moralement donner un nouvel essor à la race des d'Orléans en lui infusant le sang des Penthièvre ^

En attendant cet avenir qu'elle ne prévoit point,

I. Sans diminuer leurs mérites propres et ceux de leur éducation, on ne peut s'empêcher cependant de constater chez les enfants du roi Louis-Philippe de grandes qualités qu'on peut attribuer pour une part à l'hérédité Penthièvre. Il y a notamment entre le duc de Nemours et son bisaïeul le duc de Penthièvre des analogies frappantes.

la princesse s'ingénie à adoucir les amertumes du prince qui s'aigrit. Elle l'engage à se rendre de nouveau populaire, en faisant travailler le peuple. On assure que, plus tard, elle ne sera pas hostile à ces travaux du Palais-Royal — entreprise financière, qui, au point de vue artistique, est à la honte du duc de Chartres, mais qui eut une répercussion heureuse à d'autres points de vue. Il y a certaines mesures qu'il faut envisager — déjà — sous l'angle démocratique. Les boutiques du Palais-Royal scandaliseront les artistes et les propriétaires, mais elles concilieront au prince l'affection des manieurs de truelle.

La duchesse de Chartres ne néglige rien pour plaire à son mari. Il est « un Dieu pour elle, quand il est absent, son âme, livrée à une douleur mélancolique, est fermée au sentiment de la joie et du plaisir. Elle le soigne, le médicamente, couche près de lui quand il est malade, ne se fiant à aucun médecine » Elle ne craint ni les courses de traîneaux qui la fatiguent, ni les courses de chevaux qui l'ennuient -. Elle reçoit avec lui toutes les notabilités à la mode, pour lesquelles le Palais- Royal est toujours si accueillant. En 1778, elle y donne audience à Franklin, puis à Voltaire. Et certes, l'amour-propre de celui-ci reçoit à son gré les hommages dont il est si avide : « Il voulait se

1. Vie secrète de la duchesse d'Orléans. Ce pamphlet, comme on l'a déjà dit, est à consulter avec la plus grande précaution, mais l'auteur paraît bien initié aux détails de la vie de la princesse.

2. Réfutation... de la conjuration de Montjoie (par Rouzet de Folmon).

tenir debout, nous dit Bachaumont^ mais Son Altesse [le duc de Chartres] l'a forcé de s'asseoir, sous prétexte qu'il voulait jouir longtemps de sa conversation. M™^ la duchesse de Chartres, qui était encore au lit, instruite de la présence du vieillard, s'est fait habiller promptement et est passée chez Monseigneur. Nouvelle confusion du philosophe, qui voulait se jeter aux genoux de la princesse et y rester. On l'a fait rasseoir une deuxième fois pour l'entendre. Il s'est répandu en compliments sur les enfants de Leurs Altesses, et principalement sur le duc de Valois. Il a prétendu qu'il ressemblait au Régent. »

La duchesse de Chartres qui avait tx)ujours souhaité une postérité nombreuse — encore qu'on lui enlevât ses enfants un à un — mit au monde, le 7 octobre 1779, un fils qui reçut le nom de comte de Beaujolais. C'est l'occasion d'un bon mot dn duc de Chartres : « Eh quoi ! lui dit-il au moment de la naissance, après avoir soupesé l'enfant : vous ne me donnez qu'un fils à moi qui ai travaillé pour quatre - ? »

Puis, pendant deux ou trois ans, c'est pour elle la vie tout à la fois agitée et monotone des cours, dans laquelle tout est réglé, prévu, et que rien ne signale, si ce n'est, çà et là, quelque solennité familiale ou quelque Aisite de prince étranger et les immenses travaux du Palais-Royal.

1. Bachaumont : Mémoires secrets. Année 17-8, p. 461. Voltaire, qui venait de faire représenter Irène, était le dieu du jour.

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