‹ Louise-Marie-Adélaïde de Bourbon Penthièvre, duchesse d'OrléansChapitre 83 sur 168 · I. Archives nationales. K · texte numérisé non relu

I. Archives nationales. K

chesse. Débilitée par le chagrin et par la fatigue, €lle tomba malade de la rougeole. M^^ de Genlis nous assure que la maladie fut bénigne, et Delille qu'elle fut très grave.

... Parmi les visites que recevait alors le Palais- Royal, il en est une qu'on ne peut passer sous silence, tant elle fit alors de bruit à Versailles, à Paris et dans la France entière : En 1782, le tsaréwitch, qui devint Paul I^i-, et sa femme, née Montbéliard, vinrent chez nous incognito, sous le nom de comte et comtesse du Nord. Le Roi, le prince de Condé, le duc de Penthièvre surtout, leur donnèrent des fêtes splendides, auxquelles la duchesse de Chartres prit part, et très vite, elle se lia avec la comtesse du Nord. Cette dernière a été élevée dans une cour minuscule — celle de Montbéliard — où se sont conservées par miracle les vertus de l'âge d'or et les mœurs les plus patriarcales. Elle possède une qualité qui apparaît étrange, au moment où les hautes classes du xviiie siècle s'étiolent et succombent dans une décadence luxueuse et raffinée : le naturel. p]lle est donc bien faite pour comprendre le caractère de la duchesse de Chartres. Dans les réunions, elles se recherchent et elles se retrouvent, elles deviennent inséparables. Dès la première entrevue d'ailleurs, la comtesse du Nord, qui avait entendu vanter les qualités de la princesse, s'est écriée en la voyant : « Ah ! de ce moment je crois à l'amitié ! »

Puis, bientôt le duc de Penthièvre a donné une fête en ses jardins de Sceaux. C'est au cours d'une soirée du mois de mai. Un grand nombre de «dames

parées avec élégance et richesse forment le plus bel ornement » du parc, dans lequel elles passent et repassent dans l'étincellement des lumières, au murmure des grandes eaux. Des magnifiques parterres, montent des effluves embaumés. Il y a dans l'air pur une grande douceur S et dans cet alanguissement délicieux d'un beau soir, la duchesse de Chartres se promène en calèche aux côtés de la comtesse du Nord.

Nous sommes — on l'a dit — à celte époque de sensibilité un peu morbide au cours de laquelle les âmes qui ne trouvent point d'apaisement dans l'étourdissement d'une vie frivole, cherchent des émotions nouvelles, des affections passionnées, des expansions sans fin. La duchesse de Chartres qui, en ces temps où on lui élève des temples, a plus que tout autre le culte de l'amitié, jure à la comtesse du Nord, comme naguère à la reine de Naples, une affection sans bornes. Cette fois encore elle sera fidèle à son serment.

D'ailleurs, au moment de la Révolution, la comtesse du Nord, devenue impératrice de Russie, ne sera pas plus ingrate; elle offrira des secours à son amie. Et dans son testament, la duchesse de Chartres, devenue duchesse douairière d'Orléans, aimera se retourner vers le passé et se rappeler la phrase de la comtesse du Nord sur l'amitié ^.

I, « C'était à la lin de mai. Un ciel pur favorisa cette fête magniiique. » Delille : Op. cit., p. ^2. Cf. cet auteur pour la description de cette fête et aussi les Mémoires de la baronne

d'OfiERKIRCH.

a. Archives particulières.

Aux c(Més de la comtesse du Nord, il y a aussi une autre femme : sa dame d'honneur, la baronne d'Oberkireh, née ^Yaldner, une provinciale — et elle a le bon goût de n'en point rougir — qui ne comprend rien aux compromissions et aux complications de la haute vie parisienne et qui les note avec une très grande netteté dans l'observation. C'est une des rares mémorialistes du temps qui, en raison, sans doute, d'une parité de nature et d'une même limpidité d'àme, a le mieux compris la duchesse de Chartres et qui l'appelle « la plus estimable et la plus estimée des princesses... à laquelle M. le duc de Penthièvre a donné l'exemple et le précepte de toute une vie ^ ».

Le duc de Chartres, il faut le dire, n'inspire pas tout à fait la même sympathie au comte et à la comtesse du Nord et à M^^e d'Oberkireh. Il commence à marquer publiquement son goût excessif pour les biens de fortune. Récemment, il s'est fait donner par son père le Palais-Royal, en avancement d'hoirie. Le vieux duc d'Orléans s'est décidé à aller habiter un hôtel de la rue de Provence -, situé tout à côté de celui de ]\P^^c de Montesson, vis-à-vis de laquelle le duc de Chartres montrait une froideur croissante, et on affirme que le don du

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