‹ Louise-Marie-Adélaïde de Bourbon Penthièvre, duchesse d'OrléansChapitre 85 sur 168 · Ce journal est conservé au Musée Condé, à Chantilly · texte numérisé non relu

Ce journal est conservé au Musée Condé, à Chantilly

3. M°ie du Cresl, mère de M^^e de Genlis, s'était remariée au baron d'Andlau.

avait raison. J'ignore si la comtesse [de Genlis] en a parlé aux princes. Elle n'en a pas ouvert la bouche à tout ce qui les entoure. La Baronne dit en confidence à ses amis, en parlant de sa fille « gouverneur » : c( C'est un grand malheur et, qui pis est, c'est un mal sans remède! » Je crois qu'elle a raison... »

Après avoir écarté M. de Bonnard, M"^^ de Genlis conserve quelques professeurs auprès des princes, auxquels on forme une « maison », peu nombreuse, par ce souci de simplicité que désormais la famille d'Orléans aura toujours ; mais cette maison anime cependant d'une certaine gaîté le Palais-Royal K

Ces professeurs, on les connaît par les mémoires de M"^e cle Genlis. Il en est deux cependant, personnages assez pittoresques, protégés par la duchesse de Chartres et dont le « gouverneur » ne nous a pas suffisamment parlé : l'abbé Mariottini et le peintre Myris, dont la duchesse de Chartres s'est fait d'humbles amis.

Il est alors question, au Palais-Royal, de faire entrer le comte de Beaujolais dans les Ordres. L'influence — quelque minime qu'elle soit! — du duc de Penthièvre et celle de la duchesse ne sont

I. Education des ducs de Valois et de Montpensier (Almanach du Falais-Rojal 1787). Gouvernante : M™e de Genlis à Bellechasse. Education : TMM. Le Brun, l'abbé Guiot. Secrétaire : M. Méris. Chapelain : M. l'abbé Famain. Valets de chambre : MM. Plie, Deliile et Laurent. Education du comte de Beaujolais : Abbé MarioUini au Palais-Royal. Valets de chambre : MM. Barrois et Stéphane. Education de Mademoiselle (à Bellechasse). Gouvernante : Comtesse de Genlis. Une femme de chambre : M^^® Nonnon.

pas étrangères à ce projet, qui, d'ailleurs, met le jeune prince hors de lui^ Pour le mieux diriger dans cette voie, on a placé auprès de sa personne le jeune abbé Mariottini, protégé par son parent le nonce du pape Doria. L'abbé est fin, spirituel. Il a des lettres, il ne comprend rien pourtant aux complications mondaines des cours et aux « manières » de M^ie de Genlis, et il est entièrement dévoué à la duchesse de Chartres. Plus tard, nous le retrouverons à Rome, en 1818, écrivant des satires et des pasquinades contre le gouvernement et contre le cardinal Consalvi et se vantant de la protection du duc d'Orléans -.

Quant au peintre Myris, c'est une aimable figure. Fils d'un peintre de talent et venu de Pologne en 1767, il est devenu secrétaire des commandements des jeunes princes, sous le nom de M. de Méris, après avoir été le professeur de peinture de leur mère, qui a su apprécier son caractère, affable et doux. Il a formé au Palais-Royal un excellent élève dans la personne de M. Antoine Giroust, son inséparable, qui aura bientôt la singulière idée de peindre M"^^ de Genlis en sainte Félicité exhortant au martyre le dernier de ses fils, figuré par le comte de Beaujolais. Tous deux habi-

I. « Je vais voir ce cher abbé Guiot (8 mai 1783). L'on donne pour aumônier à M. de Beaujolais un abbé italien, parent d'un cardinal, ne sachant pas le français. On veut former à ce prince une éducation particulière, sous prétexte qu'il peut être cardinal et prêtre... Doléances et vive douleur... Conduite soutenue de la princesse, qui indique un vrai caractère. » Journal manuscrit du chevalier de Bonnard.

a. Aff. étrang. Rome 900, f° 61.

tent en été dans le même coin bucolique, Myris aux Aulnes et Giroust à la ferme du Vivier. Leurs « demeures » sont cachées aux environs du Raincy, dans un de ces bocages enchanteurs, comme aimait à les chanter Florian. Et à l'heure où les bergers, les chaumières, les jattes de crème et le pain bis prennent dans la vie des Grands une exceptionnelle importance, la princesse, quand elle « retraite » de la chasse à courre, aime à trouver chez eux un accueil plus réellement champêtre qu'aux goûters du petit Trianon^

Le i8 novembre 1785, un événement changea quelque peu la vie de M^ie de Chartres, ce fut la mort du duc d'Orléans.

Le pauvre prince vivait de plus en plus dans sa maison de campagne de Sainte-Assise avec M^^^e de Montesson. Les rapports entre le fils et le père étaient plus corrects qu'affectueux, mais la princesse aimait son beau-père. Elle avait confiance dans son jugement et dans la bonté de son cœur. Volontiers elle lui demandait des conseils, ou lui confiait ses chagrins, quand elle voulait ménager l'extrême sensibilité du duc de Penthièvre^

Aussi, quand elle avait su son beau-père très malade, s'était-elle transportée à Sainte-Assise pour le soigner, jusqu'au dernier moment, avec M»^^^ de Montesson et la duchesse de Bourbon. Les deux

1. Antoine Giroust, peintre d'histoire (iy53-i8iy), par E.-S. Pontoise, 1888. Mémoires de David. Revue de l'art français, iSsQ. Histoire de l'art pendant la Révolution, pair Rexouvikr, etc.

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