M^"*^ d'OBEHKiRCii : Op. cit., p. ô
2. Le duc d'Orléans résida déiinitivement, dans cet hôtel et à Sainte-Assise. La duchesse de Chartres conserva avec M"^'^ de Montesson des rapports plus corrects qu'intimes. Le duc d'Orléans ne parvint jamais à concilier à celle-ci la bienveillance de la Cour. Invitée à Sainte-Assise, en octobre 1784, alors qu'elle se rendait à Fontainebleau, la reine refusa l'invitation du duc d'Orléans. Deroy : Chronique du château de Fontainebleau, p. 236.
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Palais-Royal n'est que le prix d'une réconciliation entre la « belle-mère » et le beau-fils. D'autre part, le duc de Chartres blâme ouvertement son père qui s'apprête à vendre Saint-Cloud à Marie- Antoinette, dans l'unique but de plaire à sa souveraine. Il fronde. Il ne ména^j^e pas ses paroles contre la reine.
— Le roi de France est bien patient, s'écrie le comte du Nord, chez lequel on devine déjà le futur autocrate Paid I^i-. Si ma mère avait un pareil cousin, il ne resterait pas longtemps en Russie. Les conséquences de ces rébellions sourdes dans la famille royale sont toujours plus graves qu'on ne croit.
Le duc de Chartres négligeait de semblables critiques. Peu de temps avant la visite du comte et de la comtesse du Nord, il avait imaginé quelque chose de tout à fait nouveau. Il avait nommé sa maîtresse, M"^^ de Genlis, gouverneur de ses fils. On reconnaît bien là l'homme qui pousse jusqu'à la névrose le besoin d'attirer l'attention sur lui, cette attention fùt-elle malveillante. Bien mieux, il aime jusqu'au blâme et il y aune sorte de « pose » dans ses attitudes. Pourvu qu*il étonne ce public dont il prétend se soucier si peu, il est satisfait. Et certes, les chansons qui coururent cette fois dans Paris, sur son étrange décision, sont bien pour distraire son esprit blasé.
« Comme à l'ordinaire, certain soir entre huit et neuf heures », le duc de Chartres est donc venu à Bellechasse. Il a critiqué les professeurs de ses fils; M°ie (Je Genlis a proposé divers gouverneurs,
mais sans succès, jusqu'au moment où elle s'est proposée elle-même. La tache est bien un peu lourde, mais pourquoi là où Bossuet et Fénelon ont à peu près réussi, elle,M^^e ^q Genlis, échouerait-elle? Tel est son avis, que le prince partage incontinent. La duchesse de Chartres, bien entendu, n'est môme pas consultée, et le a gouverneur » entre en fonctions. Chaque matin, MM. de Valois, de Montpensier et de Beaujolais seront conduits du Palais-Royal à Bellechasse, pour ne rentrer que le soir, et, en été, ils iront à Saint-Luc, sous la seule garde de M^^^ de Genlis. Ces faits sont amplement connus, et il est inutile d'y revenir. Il suflit ici d'éclaircir certains points qui méritent de l'être et déparier des premiers éducateurs des princes : M°^^ des Roys et le chevalier de Bonnard. Tous deux étaient honorés de la faveur spéciale de la duchesse de Chartres, et l'attitude de Mme de Genlis à leur égard fut pour le moins singulière.
Le « gouverneur de princes » a attiré l'attention de la postérité au point que ses prédécesseurs sont demeurés quelque peu obscurs. Leur personnalité, cependant, n'est pas négligeable, car ils veillèrent sur le futur roi Louis-Philippe à l'âge où, dans le cœur de l'enfant, se forment les impressions premières dont il demeurera marqué pour la vie.
Dès sa naissance, le duc de Valois avait eu pour gouvernante la marquise de Rochambeau, dont on a plus haut vanté les vertus. Mais son rôle était quelque peu honorifique. Il n'en allait pas de même de la sous-gouvernante. Aussi ce poste
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avait-il été déjà envié par M°^^ de Genlis. Celte fois, malgré l'affection qu'elle portait à sa dame d'honneur, M^^^ia duchesse de Chartres avait manifesté une volonté. A son mari, qui était très disposé à céder aux désirs de M^^^ de Genlis, elle avait opposé une autre candidate. Elle avait remarcjué, dans la maison de son beau-père, une jeune femme qui lui paraissait mieux indiquée pour s'occuper de son fils : c'était M°^e des Roys. Le duc de Chartres s'était incliné ; et la sous-gouvernante avait été nommée et maintenue en charge, quand naquirent le duc de Monlpensier et le comte de Beaujolais.
M"'^ des Roys — aïeule de celui qui devait être un jour le poète Lamartine — appartenait, par son père, à une de ces familles de la classe moyenne dans laquelle se recrutait peut-être ce que le xviii^ siècle compta de plus solide et de plus sain.
Née Marie-Marguerite Gavault, elle était fille d'un lieutenant civil et criminel de l'élection de Lyon. Par sa grand' mère, il est vrai, elle appartenait à ces étonnants Grimod, gens de finance, qui nous ont donné le gastronome Grimod de la Reynière, et qui sont tombés en quenouille dans les Malesherbes, les Chateaubriand, les Gramont, les Montmorency, voire même dans les Bonaparte par les Bleschamp. Cette parenté Grimod avait amené en 1772, à Paris, M. des Roys, le nouvel époux de M^ie Gavault, en qualité d'intendant des finances du duc d'Orléans.
Devenue sous-gouvernante, M^^^^ des Roys s'était fait considérer par ses vertus bourgeoises, par sa
simplicité, sa fidélité sans affectation aux principes les plus slricts de la morale, son dévouement absolu à ses maîtres. De plus, elle avait des lettres. Grimod de la Reynière lui avait formé un salon et — tout enfant — le petit duc de Valois put voir chez elle d'Alembert, Laclos, Florian, Buffon, Orimm et Morellet.
Quand Voltaire vint chez les princes, M"^^ des Roys assista à la visite avec sa fille, âgée de huit ans. Et c'est au Palais-Royal, sous les auspices de la duchesse de Chartres, qu'eut lieu cette rencontre piquante entre le Philosophe de Ferney et la mère de Lamartine.
Il faut donc le reconnaître : On a reproché à ;\Ime (Je Genlis d'avoir mis ses élèves en relation avec les Encyclopédistes. Le contact remonte plus haut, et M^^^6 des Roys en fut innocemment l'auteur. Ce n'est point, cependant, qu'il y eût sympathie entre les deux femmes et qu'elles se concertassent sur l'éducation de leurs élèves quand l'une passa la main à l'autre. Mécontente d'avoir été écartée en faveur de M^^^^ des Roys, au moment de la naissance du duc de Valois, M'^^^ de Genlis s'était livrée contre elle à une campagne assez perfide et l'avait précisément accusée d'avoir élevé les princes « dans des idées philosophiques ». On trouve maintes fois trace de cette inimitié dans ses Mémoires, au cours desquels elle affirme que ^fme des Roys « s'est brouillée avec elle sans motifs, malgré les très grands services qu'elle lui a rendus auprès du duc de Chartres ».
Mais, soutenue par la duchesse de Chartres,
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^{me (]es Roys conserva son poste le plus longtemps qu'elle put, malgré l'attitude de Griniod de La Reynière, qui l'abandonna pour se ranger du côté de sa rivale ^
Lassée, cependant, de cette « petite guerre » et l'heure arrivant où une autorité masculine devenait nécessaire aux princes, M^^ des Roys avait démissionné en 1778.
De concert avec la duchesse de Chartres, elle avait alors fait nommer au poste de précepteur des princes le chevalier de Bonnard, un ami personnel qu'elle avait connu chez ^I. de BufTon.
^{me de Genlis nous a laissé du chevalier un portrait qui n'est point enchanteur : Elle nous le représente comme un homme de mauvais ton et très provincial. Il y a là exagération, et à lire les vers de M. de Bonnard - et surtout son journal inédit, on découvre un caractère élevé, des sentiments lins, un sens aigu de l'observation. Quand M^e de Genlis fut en charge, M. de Bonnard démissionna. Elle assure qu'il lui marqua beaucoup d'ingratitude et qu'il devint son « ardent ennemi ». La publication du journal de M. de Bonnard nous édifiera quelque jour sur ce points S'il faut en croire une tradition conservée dans la famille de M. de
1. Les origines et la Jeunesse de Lamartine, 1790-1812, par Pierre de Lacretelle. Paris, Hachette, pp. 5o et ss.
2. Cf. Poésies du Chei'alier de Bonnard éditées dans la collection des petits poètes du xviii® siècle. Qaantin, i884, avec une excellente notice de M. Martin Dairvault.
3. Ce journal appartient à la famille de Pitteurs Hegaërts, qui descend du chevalier et qui a bien voulu m'en communiquer des extraits. On doit en espérer la prochaine publication.
Bonnard, et que nous citons sous toutes réserves, ;^jme de Genlis, avant de se plaindre de l'inimitié du chevalier, aurait désiré lui témoigner une sympathie dont l'excès l'aurait un peu effarouché.
Une fois qu'elle l'eut mis en fuite, M^^ de Genlis tira parti de ce qu'elle trouva de mieux dans son système d'éducation. C'est à lui — on l'ignore généralement — que revient l'idée d'avoir mis en honneur un mode d'enseignement que M^^^ de Genlis perfectionna et qui est très en vogue de nos jours : l'instruction par la gravure et par les projections lumineuses K
Évincé, M. de Bonnard, d'ailleurs, ne se fit point faute de lancer quelques épigrammes contre son ennemie dans son journal. La vengeance était innocente, car il n'écrivait point pour la postérité.
Nous avons par lui quelques détails inédits sur l'attitude de M^^^^ de Genlis pendant la visite du comte et de la comtesse du Nord :
« Les princes — écrit-il en 1782 — revinrent deux ou trois jours à Paris, pour voir M. le comte et M^^^ la comtesse du Nord, à qui le duc de Chartres devait donner une fête à Monceaux. Cette fête n'eut pas lieu et se réduisit à un souper, le jeudi.
I. Le comte de Paroy nous dit dans ses Mémoires (pp. 2-5- 2^6) qu'il donna à M. de Bonnard l'habitude de faire passer dans des cadres, sous les yeux de ses élèves, des estampes représentant des sujets d'histoire. M^^^ de Genlis modifia un peu le procédé et elle y ajouta la lanterne magique. Ce même procédé et celui de la lanterne magique furent proposés en 1790, par le comte de Paroy, pour l'éducation du Dauphin. On trouve dans le f* d'archives de l'Institut que je citerai plus loin une description charmantes des scènes de la lanterne magique au Palais-Royal.
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parce que la Reine invita ces illustres étrangers à souper dans les petits appartements, le samedi, qui était le jour pris par M. le duc de Chartres, pour leur donner une fête à Monceaux, à leur retour de Marly, où ils devaient déjeuner avec la Cour. La comtesse du Nord avait pris la plus tendre amitié pour M^ie la duchesse de Chartres, et la voyait tous les jours. Elle voulut voir tous les enfants. L'on fit revenir les princes et M^^ de Chartres de Saint-Leu et M. de Beaujolais de Saint- Gloud. M^ie de Genlis, qui avait ordonné la fête qui devait avoir lieu à Monceaux, n'alla point au souper, ce qui surprit fort tout le monde... soit qu'elle n'eût pas été assez contente de la manière dont la comtesse du Nord l'avait traitée le matin quand elle vit Mi^e Je Chartres, soit qu'elle craignît de se montrer avec les princes, dans une fête de soixante personnes, parmi lesquelles il y en avait plusieurs qui n'étaient pas de ses amies.
« Quel que fut son motif, elle n'y alla pas, et je ne suis pas embarrassé qu'elle ait su s'en faire un mérite auprès du prince. Le lendemain, elle avait une humeur de dogue, à ce que me dit M^^e de Blot, qui, allant voir M^^ de Chartres, fut fort surprise de trouver M^^ de Genlis et sa famille établies dans le grand appartement de M. le duc d'Orléans, et fut fort mal reçue de la dame. »
Et plus loin, M. de Bonnard nous parle en traits piquants, dans son journal, de l'attitude de ses élèves, quand M^e de Genlis les a éloignés de lui.
Il écrit le 29 décembre 1782, alors que la duchesse de Chartres revient de chez son père :
« J'apprends que la Princesse est de retour, de la veille à minuit, qu'elle a eu sa voiture cassée dans la forêt de Saint-Germain, qu'elle s'est brûlé les doigts avec une bougie phosphorique, qu'elle est tombée et a roulé^du haut d'un escalier, àVernon.
« Je me hâte d'aller la voir avec la marquise de Polignac. Celle-ci entre et dit à la Princesse que je suis là. Et la Princesse me fait entrer ; elle me traite avec bonté. Il n'y avait pas deux minutes que j'étais chez elle, quand y arrivent ses enfants, qui ne l'avaient pas vue encore. Ils courent à elle, l'embrassent et la caressent, puis, tout à coup, ils m'aperçoivent, ouvrent des grands yeux, hésitent, ils sont embarrassés. Je ne l'étais pas moins qu'eux, et j'avais, de plus, l'embarras de cacher mon embarras, à moi d'abord, puis à tous les yeux observateurs.
« Ce bon duc de Valois me regardait, voulait venir à moi, se retenait et me disait tout bas : « Bonjour, Monsieur, bonjour, Monsieur. » Son excellente maman nous tira tous d'affaire, en lui disant : « Quoi ! mon fils, tu ne dis rien à M. de Bonnard ?. . . » Aussitôt, ce cher Valois s'élance dans mes bras, l'amil'y suit... Je cause un instant avec M. Le Brun, et dès que je vois les enfants revenus à leur maman, qui était à sa toilette et qui ne pouvait plus m'apercevoir, je m'échappe, fort ému..., fort content..., fort étonné... Il fallait que le hasard fît les frais de celte entrevue, car j'étais décidé à ne pas la rechercher, à l'éviter même... au lieu qu'actuellement je ne regretterai plus de rencontrer ces chers enfants... Quand je fus parti, la Princesse
demanda : « Où est donc M. de Bonnard? » Il est déjà parti... (C'était bonté de sa part... Je fis bien, moi, de ne pas rester plus longtemps.) Quand les Princes furent rentrés chez eux, l'abbé Guiot et MM. Le Brun et Prieur^ leur firent de grands reproches sur la manière froide et embarrassée dont ils m'avaient accueilli. Ils répondirent que je les avais intimidés par mon air sérieux. « Quoi, Monseigneur? dit l'abbé au duc de Valois, vouliezvous qu'en présence de M^^ la duchesse de Chartres, il allât rire et folâtrer? Était-ce du reste à lui de vous prévenir? » Il prit là l'occasion de fixer leur opinion sur mon compte, en leur disant que des arrangements qui m'étaient absolument personnels ne m'avaient pas permis de rester auprès d'eux, que j'avais été regretté de leur papa et maman, comblé de marques de satisfaction, et qu'eux me devaient à jamais attachement et reconnaissance. « L'abbé fit écrire sur le journal des fautes de chaque jour, fait par M. Le Brun- et que l'on présente tous les deux jours à Mi^^^ de Genlis, le récit de cette entrevue et marquer comme une faute grave la mine froide que l'on m'avait faite... La vérité est que ces pauvres enfants avaient été bien, très bien avec moi. Mais la conduite de l'abbé Guiot, dans ce moment, n'en est pas moins louable. Il a fait et dit ce qui convenait. Il en paria sur ce ton à la baronne d'Andlau % qui convint qu'il